Les appels du Kosovo en faveur d’une adhésion à l’OTAN restent lettre morte

Le Premier ministre du Kosovo continue de plaider en faveur de l’adhésion de son pays à l’OTAN, mais l’OTAN et certains de ses membres restent résolus à ce que cette adhésion ne soit pas envisagée pour le moment.

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Prime Minister of Albania Edi Rama visits Pristina
Le Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti. [EPA-EFE / VALDRIN XHEMAJ]

Le Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, continue de plaider en faveur de l’adhésion de son pays à l’OTAN, compte tenu de la guerre que mène actuellement la Russie contre l’Ukraine et de l’instabilité qui pourrait en résulter dans la région, mais l’OTAN et certains de ses membres restent résolus à ce que cette adhésion ne soit pas envisagée pour le moment.

M. Kurti a confié à l’AFP que, dans les circonstances actuelles, les membres de l’OTAN et de l’Union européenne devraient faciliter et accélérer l’adhésion de nouveaux pays.

« Dans cette situation exceptionnelle, nous ne pouvons pas nous comporter comme d’habitude. Par conséquent, l’adhésion à l’UE comme à l’OTAN ne peut pas se faire selon les mêmes méthodes que par le passé », a-t-il affirmé, ajoutant qu’« il est impératif que Bruxelles, en tant que capitale de l’OTAN et de l’UE, repense à une nouvelle façon de s’élargir dans les Balkans occidentaux ».

Répondant aux questions d’EURACTIV, un responsable de l’OTAN a expliqué que l’adhésion du Kosovo devait être soumise à un vote à l’unanimité.

« Toutes les décisions de l’OTAN, y compris celles liées à l’adhésion, sont prises par le Conseil de l’Atlantique Nord, par un vote à l’unanimité. » En outre, a précisé le responsable de l’OTAN, le processus d’adhésion reste inchangé.

Le Kosovo, ancienne province serbe qui a déclaré unilatéralement son indépendance en 2008 après une guerre sanglante en 1999, est reconnu par 26 des 30 membres de l’OTAN. Il serait impensable que le Kosovo obtienne un soutien à l’adhésion sans être reconnu comme un État par tous les membres de l’OTAN. Comme l’a expliqué le fonctionnaire, tout membre de l’OTAN peut opposer son veto aux décisions liées à l’élargissement de l’Alliance.

Les quatre membres de l’OTAN qui sont également membres de l’UE et qui ne reconnaissent pas la souveraineté du pays sont l’Espagne, la Grèce, la Roumanie et la Slovaquie. Chypre, membre de l’UE mais pas de l’OTAN, ne reconnaît pas non plus le Kosovo.

En outre, le Kosovo est considéré comme un « consommateur » de sécurité, plutôt que comme un fournisseur de sécurité qui viendrait renforcer l’Alliance, ce qui devrait être le cas de tout nouveau membre de l’OTAN.

Le responsable a ajouté que « l’engagement de l’OTAN au Kosovo n’avait pas changé. Nous restons fermement engagés par le biais de la Force pour le Kosovo (KFOR) mandatée par l’OTAN, qui contribue à un environnement sécurisé et à une stabilité plus large dans les Balkans occidentaux ».

La KFOR est une force internationale de maintien de la paix dirigée par l’OTAN qui est stationnée au Kosovo depuis la fin de la guerre. Elle restera en place jusqu’à ce que la force de sécurité du Kosovo devienne autonome.

Tout changement de position de l’OTAN et de la KFOR reste basé sur des conditions et non sur un calendrier, a indiqué le fonctionnaire.

EURACTIV a contacté les ministères des Affaires étrangères de Slovaquie, de Roumanie, de Grèce et d’Espagne. La Roumanie et l’Espagne n’ont pas répondu.

La Slovaquie a esquivé la question de l’OTAN et a indiqué que « la République slovaque soutient l’adhésion à l’UE de tous les pays des Balkans occidentaux. Toutefois, de nombreuses conditions préalables doivent être remplies, notamment la résolution des problèmes politiques. L’une d’entre elles est le dialogue constructif entre Belgrade et Pristina, pour lequel l’Union européenne tente de jouer un rôle de médiateur ».

Le dialogue entre les deux pays piétine depuis longtemps, le Kosovo exigeant la reconnaissance et la Serbie soutenant que cela n’arrivera jamais.

Dans la réponse abrupte de la Grèce, un porte-parole a déclaré : « Veuillez vous reporter à l’article 10 du traité de Washington instituant l’OTAN. La position de la Grèce sur le Kosovo reste inchangée ».

L’article 10 fait référence à l’obligation pour tous les États de voter à l’unanimité en faveur de l’adhésion à l’Alliance.

Malgré les faibles chances pour une adhésion rapide du Kosovo à l’OTAN, M. Kurti a récemment annoncé son intention de porter les dépenses militaires du pays au niveau des 2 % requis par l’Alliance.

Depuis le début de la guerre en Ukraine le 24 février, le Kosovo et d’autres pays de la région, comme la Bosnie-Herzégovine, craignent que la situation sécuritaire déjà tendue ne soit encore plus instable.

La Serbie, alliée indéfectible de la Russie qui a refusé d’appliquer les sanctions de l’UE, demeure un acteur influent en coulisses dans les deux pays.

L’Albanie et la Macédoine du Nord voisines sont toutes deux membres de l’OTAN et candidates à l’adhésion à l’UE et espèrent entamer des négociations dans un avenir proche.

Selon M. Kurti, le président russe Vladimir Poutine « utilisera les facteurs et les acteurs qu’il contrôle également dans les Balkans occidentaux. Comme ils viseront de nouveaux conflits, les Balkans occidentaux en général et le Kosovo en particulier sont en danger ».

« Dans le passé, le président russe nous évoquait une fois par mois. Maintenant, il parle de nous plusieurs fois par semaine. »