Les États membres s’opposent à la réduction de l’effort de pêche en Méditerranée occidentale
La France, l’Espagne et l’Italie tenteront de faire front commun lors du Conseil des ministres de l’Agriculture et de la Pêche, lundi 18 novembre, pour s’opposer à la proposition de la Commission, qui souhaite réduire l’effort de pêche en Méditerranée, ont indiqué des sources françaises à Euractiv.
La France, l’Espagne et l’Italie tenteront de faire front commun lors du Conseil des ministres de l’Agriculture et de la Pêche, lundi 18 novembre, pour s’opposer à la proposition de la Commission, qui souhaite réduire l’effort de pêche en Méditerranée, ont indiqué des sources françaises à Euractiv.
Le Conseil « Pêche » de lundi est un premier jalon politique, avant la grande confrontation attendue lors de la réunion des 9 et 10 décembre, dernière étape pour parvenir à un compromis sur les quotas pour l’année 2025.
Le plan pluriannuel pour les stocks démersaux en Méditerranée occidentale, voté par le Conseil en 2019, prévoit une diminution de 40 % des efforts de pêche au chalut d’ici 2025, comme le préconisent les scientifiques du Centre d’étude de la science, de la technologie et de la politique (CSTEP).
Dans sa proposition annuelle publiée le 16 septembre dernier sur les possibilités de pêche pour 2025, la Commission entend poursuivre cette dynamique, avec la mise en place de limites maximales de capture pour plusieurs espèces, comme le merlu, le rouget et la crevette en eau profonde.
Le ministre français délégué à la Mer et à la Pêche, Fabrice Loher, a rencontré son homologue espagnol Luis Planas, mercredi 13 novembre pour discuter d’une position à tenir sur ce plan en amont du Conseil des ministres, a annoncé le ministère à Euractiv.
Selon le cabinet de Fabrice Loher, les États membres concernés — France, Espagne, Italie — chercheront une position commune à Bruxelles. Opposée à la baisse de l’effort de pêche, l’Espagne défendra une proposition qui tentera d’équilibrer les attentes économiques, sociales et environnementales, selon une source diplomatique proche du dossier.
Chaque État membre a jusqu’ici pris des mesures différentes. Si la France a mis en place des zones de protection et un plan de sortie de flotte, l’Italie et l’Espagne ont préféré prendre des mesures temporaires d’arrêt de la pêche.
« La France et l’Espagne partagent les mêmes préoccupations, notamment en ciblant le merlu et le rouget de vase, stocks particulièrement sensibles dans le golfe du Lion […] En revanche, l’Italie a été relativement absente des débats et les mesures prises par le gouvernement italien restent peu lisibles », précise une récente note du gouvernement français sur la planification de l’espace maritime.
« Geler » l’effort
« Les récentes réglementations sévèrement mises en œuvre par la Commission européenne mettent en péril l’avenir des activités de pêche en Méditerranée, où opèrent la plupart des navires européens de petite taille », a averti Europêche, le représentant de la pêche industrielle, dans une résolution publiée cette semaine avec d’autres organisations, dont les coopératives de la Cogeca et la Fédération européenne des travailleurs des transports, ETF.
L’industrie et les syndicats demandent que l’effort de pêche soit gelé au niveau de 2024, en attendant les résultats des politiques de limitation mises en œuvre, et « qui ne seront pas pleinement évaluées avant 2027 ».
Il est toutefois peu probable que les États membres aillent aussi loin, selon un responsable français de la pêche.
L’Espagne, d’un autre côté, semble être en accord avec le secteur, qui demande également une « nouvelle approche » pour déterminer les possibilités de pêche, intégrant les facteurs économiques, sociaux et environnementaux.
Enfin, le secteur réclame un système de compensation plus complet pour les pêcheurs. Outre les aides déjà disponibles depuis 2022 pour favoriser l’utilisation d’engins sélectifs et mettre en place des zones de fermeture efficaces pour protéger les ressources, Europêche appelle également à la montée en compétence et à la requalification des travailleurs concernés.
Les ONG demandent des mesures d’urgence
Pour les ONG de défense de l’environnement en revanche, si des progrès ont été accomplis grâce au plan pluriannuel, la proposition de la Commission n’est pas suffisante.
Alors que le plan pluriannuel prévoit de parvenir en 2025 « au plus tard », à une mortalité équivalente au rendement maximal durable (RMD), celle-ci est 1,94 fois supérieure, prévient l’association Oceana dans un rapport sur les recommandations politiques pour 2025.
« Pour certains stocks d’espèces, telles que le merlu européen et les crevettes bleues et rouges, les taux de pêche sont jusqu’à trois fois supérieurs au niveau durable. Il y a donc de fortes chances que l’on ne parvienne pas à atteindre l’objectif fixé pour 2025 », alerte l’association.
Pour le merlu européen, l’espèce la plus gravement décimée, Oceana propose des mesures plus strictes et une gestion par sous-régions géographiques — onze dans la Méditerranée occidentale — en fonction de la distribution biologique des stocks individuels, plutôt qu’avec des baisses d’efforts de pêche plus larges.