Le ministre de l’Agriculture annonce un plan de souveraineté pour l'élevage français

La France doit restaurer sa souveraineté en matière d’élevage, a martelé le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau lors du Sommet de l’élevage, avant d'annoncer des mesures pour sauver le secteur en proie à de nombreuses crises.

Euractiv France
French and Spanish Agriculture Ministers hold joint press conference in Paris
Face aux éleveurs et représentants des filières, Marc Fesneau a détaillé une série de mesures pour redonner une souveraineté à l'élevage français. EPA-EFE/TERESA SUAREZ

La France doit restaurer sa souveraineté en matière d’élevage, a martelé le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau lors du Sommet de l’élevage, avant d’annoncer des mesures pour sauver le secteur.

En visite au Sommet de l’élevage près de Clermont-Ferrand, le plus grand d’Europe, mardi (3 septembre), le ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire a voulu témoigner son soutien aux éleveurs alors que le secteur décline depuis de nombreuses années.

« L’objectif est de reconquérir notre souveraineté alimentaire qu’on a perdue depuis des dizaines d’années », a affirmé le ministre devant la presse, avant de rappeler que « nous ne sommes plus souverains sur la quasi-totalité des filières animales ».

En 2022, les importations de viandes en France ont en effet augmenté de 11,7 % sur un an. Cela atteint près de 30 % pour le bœuf. Le pays importe aujourd’hui un tiers de sa consommation totale de viande.

Un problème que connaissent les autres pays membres. Entre 2005 et 2020, le nombre d’élevages européens spécialisé a également diminué de 45 %, et les exploitations en polyculture élevage de 60 %.

En prévision du déplacement du ministre, l’Interprofession de l’élevage bovin (Interbev) a appelé à un « plan souveraineté pour un élevage et une viande bovine durables ». Il demande aux pouvoirs publics de juguler la décapitalisation (diminution) du cheptel, laquelle atteint 3 % par an pour les bovins. Les vaches sont actuellement 800 000 de moins qu’il y a sept ans.

Face aux éleveurs et représentants des filières, Marc Fesneau a détaillé une série de mesures, en commençant par un plan de communication dont l’objectif est de redorer le blason de l’élevage.

« Les producteurs veulent une reconnaissance de leur fonction, que ce soit dans la défense de la souveraineté, mais aussi dans le stockage du carbone par les prairies, l’ouverture des paysages, la préservation de la biodiversité, etc. », a-t-il souligné. Avant de marteler : « On a besoin d’élevage, on a besoin d’éleveurs ».

Attaqué de toute part pour des raisons environnementales – émissions de carbone, bien-être animal –, l’élevage a également fait les frais de la Cour des comptes, qui recommandait au printemps dernier « une réduction importante du cheptel » français.

Rémunération, renouvellement des générations, décarbonation

Pour aider le secteur, Marc Fesneau a souligné l’importance de la question des revenus des agriculteurs. Même si l’inflation alimentaire reste à des niveaux très élevés – 9,6 % en septembre sur un an – le ministre s’est engagé à ne pas remettre en question les lois Egalim, qui visent à rémunérer plus justement les éleveurs et à les protéger des distributeurs et industriels.

« Ce ne sont pas les agriculteurs qui doivent être la variable d’ajustement des stratégies des grands groupes », a-t-il insisté, promettant des « dispositifs fiscaux » comme des crédits d’impôts qui seront présentés dans les prochains jours avec le ministre des Finances Bruno Lemaire.

D’autres outils fiscaux (prêts garantis par l’État, systèmes de portage foncier) aideront à la reprise des exploitations, en particulier des élevages. Alors qu’un agriculteur sur deux partira à la retraite dans dix ans, cette question est l’un des axes majeurs du Pacte-loi d’orientation et d’avenir agricoles récemment présenté.

Autre point sur lequel l’élevage est très attendu : la décarbonation. « Nous avons besoin d’accompagner les éleveurs dans une stratégie de décarbonation […] La transition ce n’est pas contre eux qu’on doit la faire, c’est avec eux », a lancé Marc Fesneau. Il confirme qu’une partie des Fonds de décarbonation de l’industrie sera débloquée pour encourager les pratiques moins polluantes.

Maladie hémorragique épizootique

Cette 32e édition du Sommet de l’élevage se déroule alors même que la Maladie hémorragique épizootique (MHE) vient d’être détectée pour la première fois dans l’hexagone. Elle est pour l’instant circonscrite à 19 foyers de contamination dans des élevages bovins du sud-ouest de la France.

En conséquence, les exportations ont rapidement été restreintes selon la réglementation européenne en vigueur. D’après le ministre, la situation vient d’être « débloquée » avec l’Espagne, et les discussions sont en cours avec l’Italie, deux principaux importateurs de bovins français. « Je suis plutôt optimisme sur ces sujets », a-t-il confié.

Bien que la France soit « exemplaire » sur la question sanitaire à l’échelle mondiale, selon M. Fesneau, celui-ci prendra des mesures pour éradiquer les maladies affectant le bétail dans l’avenir, alors que le changement climatique fait courir de plus en plus de risques pour le secteur. 20 millions d’euros seront débloqués pour encourager des pratiques de prévention.