Les Européens « en faveur de la solidarité internationale », d’après l’Agence française de développement

La vaste majorité des Européens sont favorables à ce que leur pays investisse dans l’aide au développement hors des frontières de l’Union européenne (UE), particulièrement les Italiens, révèle un sondage publié mardi (14 mai) par l’Agence française de développement.

Euractiv France
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Les défis du monde appellent des réponses collectives plutôt qu’un repli sur soi pour une majorité d’Européens (72%). [Wulandari Wulandari/Shutterstock]

La vaste majorité des Européens sont favorables à ce que leur pays investisse dans l’aide au développement hors des frontières de l’Union européenne (UE), particulièrement les Italiens, révèle un sondage publié mardi (14 mai) par l’Agence française de développement (AFD).

Pour réaliser son sondage sur l’adhésion des Européens à la solidarité internationale et au développement durable, l’AFD a interrogé en avril 2024 plus de 6 000 Européens, en Pologne, en Italie, en Allemagne, en France et en Suède.

Alors que la campagne des élections européennes est marquée par une montée des partis nationalistes et que la tendance au protectionnisme semble se renforcer, les défis du monde appellent des réponses collectives plutôt qu’un repli sur soi pour une majorité d’Européens (72%).

Pour le directeur de l’ADF Rémy Rioux, rien de très surprenant. « Le Traité de Rome a créé le Fonds européen de développement (FED). Le premier visage de l’Europe n’est pas géopolitique. C’est d’abord un visage de coopération et de développement économique », explique-t-il lors de la présentation des résultats de l’enquête.

Cependant, le contraste est plus marqué lorsque l’on regarde les statistiques dans le détail. Ainsi, 87% des Italiens sont favorables au soutien des pays en développement, contre seulement 66% des Français.

En Allemagne et en Suède, ce chiffre est de 71% et en Pologne de 72%.

Le directeur de l’AFD reconnaît un « certain scepticisme français », mais nuance : « C’est un résultat qui reste élevé ». En revanche, il se dit « un peu surpris » que l’Italie affiche des résultats aussi hauts.

Ces résultats pourraient s’expliquer par le « message politique très fort », lancé par Giorgia Meloni lors de la présentation du Plan Mattei, selon lequel il faut « investir en Afrique », analyse Rémy Rioux.

La Première ministre italienne a réuni en janvier dernier à Rome vingt-cinq chefs d’État et de gouvernement africains et s’est engagée à faire du développement de l’Afrique un thème central de son mandat. L’objectif est double : devenir un hub énergétique pour l’Europe et freiner les flux migratoires.

« Il s’agit d’un plan [le plan Mattei] concret d’interventions stratégiques, axé sur quelques priorités à moyen et long terme, l’éducation et la formation, la santé et l’agriculture, l’eau et l’énergie », avait-elle déclaré lors de l’ouverture du sommet.

« On peut en conclure que l’opinion italienne réagit positivement », estime Rémi Rioux, avant d’ajouter que si l’Italie avait décroché de l’aide au développement au début des années 2000, les budgets ont été ces dernières années revus à la hausse, notamment sous l’impulsion des anciens Premiers ministres Matteo Renzi et Mario Draghi.

Lorsque l’on demande aux sondés où devrait aller en priorité l’aide au développement, ils donnent priorité à l’Afrique et aux pays candidats l’élargissement de l’UE. La France préfère favoriser l’Afrique francophone, l’Italie les pays du Maghreb, et l’Allemagne et la Pologne les pays candidats à l’élargissement.

Les pays d’Amérique latine, d’Asie ou du Proche et du Moyen-Orient arrivent derniers dans la liste.

Investir dans les migrations

Le sondage s’intéresse également aux questions migratoires.

Les Européens interrogés sont divisés quant à l’impact des migrants sur l’économie et la culture de leur pays. L’Italie et la Suède jugent cet impact positif, à 59 et 54%, contre seulement 38% des Français et des Polonais, et 46% des Allemands.

Pourtant, d’après les résultats du sondage, une majorité  d’Européens (83%) est convaincue que leur pays doit aider et investir dans les questions liées aux migrations.

Une aide qui doit notamment permettre de mieux lutter contre la traite d’êtres humains, de soutenir la création d’emplois dans les pays en développement et d’appuyer les gouvernements dans l’élaboration de leurs politiques migratoires.

70% des Polonais estiment que leur pays doit soutenir les populations et les régions touchées par des déplacements forcés liés aux crises, qu’elles soient économiques ou politiques, aux conflits armés ou au changement climatique.

Ce chiffre est de 67% en France, 68% en Allemagne, 74% en Suède et 82% en Italie. 

« La Pologne est très favorable à l’aide au développement », estime Phillipe Gautier, Directeur Général de MEDEF International, selon qui « depuis le début de la guerre en Ukraine notamment, il y a une perception accrue des risques du monde extérieur et de la nécessité de s’engager pour protéger ses frontières ».

Si l’Union a été frappée par de nombreuses crises au cours du dernier mandat du Parlement européen (Covid-19, guerre en Ukraine, crise énergétique, inflation, etc.), les résultats de l’enquête de l’AFD indiquent que « face à la montée de la violence et de l’instabilité géopolitique, l’on observe un regain de la coopération internationale pour le développement durable », conclu Rémy Rioux.