Les mesures désespérées de Bruxelles pour l'Ukraine
Bienvenue dans Rapporteur. Je suis Eddy Wax, avec Nicoletta Ionta à Bruxelles.
À savoir :
- Gaza : les dirigeants européens soutiennent le plan de paix de Donald Trump, le Hamas n’a pas encore réagi
- Parlement : le PPE reste silencieux sur la question de savoir si la députée européenne Dolors Montserrat perçoit un deuxième salaire
- Ukraine : la proposition de prêt de l’UE et la stratégie d’adhésion révèlent les limites de Bruxelles
NB : Les articles d’Euractiv en français sont à lire ici.
Bruxelles en un coup d’œil
Deux propositions majeures visant à aider l’Ukraine circulent avant la réunion des dirigeants européens prévue demain à Copenhague. Toutes deux se heurtent à des obstacles de taille, soulignant la difficulté croissante pour l’Union européenne d’obtenir davantage de fonds pour Kiev et de maintenir ses espoirs d’adhésion à l’UE tout en contournant le veto de la Hongrie.
La première consiste à utiliser environ 200 milliards d’euros d’avoirs russes gelés pour fournir un financement à long terme à l’Ukraine. La Commission a présenté cette idée la semaine dernière dans une note succincte et sommaire adressée aux États membres, soulignant qu’elle éviterait une confiscation pure et simple, une mesure lourde de risques juridiques qui pourrait également entraîner des répercussions économiques négatives.
Friedrich Merz a soutenu cette proposition. Mais la Belgique, où se trouve la plupart des avoirs, l’a vivement critiquée, Bart De Wever avertissant que son pays ne pouvait pas être laissé seul face à ce risque. Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, a également exprimé sa frustration à l’égard de la Commission, qui n’a pas expliqué comment ce plan fonctionnerait, rapporte Thomas Møller-Nielsen.
La seconde, surnommée « plan Costa », modifierait les procédures d’adhésion à l’UE afin que l’Ukraine puisse avancer sans avoir besoin de l’unanimité à chaque étape, tout en exigeant toujours un consensus pour la décision finale, ce qui signifie que Viktor Orbán conserverait le pouvoir de bloquer l’adhésion à la fin.
Cette idée, bien qu’accueillie favorablement par la Commission (qui n’a pas son mot à dire à ce sujet) et présentée par Politico comme une nouvelle offensive diplomatique, existe depuis des mois sans susciter beaucoup d’enthousiasme.
Elle comporte en outre une autre faille flagrante : la modification des règles elles-mêmes nécessite l’unanimité. La Hongrie, les Pays-Bas et la Bulgarie, qui ont chacun exercé leur droit de veto, s’y sont déjà opposés. En d’autres termes, elle est vouée à l’échec.
Les diplomates avec lesquels je me suis entretenu lundi sont perplexes face à la décision d’António Costa de consacrer son capital politique à ce projet. Certains suggèrent que cela reflète l’absence de meilleures alternatives, à moins d’attendre les élections hongroises de l’année prochaine et d’espérer que Viktor Orbán soit battu. D’ici là, la République tchèque pourrait être dirigée par son allié Andrej Babiš.
Le PPE reste silencieux sur le salaire de sa vice-présidente
Dolors Montserrat, députée conservatrice espagnole du Partido Popular, a été élue en avril secrétaire générale du Parti populaire européen (PPE), réseau regroupant les partis nationaux de centre-droit. En tant que députée européenne élue, elle perçoit déjà un salaire public.
Mais la question de savoir si elle perçoit également un deuxième salaire de la part du PPE reste sans réponse. Malgré de multiples demandes, ni le parti ni le bureau de Dolors Montserrat n’ont répondu. Rapporteur a appris que l’administration du Parlement n’avait reçu aucune notification indiquant qu’elle était rémunérée pour son rôle au sein du parti.
Ce silence a alimenté les spéculations selon lesquelles le PPE chercherait à éviter l’embarras à son président, Manfred Weber, qui fait depuis longtemps l’objet de critiques pour percevoir deux salaires payés par l’UE. En plus de son salaire de député européen, la présidence du parti de Manfred Weber lui rapporte 14 120 euros par mois.
Les Européens soutiennent le plan de Donald Trump pour Gaza
Alors que les capitales de l’UE restent divisées sur les sanctions à l’encontre d’Israël, Antonio Costa, Emmanuel Macron et le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, ont approuvé le plan de Donald Trump visant à mettre fin à la guerre à Gaza.
Dévoilée à la Maison Blanche aux côtés du Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, cette proposition en 20 points n’a pas encore été acceptée par le Hamas et n’offre qu’une vague promesse d’un futur État palestinien, une exigence centrale de nombreux pays de l’UE, en particulier la France. L’Autorité palestinienne a toutefois salué les « efforts sincères et déterminés » du président américain.
Donald Trump a revendiqué un large soutien de la part des nations arabes et musulmanes et a déclaré que les dirigeants européens avaient qualifié son plan de « la chose la plus incroyable que nous ayons entendue », sans toutefois citer de noms. Le ministre français des Affaires étrangères a déclaré que ce plan s’inspirait des propres idées de Paris.
La Commission veut renforcer son pouvoir en matière de défense
La Commission souhaite que les gouvernements nationaux soumettent des rapports annuels sur leurs achats d’armes, selon un document envoyé aux capitales de l’UE avant la réunion des dirigeants prévue cette semaine à Copenhague.
Ce plan permettrait à l’exécutif européen de publier des évaluations annuelles sur le réarmement des pays et leur capacité à combler leurs lacunes en matière de capacités, rapporte Aurélie Pugnet. Cette mesure donnerait également à la Commission, dirigée – ne l’oublions pas – par l’ancienne ministre allemande de la Défense Ursula von der Leyen, un plus grand contrôle sur les dépenses de défense, un domaine longtemps gardé par les gouvernements nationaux.
Le Parlement critiqué pour son omnibus
Pourquoi le rapport Draghi n’a-t-il pas été mis en pratique ? Cette question a plané sur la réunion des ministres lundi, alors que les projets visant à réduire la jungle réglementaire se heurtaient à nouveau à des retards politiques.
Lors de la session, le Conseil et la Commission n’ont guère caché leur frustration face à la lenteur apparente du Parlement dans la mise en œuvre du programme de simplification. Le ministre danois de l’Industrie, Morten Bødskov, et le responsable de l’industrie de l’UE, Stéphane Séjourné, ont souligné à plusieurs reprises la nécessité de progresser rapidement et ont signalé leur volonté de négocier, selon notre journaliste spécialisé dans les questions budgétaires, Jacob Wulff Wold.
La vice-première ministre suédoise, Ebba Busch, s’est montrée encore plus directe. « J’ai trouvé très ennuyeux qu’il leur ait fallu des mois pour nommer quelqu’un chargé de mener les négociations au nom du Parlement », a-t-elle déclaré, adressant ainsi un avertissement clair aux eurodéputés pour qu’ils agissent plus rapidement.
Teresa Ribera s’oppose au report des règles européennes sur la déforestation
Bruxelles devrait éviter de rouvrir la loi européenne contre la déforestation, a déclaré lundi la vice-présidente de la Commission, Teresa Ribera, s’opposant à la demande de la commissaire à l’Environnement, Jessika Roswall, qui souhaite un nouveau report d’un an.
Ces règles, déjà reportées une fois à décembre, obligent les entreprises à prouver que leurs produits ne sont pas liés à la déforestation. Teresa Ribera a reconnu l’existence d’obstacles techniques liés à la plateforme de données, mais a insisté pour qu’ils soient résolus sans « rouvrir la réglementation », tout en rejetant les suggestions selon lesquelles l’agenda vert de Bruxelles pourrait être édulcoré.
Bruxelles propose des modifications à l’accord commercial avec le Maroc
La Commission a proposé de modifier son accord commercial avec le Maroc afin de se conformer à une décision de justice de l’UE sur le Sahara occidental, rapporte Jeremias Lin.
Le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole occupée en grande partie par le Maroc depuis 1975, est reconnu par les Nations unies comme un territoire non autonome. Son statut reste contesté, le Maroc revendiquant sa souveraineté et le mouvement indépendantiste sahraoui, le Front Polisario, exigeant l’autodétermination.
En octobre 2024, la plus haute juridiction de l’UE a estimé que les accords de 2019 sur la pêche et les produits agricoles violaient le principe d’autodétermination, car le peuple du Sahara occidental n’avait pas donné son consentement. Bruxelles s’est vu accorder un délai de 12 mois pour adapter l’accord.
Les Capitales
PARIS 🇫🇷
Rachida Dati, ministre de la Culture et candidate privilégiée de la droite pour devenir la prochaine maire de la capitale, devrait comparaître devant le tribunal en septembre 2026 pour des accusations de corruption liées à l’ancien patron de Renault, Carlos Ghosn. Le procès, qui aura lieu quelques mois seulement après les élections municipales du printemps, menace de faire dérailler sa campagne. Elle a nié toute malversation, affirmant que son travail chez Renault était à la fois légal et correctement déclaré.
VARSOVIE 🇵🇱
Dans une allocution vidéo prononcée lors du Forum de sécurité de Varsovie, Volodymyr Zelensky a appelé à la création d’un bouclier européen contre les drones et les missiles russes, affirmant qu’une action conjointe donnerait à la région « suffisamment d’armes et de capacités de production ». Donald Tusk a abondé dans le même sens, avertissant que « c’est notre guerre » et que l’Europe doit montrer qu’elle est capable d’agir efficacement.
BERLIN 🇩🇪
Friedrich Merz réunit ses ministres cette semaine dans la banlieue de Berlin pour la première retraite du gouvernement, axée sur la compétitivité et la modernisation de l’État. Parmi les propositions à l’étude figurent la réduction des effectifs fédéraux, l’allègement de la bureaucratie, la possibilité pour les entreprises de s’enregistrer en une journée et l’utilisation de l’intelligence artificielle pour accélérer l’approbation des visas – un ensemble de mesures que Friedrich Merz a présenté comme le début d’un « automne de réformes » après des années de stagnation économique.
ATHÈNES 🇬🇷
Laura Kövesi, la première procureure générale européenne, devrait arriver aujourd’hui à Athènes pour rencontrer des ministres du gouvernement, des responsables de la police et des douanes, ainsi que le procureur général, ont rapporté les médias locaux. Elle devrait tenir une conférence de presse lors d’une visite qui coïncide avec des enquêtes très médiatisées menées par le Parquet européen, portant sur des allégations d’utilisation abusive des fonds agricoles de l’Union, un contrat controversé financé par l’UE lié à un accident ferroviaire mortel, ainsi que des fraudes douanières et à la TVA impliquant des marchandises en provenance de Chine.
ROME 🇮🇹
Le parti de Giorgia Meloni a remporté une première victoire alors que l’Italie entamait sa série d’élections régionales d’automne. Dans les Marches, le candidat des Frères d’Italie, Francesco Acquaroli, a battu de justesse Matteo Ricci, du Parti démocrate, tandis que dans la Vallée d’Aoste, les partis autonomistes ont conservé leur avance, le centre-droit progressant. Avec cinq autres régions qui se rendront aux urnes dans les semaines à venir, les résultats permettront de mieux évaluer la force politique de Giorgia Meloni.
MADRID 🇪🇸
María Chivite, présidente socialiste de la région espagnole de Navarre et membre du parti de Pedro Sánchez, a témoigné devant une commission sénatoriale la semaine dernière au sujet de ses liens présumés avec un système de pots-de-vin impliquant des hauts responsables du parti. Elle a reconnu avoir demandé à Santos Cerdán, numéro trois du parti actuellement en détention provisoire, de participer à des réunions ministérielles afin d’aider à obtenir des financements régionaux, mais a nié toute implication dans des appels d’offres truqués, affirmant qu’il n’avait participé qu’en sa qualité de député de Navarre.
Egalement sur Euractiv
Entreprises européennes : le ralentissement chinois éclipse la guerre commerciale de Donald Trump
Les entreprises européennes implantées en Chine tirent la sonnette d’alarme face au ralentissement de la croissance et à l’augmentation des risques politiques, avertissant que la déflation, la baisse de la demande et les nouvelles restrictions à l’exportation des terres rares sont devenues plus déstabilisantes que les droits de douane imposés par Donald Trump.
Rond-point Schuman
Dans ses mémoires, Jens Stoltenberg raconte comment il a désamorcé la menace de Donald Trump de quitter l’OTAN en 2018 grâce à une concession griffonnée au marqueur Sharpie, puis comment il a exhorté Volodymyr Zelensky à envisager une « solution finlandaise » à la guerre (abandonner des territoires pour rejoindre l’OTAN). L’ancien chef de l’alliance décrit également comment la France s’est insurgée contre son leadership, l’accusant d’avoir outrepassé ses fonctions.
Agenda
➡ Réunion du Collège des commissaires, avec interventions de Mark Rutte (OTAN) et Ursula von der Leyen à 8h45 (la Commission présentera ses projets pour une Union de l’épargne et de l’investissement, ainsi qu’une nouvelle stratégie européenne en matière d’éducation financière).
➡ Antonio Costa rencontre les commissaires Andrius Kubilius et Dan Jørgensen, ainsi que les maires de l’Alliance pour le logement.
➡ Les ministres de la recherche de l’UE se réunissent à Bruxelles, une conférence de presse étant prévue vers 15 h.
➡ Le commissaire Maroš Šefčovič se rend à Saint-Marin pour s’entretenir avec les capitaines régents et participe au Forum transatlantique sur les géo-économies.
Editeurs : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao
Contributeurs : Sarantis Michalopoulos, Thomas Møller-Nielsen, Jacob Wulff Wold, Magnus Lund Nielsen Jeremias Lin, Laurent Geslin, Alessia Peretti, Inés Fernández-Pontes, Sarantis Michalopoulos, Aleksandra Krzysztoszek