Les banques se ruent au guichet de la BCE pour des prêts longue durée

Les banques européennes ont emprunté la somme record de 489 milliards d’euros auprès de la BCE. Reste à savoir comment elles utiliseront ces fonds.

EURACTIV.fr
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Les banques européennes ont emprunté la somme record de 489 milliards d’euros auprès de la BCE. Reste à savoir comment elles utiliseront ces fonds.

C’est une première. La Banque centrale européenne (BCE) a accordé, mercredi 21 décembre, pour 489 milliards d’euros de prêts à trois ans au secteur bancaire. Les 523 établissements venus au guichet de l’institut d’émission auront donc jusqu’en 2015 pour rembourser leurs dettes. 

La BCE avait déjà lancé une opération « open bar » en 2009, qui l’avait conduit à injecter plus de 450 milliards d’euros dans le système bancaire, mais la maturité de ses prêts était alors limitée à un an. 

Bouffée d’oxygène
 
L’offre sans précédent de prêts à échéance plus longue fait partie d’un arsenal de mesures exceptionnelles, annoncé par Mario Draghi le 14 décembre dernier, et destiné à apporter une bouffée d’oxygène aux banques européennes étranglées par des difficultés de financement. 
 
Celles-ci pâtissent depuis plusieurs mois d’une mauvaise réputation sur les marchés, notamment du fait de leur exposition aux obligations souveraines de pays en difficulté –dont l’ampleur reste floue– et des doutes sur la solidité de leurs fonds propres.

Ces dernières semaines, le président de la BCE, Mario Draghi, n’a pas caché pas sa crainte que les conditions actuelles de financement sur le marché interbancaire créent un risque de récession. Il souhaite avant tout éviter un assèchement du crédit bancaire, qui viendrait anéantir les derniers espoirs d’une reprise de l’activité dans la zone euro.

Soutenir les États

Les banques pourront utiliser cet argent pour augmenter leurs fonds propres d’ici juin 2012, comme le veulent les accords de Bâle 3. Ces prêts vont également leur permettre de faire face à leurs obligations de refinancement, qui s’élèvent à 230 milliards d’euros au premier trimestre de 2012.

Une autre option –plus attrayante mais quelque peu controversée– serait d’acheter des titres de dette italienne qui offrent des rendements de 7%. Pour les banques qui empruntent à la BCE à un taux d’intérêt de 1%, de telles opérations promettent des gains significatifs et permettraient dans le même temps de soulager la pression sur les marchés obligataires.

Une perspective intéressante pour les États mais qui se heurte à une BCE toujours intraitable sur la question des rachats d’obligations souveraines –ceux-ci doivent rester limités dans leur montant et dans la durée, rappelle à tout va Mario Draghi qui met en garde contre tout moyen détourné de financer la dette des États. 

Bonne ou mauvaise nouvelle ?

Les analystes estimaient qu’au-delà de 200 milliards, l’opération constituerait un succès. La nouvelle a été bien accueillie par les marchés : l’euro a bondi à 1,32 dollar juste après l’annonce tandis que la Bourse de Paris gagnait 1,89% à 3.113,35 points.

Il n’y a pourtant pas matière à se réjouir. Le fait que les banques européennes se ruent sur les prêts de la BCE est avant tout un aveu de faiblesse, puisqu’elles ne trouvent plus à se financer sur les marchés à des taux acceptables.