Les autorités italiennes auraient renvoyé illégalement des demandeurs d’asile en Grèce
Une récente enquête a révélé que les autorités italiennes ont été impliquées dans des opérations illégales de refoulement de demandeurs d’asile sur le territoire de l’UE. Certains auraient été retenus à bord de navires commerciaux après leur arrivée dans les ports italiens avant d’être renvoyés en Grèce.
Une récente enquête a révélé que les autorités italiennes ont été impliquées dans des opérations illégales de refoulement de demandeurs d’asile sur le territoire de l’UE. Des ressortissants étrangers auraient été retenus à bord de navires commerciaux après leur arrivée dans les ports italiens avant d’être renvoyés en Grèce.
Ces révélations interviennent à un moment où les pratiques des autorités frontalières nationales et de l’UE pour gérer les arrivées aux frontières intérieures et extérieures du bloc sont de plus en plus surveillées.
Des demandeurs d’asile voyageant clandestinement de la Grèce vers l’Italie sur des navires commerciaux ont été retenus à bord de ceux-ci par les autorités italiennes dès leur arrivée dans les ports d’Ancône, de Bari et de Brindisi. Ils ont ensuite été enfermés dans des garages ou des salles de bagages et renvoyés vers la Grèce, selon l’enquête publiée mercredi dernier (18 janvier).
Les chercheurs de l’organisation d’investigation à but non lucratif Lighthouse Reports, située aux Pays-Bas, ont collaboré avec Al Jazeera, Monitor, Solomon, SRF et Il Domani afin de vérifier les témoignages des demandeurs d’asile, les preuves photographiques et vidéo. Ils ont également effectué des recherches sur place et obtenu la confirmation des membres de l’équipage, qui ont qualifié les navires de véritables « prisons ».
L’équipe a notamment trouvé des lieux d’emprisonnement sur trois navires commerciaux différents de l’opérateur de navires commerciaux Attica Group. L’entreprise a insisté sur le fait que ses navires étaient en conformité avec la législation nationale et internationale.
« Des valeurs telles que l’intégrité, le respect de la vie et de la dignité ainsi que la sécurité de toutes les personnes à bord font partie intégrante de notre culture. Nous prenons ces allégations […] très au sérieux et nous vous assurons que nous allons continuer à les examiner », a indiqué Attica Group au média suisse Schweizer Radio und Fernsehen (SRF).
Le chef de la police de Bari, Giovanni Singer, a également rejeté toute allégation de refoulements illégaux, expliquant à SRF que « cela va complètement à l’encontre de notre code de conduite. Toute personne qui veut demander l’asile ou une protection internationale peut le faire. »
« Les personnes qui arrivent ici illégalement et qui ne sont pas des citoyens de l’UE bénéficient de droits garantis. Ils sont pris en charge, ils ont accès à des soins de santé et s’ils décident de demander l’asile ou une protection internationale, la procédure est lancée ici en Italie », a-t-il déclaré.
Depuis 1999, l’Italie et la Grèce ont conclu un accord bilatéral de « réadmission », autorisant l’Italie à renvoyer les migrants sans papiers vers la Grèce d’où ils sont venus. Cependant, cet accord ne concerne pas les demandeurs d’asile.
Or, l’Italie a déjà été épinglée pour de telles pratiques. En 2014, la Cour européenne des droits de l’homme a jugé que l’Italie avait renvoyé illégalement et sans discernement des citoyens étrangers vers la Grèce et avait ainsi privé ces derniers de leur droit à l’asile. Toutefois, les autorités italiennes ont déclaré à plusieurs reprises avoir mis fin à cette pratique.
« Nous avons découvert que [cette pratique] perdure », a déclaré Lighthouse Reports, qui cite des données des autorités grecques selon lesquelles 157 personnes ont été renvoyées ainsi en 2021 et 74 en 2022.
Les révélations publiées mercredi dernier sont les dernières d’une série d’enquêtes menées depuis deux ans par Lighthouse Reports sur les refoulements et les pratiques illégales aux frontières extérieures et intérieures de l’UE, notamment sur les détails concernant les « sites noirs » européens — des centres de détention clandestins — et sur la complicité de l’agence de l’UE chargée de la gestion des frontières, Frontex, dans les refoulements illégaux.
En 2022, le Parlement européen a émis un avertissement à Frontex en raison de sa « mauvaise conduite » vis-à-vis des demandeurs d’asile aux frontières de l’UE.
Transparence des contrôles aux frontières
« Nous avons de nombreux défis à relever », a déclaré la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, lors d’une conférence de presse jeudi dernier (19 janvier), en présentant le nouveau directeur exécutif de Frontex, Hans Leijtens.
M. Leijtens prendra ses fonctions le 1er mars et remplacera la directrice intérimaire actuelle, Aija Kalnaja, qui a été identifiée en décembre comme étant « visée » par l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) dans une enquête en cours sur l’organisation.
En effet, Mme Kalnaja a pris ses fonctions suite à la démission de Fabrice Leggeri, après les premières conclusions de l’OLAF qui ont révélé que, entre 2020 et 2021, des agents de Frontex avaient couvert des refoulements illégaux de migrants à grande échelle aux frontières.
M. Leijtens a promis de « réorganiser » le mode de fonctionnement de Frontex durant son mandat, soulignant que la confiance est la clé des opérations de l’agence frontalière. Il a mis l’accent sur trois « principes directeurs » : la responsabilité, les droits fondamentaux et la transparence.
« Nous devons dire, nous devons montrer, ce que nous faisons », a indiqué M. Leijtens. « Je ne suis pas le genre de directeur qui construit un mur autour de Frontex, je veux ouvrir les portes. »
En ce qui concerne l’avenir de la politique migratoire de l’UE, Mme Johansson a souligné que la solution « la plus importante » pour traiter la question migratoire consiste à convaincre les gouvernements des États membres de l’UE de convenir et de mettre en œuvre le nouveau pacte sur la migration et l’asile.
« Nous avons réalisé des progrès considérables au cours de la présidence tchèque [du Conseil de l’UE], avec de nombreux dossiers clôturés lors des trilogues. Et maintenant, c’est la présidence suédoise qui s’en charge. »
[Édité par Anne-Sophie Gayet]