Les agriculteurs britanniques demandent l'aide du gouvernement pour parvenir à une agriculture neutre en émissions
Selon la National Farmers' Union of England and Wales (NFU), le gouvernement britannique doit fournir les moyens nécessaires pour que les agriculteurs puissent contribuer à l'objectif zero émissions du secteur agricole en 2040.
D’ici 2040, les agriculteurs britanniques souhaitent que le secteur agricole soit neutre en termes d’émissions de gaz à effet de serre (GES). Cependant, pour que tous les agriculteurs puissent contribuer à cela, le gouvernement doit intervenir et fournir les moyens nécessaires, a confié la National Farmers’ Union of England and Wales (NFU) à EURACTIV.
« Les agriculteurs britanniques s’engagent à jouer leur rôle dans la lutte contre le changement climatique, c’est la raison pour laquelle nous nous sommes fixés l’ambition de rendre le secteur de l’agriculture britannique neutre en émissions d’ici 2040 », a déclaré le vice-président de la NFU, Stuart Roberts.
Il a ajouté que pour réussir, il faudra un « effort conjoint venant non seulement des entreprises agricoles, mais aussi du gouvernement, des parties prenantes et de la chaîne d’approvisionnement au sens large ».
Comme chaque exploitation est différente, M. Roberts a suggéré que le gouvernement établisse un « vaste portefeuille de mesures et d’incitations » qui permettrait de garantir que chaque exploitation puisse s’impliquer.
« Il s’agira notamment d’actions visant à rendre l’utilisation des ressources plus efficace en agriculture, à accroître le stockage du carbone dans la végétation et le sol des fermes et à stimuler la production d’énergies renouvelables terrestres », a-t-il ajouté.
Selon les données du principal syndicat agricole britannique, les émissions agricoles britanniques s’élèvent actuellement à 45,6 millions de tonnes d’équivalent dioxyde de carbone (CO2) par an, soit environ un dixième des émissions totales de gaz à effet de serre du Royaume-Uni.
Cependant, comme l’indique un récent rapport de la NFU, « contrairement au reste de l’économie, seuls 10 % de ces émissions sont du CO2. Environ 40 % sont en fait de du dioxide d’azote (N2O) et 50 % du méthane (CH4) ».
« Les opportunités résident également dans la capacité unique qu’à l’agriculture de pouvoir éliminer le carbone de l’atmosphère, non seulement en compensant ses propres émissions mais également en prenant part dans l’élimination du carbone pour d’autres secteurs. De plus, en tant que travailleurs de la terre, les agriculteurs sont très bien placés pour tirer profit de ce carbone », a-t-il ajouté.
« Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un domaine de politiques extraordinairement complexes, et un prix du carbone élevé sera absolument crucial si les entreprises agricoles doivent considérer ce secteur comme une source de revenus viable à l’avenir », a-t-il ajouté.
Le rôle de l’agriculture de précision
Selon M. Roberts, le défi que représente la neutralité carbone présage également des « avancées passionnantes » pour le secteur agricole.
Il a souligné qu’un nombre croissant d’agriculteurs sont passés à l’agriculture de précision et aux systèmes GPS, qui « contribuent tous à la décarbonation des entreprises, et que des investissements plus importants dans le développement des technologies agricoles contribueront encore davantage à une agriculture soucieuse du climat ».
Il a toutefois fait remarquer que le manque de connectivité numérique en milieu rural était un frein aux progrès et qu’il fallait « faire davantage pour que les agriculteurs tirent le meilleur parti des données et des technologies de précision ».
En effet, un rapport de la NFU indique que seuls 40 % des agriculteurs ont déclaré que leur connection numérique était suffisamment rapide.
Les agriculteurs de l’Union européenne se trouvent, eux aussi, confrontés à une situation similaire. La Commission européenne fait pression pour que les pratiques d’agriculture de précision fassent partie de la prochaine politique agricole commune (PAC) 2023-2027, mais de mauvaises infrastructures pour le haut débit restent un casse-tête.
Le commissaire européen à l’agriculture, Janusz Wojciechowski, a récemment déclaré que pour atteindre leurs objectifs, les États membres devaient capitaliser sur les avancées en matière d’innovation, de technologie et de solutions numériques comme l’agriculture de précision.
« Ces avancées encourageront non seulement la durabilité, mais elles permettront également d’augmenter la productivité ainsi que de réduire l’utilisation des intrants pour les agriculteurs, ce qui permettra in fine une réduction des coûts », a-t-il ajouté.
Toutefois, selon les chiffres de la Commission européenne, seuls 60 % des ménages des zones rurales ont accès au haut débit (>30Mbps), contre 86 % de la population totale de l’UE.
De même, en 2019, la part des résidents de zones rurales qui possèdent à minima des compétences numériques de base était inférieure de 14 points de pourcentage à celle des résidents des villes (48 % contre 62 %).
Les États membres de l’UE doivent soumettre leurs plans stratégiques nationaux pour la PAC 2023-2027 d’ici la fin du mois de décembre. Selon les nouvelles règles, chaque État membre devra définir sa propre stratégie sur mesure pour réaliser les ambitions écologiques de l’UE, et la stimulation de l’innovation ainsi que la modernisation joueront un rôle clé.
Le Royaume-Uni et l’UE doivent agir plus rapidement
S’adressant à EURACTIV, le professeur John Crawford de l’Université de Glasgow a fait l’éloge de « l’approche basée sur la chaîne de valeur » du Pacte vert européen, de la production agricole à la vente au détail et la consommation.
Cependant, il a déclaré que ni le Royaume-Uni ni l’UE n’étaient assez rapides. Il a notamment jugé les progrès escomptés par le Royaume-Uni très ambitieux, mais a relevé que les agriculteurs ne se sentaient pas informés sur la façon dont ils seront soutenus ou compensés pour réaliser cette transition vers une agriculture à faible émission en carbone ou à émission neutre.
« A l’heure actuelle, ils se sentent très peu informés. Nous devons donc rester prudents en faisant la distinction entre les paroles et les actes », a-t-il ajouté.
La Commission européenne a déclaré qu’elle prévoyait de lancer une initiative en faveur d’une agriculture permettant le stockage du carbone dans les terres agricoles d’ici à la fin 2021.
Tout comme les agriculteurs britanniques, le secteur agricole de l’UE souhaite que les mesures d’incitation soient claires et que les agriculteurs n’aient pas à supporter des charges et des coûts supplémentaires. Mais l’écologisation de l’agriculture européenne se retrouve toujours face à des obstacles majeurs.
Le 11 novembre, EURACTIV avait rapporté que l’ambition de la Commission européenne de lier le programme de subventions agricoles de l’UE au Pacte vert européen risquait d’être victime de la pression des États membres.
Des accords commerciaux injustes
Le professeur Crawford a également soulevé la question des accords commerciaux et de l’agriculture.
Il a indiqué qu’il y avait actuellement un débat en cours au Royaume-Uni sur le nouveau type d’accords commerciaux qui devraient être négociés post-Brexit. Ce débat se concentre en particulier sur les normes relativement élevées du Royaume-Uni dans l’agriculture en termes d’environnement et de bien-être animal par rapport à certains pays avec lesquels Londres a des accords commerciaux.
Faisant écho à des préoccupations similaires dans l’UE, M. Crawford a déclaré que « nous les laissons importer des aliments sans s’affranchir de droits de douane, alors bien sûr, ils pourraient tous être moins chers, non ? Donc, tout ce que nous faisons, c’est détruire notre propre agriculture et délocaliser l’impact environnemental ».
Il a également ajouté qu’en ce qui concerne le stockage du carbone dans les sols agricoles, des normes mondiales étaient nécessaires.