Les coupes budgétaires compromettent les ambitions géopolitiques de l’Allemagne
Selon les experts, Berlin ne parviendra probablement pas à atteindre son objectif de lutte contre l’influence russe et chinoise ni les objectifs de dépenses de l’OTAN avec son nouveau budget, alors que plusieurs ministres ont exprimé leur frustration quant au manque de financement de leurs dossiers.
Selon les experts, Berlin ne parviendra probablement pas à atteindre son objectif de lutte contre l’influence russe et chinoise ni les objectifs de dépenses fixés par l’OTAN avec son nouveau budget, alors que plusieurs ministres ont exprimé leur frustration quant au manque de financement de leurs dossiers.
Le nouveau projet de budget de l’Allemagne, présenté par le ministre des Finances Christian Lindner (Parti libéral-démocrate, FDP) mardi (5 septembre) au parlement, prévoit des réductions substantielles du financement des ministères des Affaires étrangères et du Développement.
La présentation du budget fait suite à l’introduction, en juin et juillet respectivement, de la toute première stratégie de sécurité nationale de l’Allemagne et d’une stratégie vis-à-vis de la Chine.
« Pour réussir [ces stratégies] demandent des investissements significatifs dans des domaines divers liés à la sécurité », a indiqué à EURACTIV Guntram Wolff, directeur du Conseil allemand des relations étrangères (DGAP). « Le financement était censé être augmenté en donnant la priorité à ces éléments dans le budget […] Cela ne semble [toutefois] pas s’être concrétisé dans le nouveau projet de budget », a-t-il ajouté.
Dans la stratégie de sécurité nationale, le chancelier Olaf Scholz a identifié une série de questions géopolitiques, telles que la guerre de la Russie en Ukraine, l’émergence d’un ordre mondial multipolaire et le dérèglement climatique, comme des menaces pour « la stabilité des pays et des régions » auxquelles l’Allemagne devrait s’adapter.
Le gouvernement avait promis d’investir dans le renforcement des forces armées du pays ainsi que dans la protection des ressources et des sources d’énergie, et dans de nouveaux partenariats avec des pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.
« Il sera extrêmement difficile de conserver et d’accroître tous ces partenariats et objectifs sans le financement nécessaire, car les moyens financiers seront limités », a déclaré M. Wolff.
Un sentiment de frustration
Plusieurs ministres allemands ont fait part de leur frustration face aux coupes budgétaires lors du débat sur le budget qui a suivi au parlement.
« Nous devons tous accepter des coupes douloureuses […] mais je pense qu’il n’est pas utile d’en souhaiter davantage », a déclaré la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, face aux parlementaires allemands mercredi.
La ministre du Développement, Svenja Schulze, a reconnu qu’il serait « difficile de relever [les défis croissants] avec un budget en baisse ».
Il n’y a pas d’autre option que de trouver des solutions pragmatiques avec les moyens à disposition, a admis Mme Baerbock.
Le ministère des Affaires étrangères recevra environ 1,5 milliard d’euros de moins en 2024 par rapport à cette année, tandis que le budget du développement a été réduit de 600 millions d’euros, selon le projet du ministre des Finances.
Cibles manquées ?
Alors que le ministère de la Défense a été plutôt épargné par les coupes, l’augmentation de 1,7 milliard d’euros réservée à la défense dans la nouvelle proposition de budget de Christian Lindner couvrira simplement l’augmentation des salaires des fonctionnaires à la suite du dernier accord salarial dans le secteur.
« Il est vrai que j’avais préconisé une augmentation beaucoup plus importante du budget de la défense au cours de nos négociations », a déploré le ministre de la Défense, Boris Pistorius, devant le parlement mercredi.
Le ministère a également accès au fonds spécial de défense de 100 milliards d’euros que M. Scholz a mis en place après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, promettant de faire de la Bundeswehr « l’une des armées les plus puissantes d’Europe ».
Cependant, l’Allemagne aura besoin d’une augmentation continue du budget de la défense, car le fonds spécial sera épuisé d’ici 2027, a expliqué M. Pistorius.
Au rythme actuel, Berlin n’atteindra pas non plus l’objectif de dépenses de l’OTAN, qui l’oblige à consacrer 2 % de son PIB à la défense, estime l’institut Ifo, le principal institut de recherche économique d’Allemagne.
Si le ministère reçoit comme prévu environ 52 milliards d’euros du budget ainsi que 19 milliards d’euros du fonds spécial en 2024, cela équivaudrait à 1,7 % de son PIB, selon l’institut.
Les hauts fonctionnaires allemands, y compris M. Scholz et M. Pistorius, ont assuré à plusieurs reprises que Berlin atteindrait l’objectif de 2 % de dépenses de l’OTAN en 2024.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]