Les pays en développement en mal de moyens pour s'adapter au changement climatique

Les besoins financiers des pays pauvres face à la sécheresse ou aux risques d'inondation sont peu pris au sérieux par les pays développés. Pourtant, l'agenda est explicitement lié aux négociations qui se préparent en vue de la Conférence climat de 2015.

EURACTIV.fr

Les besoins financiers des pays pauvres face à la sécheresse ou aux risques d’inondation sont peu pris au sérieux par les pays développés. Pourtant, l’agenda est explicitement lié aux négociations qui se préparent en vue de la Conférence climat de 2015.

Dans l’attente d’un accord international sur le climat qui tracerait la voie pour limiter la hausse des températures à 2° d’ici 2100, objectif de la conférence climat de 2015, les pays en développement soulignent leurs besoins criants d’ « adaptation ».

Le terme, bien que scientifiquement flou, met le doigt sur une réalité: les effets du changement climatique se font déjà sentir dans les pays pauvres, qui affrontent notamment des vagues de chaleur, une montée du niveau des eaux et des pointes de sécheresse excessives.

Elles amenuisent des ressources naturelles déjà rares dont dépendent les populations des pays pauvres. La dernière piqûre de rappel vient d’un rapport de la Banque mondiale.

Eviter le maldéveloppement

Pour les organisations non gouvernementales, cette notion « donne l’occasion de réfléchir à l’efficacité de l’aide », souligne Vanessa Laubin, du groupe énergies renouvelables, environnement et solidarités (Geres).

Il faut faire davantage de prospective dans la planification territoriale, c’est-à-dire réfléchir à la pertinence de la construction d’une digue, ou au renforcement d’un barrage hydroélectrique…

La difficulté technique de ces mesures est généralement peu élevée. Mais les capacités institutionnelles et financières font encore défaut aux pays en développement.

Ces politiques se cantonnent pour l’instant à des projets précis, de relative petite échelle : réhabilitation de barrages, mise en place de systèmes de récupération des eaux de pluie… 

En matière agricole, l’adaptation nécessite de penser à comment améliorer la qualité des terres cultivables sans augmenter de façon excessive la consommation d’eau ou de nutriments. 

Peu pris au sérieux

Ce vocable est surtout utilisé comme argument pour générer davantage de financements et toucher une opinion publique et internationale sensibilisée aux questions climatiques. Un moyen de limiter la baisse de l’aide publique au développement. 

Problème, « les négociations internationales n’abordent pas sérieusement l’adaptation », estime Richard Munang, coordinateur régional au Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).

Selon une étude de Climate Analytics, une ONG allemande spécialiste des questions climatiques, 71% des financements climats honorés à la suite des engagements de Copenhague de 2009 sont allés à l’atténuation du changement climatique, typiquement le développement des énergies renouvelables.

Ils devaient normalement financer davantage l’adaptation.

Pas de rigueur comptable

L’Union européenne a annoncé, le 13 mai 2013, avoir dépassé les engagements de Copenhague en réservant 7,34 milliards d’euros entre 2010 et 2012 à la finance climat.

Pour Alix Mazounie, du Réseau action climat, le doute subsiste sur ces résultats, dans lesquels de l’aide publique au développement aurait pu être ajoutée. Il existe trop peu d’éléments tangibles pour qualifier le degré d’efforts des pays développés, selon Laetitia de Marez, de Climate Analytics. 

« Il n’existe pas d’architecture rigoureuse en termes de comptabilité », confirme Seyni Nafo, représentant des pays africains pour les négociations climatiques. Un flou qui rend les négociations climat difficiles pour les pays en développement.

Science incomplète

D’autant plus qu’il n’existe « aucune évaluation crédible des coûts de l’adaptation, confondus à tort avec la réparation des dommages dûs aux catastrophes naturelles », selon François Gemenne, chercheur à l’Institut des relations internationales et du développement durable (Iddri).

Aujourd’hui, la reconstruction coûte moins cher que l’adaptation, compte tenu de la faible valeur des installations et des infrastructures dans les pays pauvres. 

En outre, le répertoire des actions dites d’ « adaptation » n’est pas hiérarchisé. Il comprend des mesures de petite et de grande échelle, comme la relocalisation de populations.

Il manque également de consistance : c’est le cas, par exemple des politiques d’habitat et de planification urbaine. Décisives en raison de la croissance démographique et des migrations liées au changement climatique, elles n’existent aujourd’hui qu’à l’état d’expérimentation.