Les eurodéputés votent un plan visant à concilier souveraineté alimentaire et durabilité

Alors que les débats font rage autour des nouvelles normes environnementales de l’UE, les eurodéputés ont voté mercredi (14 juin) un projet de résolution en plénière au Parlement européen qui entend renforcer la souveraineté agricole européenne et la sécurité alimentaire à long terme.

Euractiv France
EP-151924L_Plenary_13_Agriculture
Marlene Mortler, membre du Groupe PPE, et rapporteure de la résolution votée par avec 447 voix pour et 142 contre. © European Union 2023 - Source : EP [Brigitte HASE]

Alors que les débats font rage autour des nouvelles normes environnementales de l’UE, les eurodéputés ont voté mercredi (14 juin) un projet de résolution en plénière au Parlement européen qui entend renforcer la souveraineté agricole européenne et la sécurité alimentaire à long terme.

« Les objectifs du Pacte vert doivent être adaptés pour ne pas saper la sécurité alimentaire, il faut favoriser l’environnement, mais aussi les aspects économiques et sociaux. C’est un bel équilibre à trouver », martelait la veille du scrutin, lors d’un débat en plénière, Marlene Mortler, membre du Groupe PPE, et rapporteure de la résolution votée par 447 voix pour et 142 contre.

Autosuffisance alimentaire

Afin de régler les « problèmes structurels » dans le secteur agricole européen apparus avec les crises successives, le texte prévoit de renforcer l’autonomie stratégique de l’UE, notamment en diversifiant les importations « essentielles » telles que les engrais, les aliments pour animaux et les matières premières.

Les eurodéputés demandent également à la Commission de mettre en œuvre un plan de sécurité alimentaire avec des stocks alimentaires, ou encore une stratégie sur les protéines et l’alimentation animale ainsi qu’un soutien financier plus important aux producteurs européens.

« Chaque mois, 9 millions de personnes en plus peuplent la planète, et les terres sont en quantité limitée. Comment pouvons-nous nourrir de plus en plus de personnes de manière durable ? », s’interroge la rapporteure Marlene Mortler, insistant sur le fait que « la sécurité alimentaire doit être vue à l’échelle de la planète ».

Innovation

Les députés mettent l’innovation au cœur de leur résolution, en particulier les nouvelles techniques de génomique pour réduire l’utilisation des engrais, des pesticides de synthèses et pour s’adapter au changement climatique. Ce dernier point implique aussi la modernisation des installations d’irrigation et la promotion de nouvelles infrastructures de gestion de l’eau.

Lors des débats, la rapporteure a insisté sur la nécessité de rendre ces innovations accessibles aux petits agriculteurs. Elle propose en particulier de « limiter les brevets sur les semences, afin de renforcer les droits des petits semenciers ». 

L’un des objectifs de ce plan de soutien de l’agriculture européenne concerne le renouvellement des générations et la facilitation de l’accès aux terres, un enjeu majeur alors que l’Europe a perdu trois millions d’exploitants ces dix dernières années, et qu’aujourd’hui un tiers des agriculteurs a plus de 65 ans.

Transition « en douceur »

La résolution a été applaudie par une majorité de députés, surtout à droite (PPE) et du côté des socialistes (S&D). Le puissant syndicat européen Copa-Cogeca s’est lui aussi félicité d’un plan qui « comble les lacunes et les angles morts du Green Deal [Pacte vert] », à savoir des « solutions » pour les agriculteurs afin d’accélérer la transition.

Si, selon la résolution, le Pacte vert est considéré comme une « étape importante » pour emmener l’agriculture « vers une économie et une agriculture plus vertes, plus durables et résilientes », la transition doit se faire « en douceur », aussi bien dans le temps qu’en matière de réglementations pour ne pas pénaliser les agriculteurs et maintenir leurs activités.

« Sans rentabilité, il n’y a pas de sécurité alimentaire possible. Il faut arrêter de légiférer à tour de bras », lance, dans l’hémicycle, la députée Mazaly Aguilar (ECR), alors que la Commission européenne propose en ce moment de durcir les réglementations environnementales (loi sur la restauration de la nature, sur l’utilisation de produits phytopharmaceutiques…)

Afin d’accélérer la transition du secteur, le texte prévoit aussi un renforcement des normes environnementales dans le cadre du commerce international, ou encore des actions contre le gaspillage alimentaire – coopération des supermarchés et des banques alimentaires, campagne de communication, etc.

Les Verts vent debout

Lors du débat, certains députés, notamment issus des rangs écologistes, ont vivement critiqué la résolution. C’est le cas de Martin Hausling (Vert/ALE) qui lui reproche de mettre au second plan les mesures environnementales, en cohérence, selon lui, avec les attaques récurrentes du PPE contre de la stratégie De la ferme à l’assiette et le Pacte vert.

« La sécurité alimentaire est menacée par le changement climatique et la perte de biodiversité, ce que disent des milliers de scientifiques. Vous n’en parlez pas ! », lance-t-il à la rapporteure.

Son collègue suédois Pär Holmgren (Vert ALE), dénonce également l’abandon des ambitions climatiques, par ceux « qui veulent supprimer tout ce qui pourra nous permettre d’avoir une sécurité alimentaire ».

Alors que la résolution appelle l’exécutif européen à mettre en œuvre une stratégie « holistique » à partir de ces propositions, le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski a annoncé, lors du débat, que la Commission préparait « un plan stratégique » pour assurer la sécurité alimentaire de l’UE. Et ce, en « tenant compte » de cette résolution.