Les législateurs européens se penchent sur la concentration et le financement des médias

L'UE devrait porter plus d'attention au contenu que fournissent les médias et prendre en compte les questions de concentration et de soutien financier aux producteurs de films, soutient l'eurodéputé français Jean-Marie Cavada. Le président de l'intergroupe média instauré récemment s'est confié à EURACTIV dans le cadre d'un entretien exclusif.

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L'UE devrait porter plus d'attention au contenu que fournissent les médias et prendre en compte les questions de concentration et de soutien financier aux producteurs de films, soutient l'eurodéputé français Jean-Marie Cavada. Le président de l'intergroupe média instauré récemment s'est confié à EURACTIV dans le cadre d'un entretien exclusif.

"L’UE a pendant longtemps analysé l’existence des médias en stricts termes de concurrence : équilibre, déséquilibre, concentration…", a déclaré M. Cavada, un ancien journaliste et directeur de plusieurs chaînes de télévision et de radio françaises.

Une première erreur à éviter, industriellement parlant, est de ne pas consacrer toute notre attention sur les canaux, à leur libre accès ou à leur élargissement, sans nous soucier de ce qu’il aura dans ces tuyaux, a affirmé M. Cavada, citant la production de films européens comme exemple.

"Internet n’est qu’un tuyau", a-t-il dit, expliquant que dans la révolution numérique, la radio, la télévision et les journaux se mettent tous sur Internet, ce qui pose des problèmes spécifiques pour la protection de la propriété intellectuelle et la rémunération des auteurs.

"S’il n’y a plus de rémunérations, il n’y a plus d’auteurs", a dit M. Cavada, avant d'ajouter : "A la place nous deviendrons distributeurs de produits mondiaux universels, donc anglo-américains. On ne peut pas s’en contenter pour nourrir les cerveaux européens".

L'intergroupe du Parlement, composé de plusieurs partis, se réunira pour la première fois avec des professionnels des médias le 11 février afin de discuter des questions que le monde industriel souhaiterait que l'UE traite lors de la législature. En fonction des discussions, un programme de travail sera élaboré, a affirmé M. Cavada aux membres de ce groupe par courrier électronique.

D'après M. Cavana, le focus de l'Europe sur la concurrence a engendré une situation où les groupes de médias européens se battent pour concurrencer les géants mondiaux. "Les médias européens ont des tailles petites ou moyennes à l’échelle européenne et plus encore à l’échelle mondiale. Très peu ont une taille mondiale, contrairement au monde anglo-saxon ou asiatique. Nous avons donc un déséquilibre qui est dans une certaine mesure une menace", a-t-il affirmé.

Selon M. Cavada, "il faut ainsi essayer de combiner la possibilité de concentration en respectant les règles de la concurrence".

 M. Cavada a déploré l'absence de groupe de média paneuropéens, soulignant que Bertelsmann en Allemagne était le seul groupe européen qui essaie de rassembler la diffusion et l'édition de livres et de magazines.

Pour promouvoir ce qu'il appelle une "économie culturelle" qui récompense les auteurs pour leur travail, il a déclaré qu'un plan de financement devait être mis en place pour soutenir la création, en particulier la fiction.

"Nous créons un déséquilibre qui nous jette dans l’atlantisme, c’est-à-dire vers le plus bas dénominateur commun qui correspond à la plus large circulation due à la langue", a soutenu M. Cavada.

Il estime que l'on devrait créer un fonds qui ressemble au FEOGA (Fonds européen d'orientation et de garantie agricole), et qui créerait l'opportunité pour les auteurs des Etats membres de produire de la fiction.

Un tel fonds, selon M. Cavada, devra être plus large que l'actuel programme MEDIA de l'UE, qui d'après lui n'est pas assez ambitieux. "Nous ne pouvons pas laisser périr nos cultures qui sont originales et qui témoignent de notre façon de vivre", a-t-il insisté.

Cependant, il pense que les médias d'information ne devraient pas être en mesure de bénéficier du système de financement. " Je ne dis pas qu’il faut subventionner les médias. Je dis simplement qu’il faut créer les conditions économiques de la vie culturelle, et je pensais surtout au cinéma. Mais je peux en dire autant en ce qui concerne l’économie du livre. Je suis favorable à un système de rémunération des auteurs dans quelque activité artistique que ce soit".

Interrogé sur l'éventuelle réticence en Italie ou au Royaume-Uni quant à l'établissement d'un tel système de financement, M. Cavada a appelé à une approche "à la carte" plus volontaire.

"Par conséquent", a-t-il affirmé, "si institutionnellement on ne peut pas obtenir un accord des Vingt-Sept, il faut alors faire des accords de coopération renforcée et montrer l’exemple".

Pour lire l'entretien en entier, cliquez ici.