Les Occidentaux otages de Mouammar Kadhafi ?
Hier (21 février), la Libye a fermé son espace aérien, laissant des milliers de ressortissants étrangers en proie à l'escalade de la violence. Pendant ce temps, les ministres européens réunis à Bruxelles ont semblé réaliser que le dictateur du pays, Mouammar Kadhafi, n'hésiterait pas à les utiliser comme monnaie d'échange pour sa survie politique.
Hier (21 février), la Libye a fermé son espace aérien, laissant des milliers de ressortissants étrangers en proie à l'escalade de la violence. Pendant ce temps, les ministres européens réunis à Bruxelles ont semblé réaliser que le dictateur du pays, Mouammar Kadhafi, n'hésiterait pas à les utiliser comme monnaie d'échange pour sa survie politique.
Des milliers d’étrangers sont restés bloqués en Libye, alors que les manifestations de masse s'intensifient, révélant le pire scénario de « révolutions en dominos » jamais connu qui se déroule actuellement dans le monde arabe.
Un avion de l’armée autrichienne, qui devait évacuer environ 60 ressortissants de l’UE est resté cloué au sol car « l’ensemble de l’espace aérien est fermé », a confié un représentant du ministère de la défense autrichien à DPA hier.
A Bruxelles, le secrétaire des affaires étrangères britannique, William Hague, a appelé les autorités libyennes à assurer la protection des ressortissants étrangers, dont 3500 Britanniques, et une assistance à ceux qui tentent de quitter le pays.
Quitter la Libye n’est pas chose facile, puisque le régime impose des « visas de sortie » aux étrangers et qu’il peut rejeter leurs demandes sans justification, a déclaré Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat français aux affaires étrangères.
Les diplomates semblent préoccupés par une éventuelle manoeuvre de M. Kadhafi qui pourrait se servir des étrangers comme otages. Récemment, le dictateur libyen a retenu quatre infirmières bulgares et un médecin palestinien pour un procès concernant un cas de VIH. Leur calvaire a duré de 1998 à 2007, jusqu’à ce que la forte pression exercée par l’UE permette enfin leur libération.
En 2008 et 2009, M. Kadhafi avait été impliqué dans une escalade de joutes verbales avec la Suisse. Suite à l’arrestation par la police suisse de son fils Hannibal et de sa femme pour avoir agressé leur personnel d’entretien, le régime libyen avait retenu en otage quelques entrepreneurs suisses en voyage d’affaires en Libye pendant plus d’un an.
Mohamed Bakari, un journaliste arabe qui travaille en Bulgarie, a confié à l’agence de presse Focus : « les étrangers en Libye sont des otages ». Il a déclaré que la tâche essentielle de la communauté internationale était d’évacuer les étrangers du pays.
Récemment, M. Kadhafi a volontairement joué le rôle de médiateur dans un certain nombre d’affaires de prises d’otages en Afrique et en Asie. Selon les analystes, il vient d’une région où les prise d’otages sont monnaie courante.
Le dirigeant libyen a également eu recours au chantage à certaines occasions. Il y a peu, il a demandé à l’UE de lui verser 5 milliards d’euros afin d’éviter à l’Europe « de devenir noire » suite aux vagues d’immigration africaine en provenance des côtes libyennes.
Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat français aux affaires européennes, a confié aux journalistes à Bruxelles que la « priorité numéro 1 est la sécurité » de ceux qui tentent de quitter le pays.
« Aucun crédit ne sera accordé au chantage d’Etat », a prévenu M. Wauquiez, sans préciser à quoi il se référait.
Immigration clandestine
A Bruxelles, les ministres des affaires étrangères de l’UE ont évoqué le risque posé par les vagues d’immigration en provenance de Libye si la situation continuait à se détériorer.
Chaque année, des dizaines de milliers d’immigrés clandestins tentent le voyage au départ des côtes du nord de la Libye et de la Tunisie en direction des îles situées au large de l’Italie. Des centaines d’entre eux doivent être secourus par les garde-côtes italiens et placés dans des centres d’immigration.
Le ministre des affaires étrangères italien, Franco Frattini, a déclaré que les Etats européens allaient probablement demander au Parlement de soutenir une stratégie à moyen et long terme d’aide au développement d’infrastructures, à l’investissement et au secteur privé dans la région, suite à la décision d’intensifier le financement au développement avec un montant d’un milliard d’euros.
M. Frattini a déclaré que les Européens étaient préoccupés par la menace de l’immigration clandestine croissante entraînée par les troubles en Libye, à laquelle l’Italie est déjà confrontée avec la Tunisie.
Tout en appelant à un « Plan Marshall » pour aider l’Afrique du nord et le Moyen-Orient, M. Frattini, dont le premier ministre, Silvio Berlusconi, entretient une relation étroite avec M. Kadhafi, a affirmé que l’Europe ne devrait pas donner l’impression de tenter « d’exporter sa démocratie ».
« Notre rôle est d’aider, nous devons soutenir la réconciliation pacifique », a-t-il ajouté.