Le Premier ministre belge opposé à l’utilisation des avoirs russes gelés pour aider Kiev

Le Premier ministre belge a rejeté la proposition visant à utiliser les avoirs de la Banque centrale de Russie immobilisés dans l’UE afin de financer le « prêt de réparation » récemment annoncé par la Commission pour aider l’Ukraine.

EURACTIV.com
Chancellor Merz receives Belgian Prime Minister De Wever
Le Premier ministre belge Bart De Wever. [Getty Images/Britta Pedersen_Picture alliance]

La plupart des actifs russes immobilisés au sein de l’UE sont détenus par Euroclear, une chambre de compensation basée à Bruxelles, ce qui fait de la Belgique un acteur clé dans les négociations à ce sujet.

« Prendre l’argent d[u président russe Vladimir] Poutine et laisser les risques à la Belgique, cela n’arrivera pas, je tiens à être très clair à ce sujet. It ain’t gonna happen, das wird niemals passieren », a déclaré le Premier ministre Bart De Wever en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York.

« Si des pays voient que l’argent d’une banque centrale peut disparaître et si des responsables politiques européens jugent cela nécessaire, ils pourraient décider de retirer leurs réserves de la zone euro. Ce n’est peut-être pas ce que nous souhaitons voir arriver », a-t-il ajouté.

Plus tôt, le chancelier allemand Friedrich Merz publiait dans le Financial Times une carte blanche dans laquelle il se disait favorable à l’idée d’utiliser des avoirs russes gelés — et pas seulement des bénéfices qui en découlent — afin de financer le prêt de réparation pour l’Ukraine.

Jusqu’à présent, seuls les intérêts générés par les avoirs russes gelés ont été utilisés pour financer un prêt de 45 milliards d’euros accordé à Kiev dans le cadre d’un programme coordonné par le G7.

Dans une pique à peine voilée à l’encontre de son homologue allemand, Bart De Wever a appelé les dirigeants de l’UE à « discuter et trouver une solution, plutôt que de partager leur opinion chaque jour ».

Un responsable belge a précisé les déclarations du Premier ministre en expliquant que la Belgique n’écartait pas totalement le projet de la Commission, mais qu’elle souhaitait obtenir davantage de détails avant de donner son feu vert. « Nous examinons toujours les propositions de la Commission de manière constructive et vigilante », a assuré le responsable.

Contactée au sujet des commentaires de Bart De Wever, la Commission n’a pas souhaité réagir, mais un porte-parole de l’exécutif a indiqué que l’institution travaillait d’arrache-pied à la préparation d’une proposition concrète pour le prêt de réparation.

Annoncé par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dans son discours sur l’état de l’Union au début du mois, le « prêt de réparation » pour l’Ukraine doit financer la reconstruction et les besoins financiers de Kiev, et ne sera remboursé qu’une fois que la Russie aura versé des réparations de guerre à l’Ukraine. Il vise à continuer à faire parvenir des fonds à Kiev, alors que l’invasion russe se prolonge et que le soutien américain s’amenuise.

Le projet de prêt a suscité de vives réactions et des menaces de représailles de la part du Kremlin, qui estime que ce dispositif équivaut à un « vol ».

Face aux réticences de nombreux États membres, la Commission européenne a proposé un plan complexe, vu par l’AFP, visant à débloquer quelque 140 milliards d’euros qui, selon elle, « ne toucheraient pas aux actifs souverains russes ».

Si la confiscation pure et simple des actifs violerait leur immunité souveraine, le directeur général de la division des services financiers de l’exécutif européen indiquait jeudi que Bruxelles n’envisageait qu’une « mobilisation » des fonds, sans affecter leur « propriété ». Techniquement, cela ne constituerait pas une expropriation unilatérale.

Concrètement, l’UE emprunterait à Euroclear des fonds arrivés à maturité et convertis en espèces.
Cet argent serait ensuite prêté à l’Ukraine, étant entendu que tous les fonds versés par la Russie au titre des réparations d’après-guerre seraient utilisés pour rembourser les Européens.

Ce plan serait « entièrement garanti » par les Vingt-Sept, qui devraient eux-mêmes assurer le remboursement à Euroclear s’ils décidaient que la Russie pouvait récupérer les actifs sans payer de réparations.

Les diplomates de l’UE discuteront des plans de la Commission lors d’une réunion qui se tiendra plus tard dans la journée.

Cette proposition sera également au centre des discussions d’une réunion des dirigeants de l’UE à Copenhague la semaine prochaine.

(asg)