Les eurodéputés intensifient les pressions sur le gazoduc MidCat, au grand dam des délégations françaises

Les europarlementaires ont voté mercredi (5 octobre) une résolution pour faire face aux prix de l’énergie. Parmi les axes développés : la relance de projets d’interconnexions comme le gazoduc MidCat, ce que refusent les europarlementaires français.

Euractiv France
European Parliament Session in Strasbourg
Les membres du Parlement européen lors d'une session de vote au Parlement européen à Strasbourg, France, 5 octobre 2022. La session se déroule du 3 au 6 octobre. [EPA-EFE/JULIEN WARNAND]

Les europarlementaires ont voté mercredi (5 octobre) une résolution pour faire face aux prix de l’énergie. Parmi les axes développés : la relance de projets d’interconnexions comme le gazoduc MidCat, ce que refusent les europarlementaires français.

La résolution adoptée mercredi (5 octobre) fait part de la nécessité de relancer la construction d’infrastructures énergétiques « à l’instar de celles reliant la péninsule ibérique et la France », afin d’assurer la sécurité énergétique de l’Union européenne.

Selon les europarlementaires français, il s’agit en particulier de relancer les débats sur le projet de gazoduc MidCat que les autorités allemandes, espagnoles et portugaises réclament depuis fin août. 

Le projet abandonné en 2018 prévoyait de relier la Catalogne (Espagne) à l’Occitanie (France) pour ouvrir une troisième voix d’importation de gaz espagnol en provenance du Maghreb, jusqu’en Europe centrale.

Consensus français

Le refus de relancer le projet MidCat fait consensus au sein des europarlementaires français, ce que confirme à EURACTIV France le cabinet de Stéphane Séjourné, président du groupe Renew (centre) au Parlement européen.

L’ensemble des chefs de file, à l’exception de ceux du groupe Identité et démocratie (ID – extrême droite) ont en ce sens voté en faveur d’un amendement de l’eurodéputée française du groupe Les Verts/ALE, Marie Toussaint, qui se positionne contre la relance du projet.

Ainsi de Manon Aubry (Gauche), Raphael Glucksman du groupe socialiste (S&D), Stéphane Séjourné du groupe Renew (centre), mais aussi de François-Xavier Bellamy ou encore Agnès Evren du Parti populaire européen (PPE – droite).

Mais à l’exception des Français, la majorité des europarlementaires, notamment du centre et de droite, se positionnent en faveur de la relance du gazoduc.

Par conséquent, l’amendement de Marie Toussaint a été rejeté à 466 voix contre 123 et 38 abstentions, ce qui confirme les pressions qui s’intensifient depuis quelques jours pour relancer le projet.

Intensification des pressions

Selon les informations qui ont circulé, la panique autour du sabotage du gazoduc Nord Stream 1 serait à l’origine du retour du gazoduc MidCat sur le devant de la scène politique européenne.

Lundi (3 octobre), Mari Carmen Barrera, secrétaire confédérale pour l’Espagne du groupe des travailleurs du Comité économique et social européen, institution officielle de l’Union européenne, déclarait que « le MidCat [pouvait] être une pièce maîtresse pour les échanges énergétiques actuels et futurs ».

Le même jour, le chancelier allemand Olaf Scholz et le président de la République, Emmanuel Macron se sont rencontrés à Berlin. Si les discussions ont tourné autour des problématiques énergétiques, le quotidien allemand Handelsblatt avance qu’elles n’ont pas eu trait au gazoduc.

Quatre jours avant (29 septembre), le ministère de la Transition énergétique affirmait d’ailleurs que la position du gouvernement français n’avait pas « évolué » : le projet était toujours considéré comme trop cher et trop long à émerger, et donc incompatible avec les besoins urgents de la crise énergétique.

Au sortir du discours sur l’état de l’Union d’Ursula von der Leyen le 14 septembre, le président du groupe PPE, Manfred Weber insistait à l’inverse au micro d’EURACTIV pour que la France fasse preuve de plus de solidarité européenne.

« Si Emmanuel Macron n’est pas prêt à construire un gazoduc jusqu’à l’Espagne, alors il est en train de nuire à l’idée d’un marché européen de l’énergie », avait-il déclaré.

Au demeurant, une résolution parlementaire n’a aucune valeur contraignante. Elle n’a de valeur que politique, ce qui pourrait toutefois influencer les futures propositions et décisions de l’exécutif européen.

Pour l’heure, la Commission européenne ne s’est pas positionnée sur la relance, ou non, du projet MidCat.