Les eurodéputés divisés sur les futures relations de l'UE avec les États-Unis de Donald Trump
Selon Josep Borrell, le responsable sortant des Affaires étrangères de l'Union européenne (UE) au Parlement européen, le continent doit faire face au retour de Donald Trump à la Maison-Blanche avec « sérénité » et « vigilance ».
Selon Josep Borrell, le responsable sortant des Affaires étrangères de l’Union européenne (UE) au Parlement européen, le continent doit faire face au retour de Donald Trump à la Maison-Blanche avec « sérénité » et « vigilance ».
« Nous devons nous préparer à ce qui pourrait arriver avec sérénité et avec vigilance », a indiqué Josep Borrell mercredi 13 novembre, ajoutant : « Mais sans donner l’impression que nous sommes paralysés, comme un cerf dans la nuit, devant les phares puissants d’une voiture sur la route ».
Le responsable politique espagnol s’est adressé à une assemblée divisée sur la signification du retour de Donald Trump pour l’Europe. Les eurodéputés peinent à s’accorder sur le fait d’affronter le président élu des États-Unis, de l’accueillir ou simplement d’accepter la situtation.
« Ce n’est pas la fin du monde », leur a dit Josep Borrell. « Mais c’est le début d’un monde différent de ce qu’il aurait pu être si les Américains avaient fait un autre choix ».
Bien que Donald Trump soit imprévisible, « nous pouvons deviner qu’il n’augmentera pas l’aide militaire à l’Ukraine », a déclaré le haut représentant de l’UE. « Peut-on penser que [Donald] Trump empêchera la colonisation de la Cisjordanie ? Non, il va la faire progresser».
« L’Europe doit pouvoir défendre l’Europe »
L’eurodéputée française Valérie Hayer, qui dirige le groupe libéral Renew Europe, a déclaré : « La ligne politique de Washington va devenir celle de Mar-a-Lago, de [Donald] Trump et de [Elon] Musk. C’est donc à nous de défendre les intérêts de l’Europe, notre défense, notre souveraineté, nos intérêts économiques et commerciaux. L’Europe doit pouvoir défendre l’Europe ».
Elle a ajouté que l’UE devait redoubler d’efforts pour soutenir l’Ukraine, car l’appui des États-Unis sous Donald Trump « va se tarir ».
L’eurodéputé néerlandais Gerben-Jan Gerbrandy (Les Verts/ALE) a estimé que l’UE devait affronter Donald Trump et contrer tout assouplissement des règles climatiques américaines avant de laisser entendre que l’UE devait être prête à utiliser des droits de douane pour faire respecter les protections climatiques.
« Nous ne laisserons pas notre marché être inondé par des produits américains qui ont été fabriqués avec un mépris total pour le climat », a-t-il affirmé.
Le chef de file du groupe des Verts, l’Allemand Terry Reintke, s’est montré tout aussi virulent. « Je ne me réjouis pas de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, et je ne félicite pas non plus une personne qui causera des dommages considérables, non seulement aux citoyens américains, mais aussi dans le monde entier et en Europe ».
Modus vivendi
De leur côté, les eurodéputés de centre droit ont souligné l’importance de l’alliance de l’Europe avec l’Amérique.
« Les États-Unis sont un allié solide de l’OTAN. Les États-Unis sont de loin notre principal partenaire commercial international », a réagi l’eurodéputé allemand David McAllister (Union chrétienne-démocrate, Parti populaire européen), ajoutant qu’il était dans l’intérêt de l’Europe de renforcer le lien transatlantique avec les États-Unis et le Canada.
« L’Europe est tout aussi vitale pour l’Amérique, car les Américains ne peuvent pas faire face seuls aux défis mondiaux », a ajouté l’eurodéputé.
Le Roumain Siegfried Mureșan (Parti national libéral, PPE) s’attend à ce que l’Amérique continue à jouer un rôle de premier plan en matière de sécurité et de défense dans le monde.
« Nous ne tournerons jamais le dos aux États-Unis d’Amérique », a-t-il indiqué. « Mais si les États-Unis d’Amérique nous tournent le dos, nous devons être prêts. Nous devons être plus forts ».
Pour l’Irlandais Billy Kelleher (Fianna Fáil, Renew), « notre alliance transatlantique est très ancienne. Les troupes américaines sont venues deux fois sur ce continent pour nous libérer du fascisme et d’autres formes d’autocratie ».
Néanmoins, Billy Kelleher a souligné que Donald Trump souhaitait clairement renégocier les relations commerciales des États-Unis avec l’Europe. « Je crains que nous n’ayons pas la capacité en Europe de nous asseoir et de déterminer ce qui est dans l’intérêt de l’ancienne alliance en ce qui concerne le commerce », a-t-il averti.
La droite populiste revendique la victoire sur le « wokisme »
Les eurodéputés de la droite populiste ont jubilé, affirmant que le retour de Donald Trump prouvait que leurs adversaires plus à gauche avaient tort.
L’eurodéputé chypriote d’extrême droite Geadis Geadi (Front populaire national/ELAM, Conservateurs et Réformistes européens) a lié le résultat des élections américains au scrutin européen de juillet, au cours desquelles les partis de droite ont réalisé de très bons scores.
« Il y a eu un message qui a retenti de l’Ouest des États-Unis à l’Europe de l’Est : partout, les citoyens demandent que leur religion, leur identité, soit respectée », a-t-il affirmé.
« Ils demandent que l’immigration soit contrôlée. Ils réclament la sécurité partout. Ils demandent la fin du wokisme et le respect des familles : mère, père, femme, homme ».
Selon l’eurodéputée hongroise Kinga Gál (Fidesz, Patriotes pour l’Europe), en raison de la victoire de Donald Trump, « nous ouvrons un nouveau chapitre dans les relations transatlantiques, et il y a une chance de terminer cette guerre dans notre voisinage dès que possible et de signer un cessez-le-feu [en Ukraine] ».
Kinga Gál a ajouté que « les partis qui s’opposent à l’immigration clandestine et soutiennent les familles ont gagné, et nous voyons maintenant que le bon sens l’emporte sur la folie, aux États-Unis également ».
Josep Borrell sera remplacé au poste de haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères par l’ancienne Première ministre estonienne Kaja Kallas au début du mois de décembre, à condition que la nouvelle Commission européenne soit confirmée à temps.
Donald Trump prêtera serment en tant que président des États-Unis le 20 janvier 2025.