Les finances de la Grèce perturbent la campagne électorale allemande
Le ministre allemand des affaires étrangères a déclaré que la Grèce aurait besoin d’un troisième renflouement. Cette déclaration a déclenché une vague de protestations dans les rangs de l’opposition, cinq semaines avant les élections allemandes.
Le ministre allemand des affaires étrangères a déclaré que la Grèce aurait besoin d’un troisième renflouement. Cette déclaration a déclenché une vague de protestations dans les rangs de l’opposition, cinq semaines avant les élections allemandes.
Les analystes prévoient depuis longtemps que la Grèce aura besoin d'une aide financière supplémentaire, même si son montant devrait être nettement plus faible que les précédents dont la somme avoisine aujourd'hui 240 milliards d'euros. La chancelière Merkel a tenté d'éviter d’aborder la situation de la Grèce au cours de sa campagne électorale, de peur d'irriter les électeurs allemands. Ils craignent de payer la note de ce nouveau renflouement.
Selon un journal régional, Angela Merkel a indiqué quelques heures avant le discours de M. Schäuble qu'il n'y avait pas lieu de discuter d'une nouvelle aide avant la fin de l'année prochaine, quand le deuxième programme de sauvetage arrivera à échéance.
Lors d'une réunion électorale dans le nord de l'Allemagne, son ministre, réputé pour son franc-parler, s'est écarté de cette position en brisant un tabou de cette campagne électorale.
« La Grèce va avoir besoin d'un autre "bail-out"», a concédé M. Schäuble.
Il avait déjà déclaré que les bailleurs de fonds internationaux pourraient envisager un nouveau programme d'aide pour la Grèce à la fin 2014. Il n'avait toutefois pas indiqué que ce sauvetage serait inéluctable dans ces précédentes déclarations.
« Dire la vérité »
Les propos du ministre des finances sont pain béni pour les dirigeants d'opposition qui avait accusé la chancelière d'avoir menti sur la situation financière en Grèce au cours de la campagne électorale.
« Je le dis très clairement, le sauvetage de l'Europe et la cohésion du continent auront un coût, y compris pour nous, Allemands », a affirmé le concurrent social-démocrate d'Angela Merkel à la suite de la déclaration de Wolfgang Schäuble. « Il est à présent temps que Mme Merkel dise la vérité à la population. »
Selon le président du groupe parlementaire des Verts au Bundestag, Jürgen Trittin, Wolfgang Schaüble a révélé la « supercherie » de la chancelière. M. Trittin a également critiqué sa politique d'austérité qui n'est pas parvenue à réduire le niveau de la dette en Grèce.
Les réformes dans le pays plongé dans la récession comportent des lacunes. Certains ont répété qu'un allégement de la dette ou un paquet de sauvetage était nécessaire.
La plus grande économie de l'Europe contribue logiquement le plus aux renflouements, qui sont très impopulaires auprès de la population.
Angela Merkel semble en voie de remporter un troisième mandat en partie en raison de la fermeté de sa politique européenne sur la question de la dette.
Toute preuve selon laquelle la chancelière dissimule le risque de renflouement pourrait mettre à mal sa campagne alors qu'elle se bat pour conserver sa coalition de centre-droit.
« La Grèce est un sujet dangereux. Ce n'est pas malin de revenir sur le sujet juste au moment d'une accalmie généralisée », a déclaré Klaus-Peter Schöppner de l'institut de sondages Emnid.
Lors d'un entretien avec le journal Ruhr Nachrichten, la chancelière a indiqué : « Nous avons toujours dit, au sein de la zone euro, que nous réexaminerions la situation de la Grèce fin 2014 ou début 2015. Il est raisonnable de s'en tenir à ce calendrier. »
Un déficit de financement de 11 milliards d'euros
Selon un responsable du ministère grec des finances, les montants d'un nouveau renflouement seraient moins élevés que les précédents. L'objectif étant de combler un déficit de financement pour la période 2014-2016.
Le nouveau paquet de sauvetage sera au moins partiellement financé par le budget d'aide régionale de l'UE, selon le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung. Des sources gouvernementales allemandes ont également rapporté au journal que les montants de ce renflouement seraient moins élevés. Les conditions seraient moins strictes étant donné que la Grèce a déjà entrepris de nombreuses réformes nécessaires.
Le Fonds monétaire international (FMI) a estimé en juillet que le déficit de financement pour la période 2014-2015 s'élèverait à 10,9 milliards d'euros.
Athènes espère déjà combler une partie de ce déficit en revenant sur les marchés obligataires en 2014 grâce à l'émission d'obligations de « petites tailles », avait expliqué à Reuters le ministre grec des finances, Yannis Stournaras. Les observateurs doutent cependant de plus en plus que la situation s'améliore suffisamment pour permettre un retour sur le marché obligataire l'année prochaine.
De son côté, la Banque centrale européenne (BCE) a déclaré que Jörg Asmussen, membre du directoire de l'institut d'émission, se rendrait le 21 août en Grèce afin de faire le point sur les mesures demandées en échange d'une nouvelle tranche d'aide.
En juillet, Athènes a reçu une nouvelle tranche de 5,8 milliards d'euros de ses créanciers internationaux. Athènes devrait encore recevoir 1 milliard d'euros en octobre en fonction du degré d'avancement des mesures d'assainissement de ses comptes.
La troïka (FMI, BCE et UE) retournera en Grèce cet automne pour déterminer si l'État doit procéder à des économies supplémentaires afin de remplir les objectifs budgétaires 2015-2016.
En amont de cette réunion, M. Asmussen rencontrera le gouverneur de la Banque centrale, George Provopoulos, le ministre des finances, Yannis Stournaras, et le gouverneur de la Banque centrale grecque, Georges Zanias, ont expliqué des sources grecques à Reuters.