Les ministres européens du Handicap veulent une Europe "plus juste, plus inclusive »
Pour renforcer l’accessibilité et l’accès aux droits des personnes en situation de handicap en Europe, la secrétaire d'État chargée des personnes handicapées Sophie Cluzel et ses homologues européens se sont réunis à Paris mercredi (9 mars).
Pour renforcer l’accessibilité et l’accès aux droits des personnes en situation de handicap en Europe, la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées Sophie Cluzel et ses homologues européens se sont réunis à Paris mercredi (9 mars).
La conférence ministérielle s’est tenue dans le cadre de la présidence française de l’UE (PFUE), dont l’un des objectifs est « l’accessibilité universelle » a déclaré Sophie Cluzel, car si des « avancées majeures » ont été obtenues en faveur des personnes en situation de handicap grâce à la Stratégie 2010-2021, la secrétaire d’État veut poursuivre les efforts.
« Nous devons encore aller plus loin pour aboutir à une Europe plus inclusive, plus juste, notamment en matière d’accès à l’emploi et aux droits des personnes en situation de handicap », a déclaré Mme Cluzel lors d’une conférence de presse mercredi.
« Malgré les progrès réalisés, les personnes en situation de handicap continuent à faire face à des obstacles importants dans l’exercice de leurs droits », a appuyé Helena Dalli, commissaire européenne en chargée de l’égalité, qui avait fait le déplacement pour l’occasion.
Plus tôt dans la journée, les ministres ont travaillé sur la manière d’améliorer les conditions de vie des personnes handicapées au sein de l’UE, dans le cadre de la Stratégie relative aux droits des personnes handicapées 2021-2030.
La stratégie 2021-2030, approuvée en mars dernier par la Commission, vise notamment à garantir les droits fondamentaux, l’égalité des chances et la libre circulation en Europe des personnes handicapées « indépendamment de leur sexe, de leur race ou de leur origine ethnique, de leur religion ou de leurs convictions, de leur âge ou de leur orientation sexuelle ».
En Europe, 87 millions de personnes âgées de 16 à 64 ans sont en situation de handicap, soit 17,9 % de la population, selon Eurostats. « Le manque d’accessibilité, les discriminations multiples et répétées et les préjugés entravent leurs accès à des emplois ou à des études de qualité », a commenté Mme Dalli.
Les débats se sont axés sur trois thématiques : les droits des personnes handicapées, leur vie indépendante et la non-discrimination.
Carte européenne du handicap et autisme
Pour garantir l’autonomie des personnes handicapées, deux mesures phares seront mises en place d’ici à 2023 : une carte européenne du handicap, et la création d’un centre de ressources pour l’accessibilité, appelé « AccessibleEU », afin d’améliorer « la cohérence et l’accessibilité à l’information sur le handicap », a expliqué Helena Dalli.
La carte du handicap est mise à l’essai depuis 2016 déjà dans huit pays de l’UE : la Belgique, Chypre, l’Estonie, la Finlande, l’Italie, Malte, la Roumanie et la Slovénie.
Les ministres européens du Handicap souhaitent la généraliser aux 27 sous certaines conditions : les États membres sont libres de décider qui peut bénéficier – ou non – de la carte, selon la « base de la définition nationale de l’invalidité », et ils peuvent également décider de la procédure pour l’obtenir.
Au chapitre éducation, Sophie Cluzel a salué le programme Erasmus + 2021-2027, qui prévoit une prise en charge des coûts additionnels pour les étudiants en situation de handicap et leurs accompagnants.
Cette journée a aussi été marquée « par une perspective européenne sur les troubles de l’autisme », rapporte Mme Cluzel alors que dans le monde, 5 % des enfants naissent chaque année avec un trouble du neuro-développement.
Des initiatives existent déjà en Europe comme l’initiative « IMI » (innovative medicines initiative), qui travaille sur des approches de médecine personnalisée pour les troubles du spectre de l’autisme (TSA).
Mais, « nous devons aller plus loin, et impliquer les personnes et les familles à chaque étape de la recherche, en les plaçant au centre des démarches et des méthodologies choisies », a déclaré la secrétaire d’État, sans pour autant évoquer un quelconque nouveau projet pour le moment.
Accès à l’emploi
Autre sujet à l’ordre du jour : rendre plus inclusif le marché du travail, dans la perspective du paquet sur l’emploi des personnes handicapées de la Commission.
« Au sein de l’Union européenne, seule la moitié des personnes en situation de handicap ont accès au marché du travail », a rappelé la commissaire Helena Dalli, alors que 75 % des personnes non handicapées ont un emploi.
Des initiatives existent déjà comme le Duo Day, un « levier de rencontre » qui permet à une personne handicapée d’intégrer une entreprise le temps d’une journée et de partager le quotidien d’un employé. En 2021, 17 % des Duo Day ont débouché sur un emploi.
Cependant, selon Sophie Cluzel, il subsiste encore « trop d’obstacles », comme les stéréotypes, l’absence de formations et le manque d’accessibilité.
« Un marché du travail inclusif – offrant des chances à tous et un travail de qualité – est notre objectif. Une action coordonnée au niveau tant national qu’européen sera indispensable pour atteindre ces objectifs », a déclaré Helena Dalli.
La commissaire européenne a lancé un appel aux États membres pour plus d’inclusion dans le monde du travail d’ici 2024, dans la lignée de la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées (CIDPH) de l’ONU ratifiée en mars 2010.