Les dirigeants sérieusement inquiets quant à la survie de la zone euro
Fait exceptionnel dans le discours européen, le vice-président de la Commission européenne Olli Rehn et le premier ministre italien, Mario Monti, ont publié un avertissement aux accents dramatiques hier (31 mai) à propos de la zone euro. Le dirigeant de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a quant à lui ouvertement reconnu que la monnaie unique luttait pour sa survie.
Fait exceptionnel dans le discours européen, le vice-président de la Commission européenne Olli Rehn et le premier ministre italien, Mario Monti, ont publié un avertissement aux accents dramatiques hier (31 mai) à propos de la zone euro. Le dirigeant de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a quant à lui ouvertement reconnu que la monnaie unique luttait pour sa survie.
Malgré des mesures sans précédent pour sauvegarder la stabilité financière de la zone euro depuis l'éclatement de la crise de la dette il y a deux ans, « nous naviguons toujours en eaux troubles », a déclaré le vice-président de la Commission Olli Rehn. Il a reconnu que l'Union était parvenue à contenir la crise, mais pas à l'enrayer.
Lors du Brussels Economic Forum, M. Rehn a lancé un sérieux avertissement : « Nous avons besoin d'une véritable culture de la stabilité dans la zone euro et ses Etats membres ; nous devons être plus à même de limiter la contagion et de réduire les coûts d'emprunt des pays membres. Nous devons y arriver si nous voulons éviter le démantèlement de la zone euro. »
Quand un journaliste lui a par la suite demandé si cela signifiait qu'il était en faveur de l'émission commune d'euro-obligations, le porte-parole de M. Rehn n'a pas donné de réponse claire, affirmant que cette phrase avait été tirée hors de son contexte.
Mario Monti craint la contagion
Après M. Rehn, ce fut au tour de Mario Monti, le premier ministre italien, de faire part de sa frustration, lors d'un discours retransmis sur écran au Brussels Economic Forum.
L'opinion publique en Italie et dans les autres pays périphériques de la zone euro risque fort de s'élever contre les réformes, a-t-il averti. La population estime en effet que les marchés restent bien insensibles à leurs efforts de consolidation budgétaire.
Le spread des obligations italiennes reste élevé, bien que tous s'accordent sur le fait que le gouvernement de M. Monti mène les réformes nécessaires et fait de sérieux efforts d’assainissement budgétaire. Ce manque d'« appréciation » des marchés risque de donner lieu à des réactions sociales négatives, a expliqué le premier ministre. C'est la raison pour laquelle l'Europe devrait accélérer ses mesures pour limiter la contagion en introduisant des instruments tels des garanties collectives des dépôts bancaires, a-t-il argué.
« La situation est particulièrement délicate : notre pays consent à des efforts importants et ciblés en matière de consolidation et de réformes structurelles, des mesures qui coûtent cher sur le plan politique et social, mais il reste pourtant menacé par la contagion », a-t-il expliqué.
Mario Draghi : un système de garantie des dépôts pour éviter les retraits massifs
Dans le même temps, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a exhorté les dirigeants européens à clarifier leur vision pour la monnaie unique pour ne pas courir à la catastrophe. Il a rappelé au Parlement européen que la BCE ne pourrait pas combler le vide politique :
« Nous éviterons les retraits massifs dans les banques solvables. L'argent des épargnants sera protégé si nous mettons sur pied ce fonds européen de garantie des dépôts. Les déposants pourraient ainsi être protégés », a martelé M. Draghi, appelant à la création d'un système de supervision et de résolution des crises bancaires à l'échelle de l'UE.
« La crise financière a exacerbé l'aversion pour le risque », a ajouté M. Draghi. « Je demande aux gouvernements de garder cela à l'esprit, car il est préférable de s'attaquer au problème directement plutôt que de passer à côté », a-t-il ajouté, citant les échecs répétés des régulateurs nationaux lors de l'évaluation des besoins de la banque franco-belge Dexia et de la banque espagnole Bankia.
Le gouverneur de la Banque d'Italie, Ignazio Visco, a été encore plus loin. Il a affirmé que l'inertie politique et de mauvaises décisions économiques menaçaient l'édifice européen tout entier et que seule une approche claire axée sur une union politique pourrait sauver l'euro. « Les investisseurs internationaux doutent de plus en plus de la cohésion des gouvernements lorsqu'il s'agit de réformer la gouvernance européenne. Ils doutent même de leur capacité à garantir la survie de la monnaie unique », a déclaré M. Visco lors de la réunion annuelle de la Banque d'Italie.