Les déclarations « contre-productives » de Margrethe Verstager sur l'hydrogène, selon l’industrie
La vice-présidente de la Commission européenne Margrethe Vestager a été critiquée par le groupe de lobby européen de l’hydrogène, Hydrogen Europe, à la suite de ses remarques sur le rôle de l’hydrogène à l’avenir, dans une lettre consultée par EURACTIV.
Dans une lettre consultée par EURACTIV, Hydrogen Europe, une association qui représente les intérêts de l’industrie de l’hydrogène, a critiqué la vice-présidente de la Commission européenne et commissaire à la Concurrence Margrethe Vestager pour ses propos sur le rôle futur de l’hydrogène.
Beaucoup d’espoirs sont actuellement placés dans l’hydrogène : usage dans l’industrie, stockage d’énergie, fabrication d’équipements qui ont suscité un engouement tel à Bruxelles que furent lancées une stratégie européenne et une banque de l’hydrogène.
Le 25 avril dernier, la commissaire européenne à la Concurrence, Mme Vestager, a pourtant confié au journal danois Finans qu’elle n’approuverait pas les aides d’État en faveur de l’hydrogène en raison que « son transport est très coûteux ».
En conséquence, le risque de voir les producteurs d’hydrogène s’installer aux États-Unis — où des crédits d’impôt très avantageux sont proposés — est limité.
« Si vous voulez être présent sur le marché européen, le risque de délocaliser la production aux États-Unis n’est pas très grand », note-t-elle ne ce sens.
Ces déclarations ont agacé certains, et notamment les industriels de l’hydrogène, regroupés au sein de l’association Hydrogen Europe.
Mme Vestager « est sur le point de causer des dommages significatifs au secteur européen de l’hydrogène », a ainsi averti le PDG du groupe et ancien député européen, Jorgo Chatzimarkakis, dans une lettre adressée au bureau de la commissaire, consultée par EURACTIV.
Il « semble extrêmement contre-productif » que la responsable des aides d’État de l’UE « mine une technologie propre qui a été confiée à sa responsabilité politique », peut-on lire dans la lettre.
En outre, M. Chatzimarkakis note que Mme Vestager a semblé « contredire la politique actuelle de l’UE » dans ses déclarations, a relevé plusieurs informations erronées avancées par la commissaire. Trois d’entre elles sont relativement techniques, et les deux dernières sont davantage politiques.
Désaccords techniques
Sur le coût du transport de l’hydrogène, le lobby répond qu’un gigawattheure (GWh) d’hydrogène est huit à seize fois moins cher à transporter par gazoduc qu’un GWh d’électricité.
Même si les pipelines d’hydrogène sont plus coûteux à produire et à installer que les lignes électriques, les experts s’accordent à dire qu’il s’agit de la solution la moins onéreuse.
Mme Vestager a également fait remarquer que « l’ammoniac [un dérivé de l’hydrogène] n’est pas facile à transporter ». Selon la commissaire, compte tenu des difficultés de transport de l’ammoniac, les producteurs qui souhaitent desservir le marché européen sont appelés à produire sur place.
« Le contraire est tout à fait vrai : les camions-citernes transportent aujourd’hui l’ammoniac à faible coût », indique le lobbyiste. De petites cargaisons expérimentales d’ammoniac en provenance des Émirats arabes unis ont atteint les côtes européennes et ont été débarquées à Hambourg l’année dernière.
Enfin, la commissaire européenne a affirmé que « l’on perd beaucoup de calories en convertissant l’énergie solaire et éolienne en hydrogène, puis en ammoniac ».
Son argument peut être valable si l’on compare l’hydrogène et l’ammoniac à l’électrification directe, par exemple au moyen de pompes à chaleur pour le chauffage domestique. Chaque étape de conversion entraîne une certaine perte d’énergie.
Toutefois, M. Chatzimarkakis soutient que l’énergie verte abondante ailleurs, comme au Moyen-Orient, ne servirait à rien si elle ne pouvait pas être convertie en hydrogène.
« Alors, pourquoi ne pas l’utiliser, même avec un rendement faible (mais supérieur à zéro !) pour réduire les émissions de carbone ? », s’est-il demandé.
Désaccords politiques
Mme Vestager a lâché deux autres bombes sur l’industrie européenne de l’hydrogène.
Elle a déclaré, d’une part, qu’elle n’autoriserait pas les États membres de l’UE à s’aligner sur le généreux régime de subventions à la production d’hydrogène mis en place par les États-Unis, lors de son interview dans le magazine danois .
Il s’agit d’un coup dur pour les producteurs d’hydrogène que M. Chatzimarkakis représente et pour ses collègues libéraux du Parti libéral-démocrate allemand (FDP), qui misent sur les combustibles liquides durables (les carburants de synthèse) pour décarboner le secteur des transports.
« Votre déclaration générale intimide les investisseurs potentiels en discréditant le soutien à l’hydrogène , a souligné le PDG. Quel est le but de cette déclaration effrontée qui ne reflète même pas vos décisions actuellement prises en faveur de certains projets d’hydrogène de ce type ? », s’est-il interrogé.
D’autre part, Mme Vestager avait déclaré que l’hydrogène « ne [faisait] pas partie du régime » d’assouplissement des règles de l’UE en matière d’aides d’État au moyen de l’encadrement temporaire de crise et de transition.
« La production d’hydrogène est incluse dans ce régime en ce qui concerne la production d’électrolyseurs , répond brièvement le chef de Hydrogen Europe. La seule raison d’être des électrolyseurs réside dans la production d’hydrogène vert. Ils ne serviront à rien d’autre ».
M. Chatzimarkakis et ses ambitions pour l’hydrogène ont récemment fait l’objet de critiques dans un article dans lequel l’expert en énergies propres Michael Liebreich remet en question ses représentations erronées. L’expert y a notamment qualifié le PDG de l’association de « promoteur ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]