Les politiques européennes de santé et de climat doivent être plus étroitement liées, selon le Lancet Countdown

Les politiques climatiques et sanitaires doivent être élaborées plus étroitement, souligne le Lancet Countdown dans un rapport, expliquant notamment que 25 % de la surmortalité en Europe pouvait être attribuée aux effets de la combustion des carburants fossiles sur la santé.

Euractiv.com
Air,Pollution,From,Car,Exhaust,Smoke,Traffic,In,The,City.
Parlement européen et Conseil de l'UE sont parvenus à un accord, mardi (20 février) dans la soirée, sur les règles révisées relatives à la qualité de l’air ambiant dans le cadre du plan d’action « Vers une pollution zéro dans l’air, l’eau et les sols », qui ambitionne une pollution zéro de l’air, de l’eau et des sols d’ici à 2050. [<a href="https://www.shutterstock.com/da/image-photo/air-pollution-car-exhaust-smoke-traffic-2217496727" target="_blank" rel="noopener">[Shutterstock: khunkornStudio]</a>]

Les politiques climatiques et sanitaires doivent être élaborées plus étroitement, souligne le Lancet Countdown dans un rapport publié mardi (14 novembre), expliquant notamment que 25 % de la surmortalité en Europe pouvait être attribuée aux effets de la combustion des carburants fossiles sur la santé.

Le rapport 2023 du Lancet Countdown, institut de recherche international soutenu par l’ONU, est le fruit de recherches collaboratives internationales visant à surveiller les effets du changement climatique sur la santé. Il comprend 11 recommandations de réponse à la crise climatique centrée sur la santé, qui, selon les auteurs, sont urgentes.

« Il existe un énorme potentiel de co-bénéfices pour la santé et le climat à travers de nombreuses actions politiques, ce qui n’est actuellement pas toujours reflété dans les structures mises en place par l’UE », a déclaré Cristina Pricop, responsable des politiques à l’Alliance européenne de Santé publique (EPHA) à Euractiv, suite à la publication du rapport.

Cette publication tombe à quelques semaines de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP28), dont le premier jour sera consacré à la santé et qui organisera une réunion ministérielle sur le climat et la santé.

Lors de la présentation du rapport mercredi (15 novembre), le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Ghebreyesus, a lancé l’alerte concernant l’aggravation des phénomènes météorologiques extrêmes, l’augmentation de l’insécurité alimentaire, l’exacerbation des maladies respiratoires et l’accélération de la propagation de maladies infectieuses.

« Le monde évolue dans la mauvaise direction, incapable de freiner sa dépendance aux combustibles fossiles et laissant les communautés vulnérables à la traîne dans la transition énergétique pourtant indispensable », a déclaré M. Ghebreyesus, ajoutant qu’il est nécessaire d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris visant à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C pour protéger la santé publique.

Sauf que ces objectifs risquent de ne pas être atteints, comme l’a averti l’ONU en septembre dernier.

En outre, le rapport note que le changement climatique et les catastrophes naturelles induites ont un impact dévastateur sur la salubrité publique. Lancet Countdown expliquant notamment le fait « des mers plus chaudes rendent les eaux saumâtres côtières de plus en plus propices à la transmission de certains agents pathogènes».

L’UE peut faire un effort

Depuis la pandémie de Covid, les mesures sanitaires au niveau de l’UE se sont multipliées. Les responsables européens ont fait leur l’expression « Une seule santé », qui se veut une approche basée sur l’interdépendance de la santé humaine, animale et planétaire.

L’expression a principalement été utilisée pour évoquer la prévention des pandémies et de la résistance aux antimicrobiens (RAM), notamment lors d’une conférence de la Commission européenne lundi (13 novembre).

Dans le cadre de ce mandat, la Commission européenne a également proposé de nombreuses mesures climatiques et environnementales nouvelle dans le cadre du pacte vert européen.

En parallèle, les institutions européennes sont en train de revoir les directives sur la qualité de l’air ambiant et la directive relative au traitement des eaux urbaines résiduaires. Ces deux directives ont un impact important sur la santé humaine. L’Agence européenne pour l’environnement (AEE) indique en effet que la pollution de l’air est le premier risque environnemental pour la santé en Europe et qu’elle provoque chaque année sept millions de décès prématurés dans le monde.

Malgré cette prise de conscience, Mme Pricop estime qu’il est important de rapprocher davantage la santé et l’action en faveur du climat.

« Les implications sanitaires des actions liées au climat doivent être pleinement comprises afin de s’assurer qu’aucune opportunité n’est manquée et que des facteurs tels que l’équité en matière de santé sont pris en compte de manière adéquate », a-t-elle déclaré.

Mme Pricop a fait part de sa déception face à la persistance de niveaux élevés d’investissements et de subventions en faveur de combustibles fossiles, ce qui a des effets dévastateurs sur la santé.

« De nombreux dossiers de la législation sectorielle ont des incidences sur la santé et l’environnement qui doivent être prises en compte dans le processus décisionnel, en consultation avec la société civile et le monde académique », a-t-elle déclaré.

« Les secteurs à fortes émissions, tels que les transports, les bâtiments et l’agriculture, ont besoin de directives urgentes et engagées en faveur d’une action solide afin de garantir une transition vers des systèmes sains et décarbonés, tout en garantissant justice et accessibilité financière », a-t-elle ajouté.

Attention accrue de l’UE pour la santé et le climat

« Nous avons été clairs dès la mise en place du pacte vert européen : la lutte contre le changement climatique et la pollution est également essentielle du point de vue de la santé », a déclaré un porte-parole de la Commission européenne à Euractiv.

« Les chaleurs extrêmes sont une menace majeure pour la santé, tout comme la pollution de l’air, du sol et de l’eau, et la propagation croissante de maladies infectieuses, pour ne donner que quelques exemples », a-t-il ajouté, précisant qu’ils se réjouissaient de l’attention accrue portée à la santé lors de la COP28.

Toutefois, Mme Pricop n’est pas la seule à réclamer une fusion encore plus poussée entre les domaines de la santé et du climat.

Plus récemment, plusieurs participants au Forum européen de la santé de Gastein, qui s’est tenu en septembre, ont insisté sur la nécessité d’adopter une approche plus globale de la santé à travers l’ensemble des stratégies politiques. En décembre dernier, Alan Dangour, directeur du département Climat et Santé du Wellcome Trust, a demandé que la stratégie mondiale de l’UE en matière de santé soit plus ambitieuse en ce qui concerne le changement climatique.

Lorsqu’il lui a été demandé si l’adaptation au changement climatique était suffisamment prise en compte pour protéger la santé, le porte-parole de la Commission a mis en avant un certain nombre d’actions envisagées, comme l’adoption de lignes directrices visant à aider les États membres à actualiser et à mettre en œuvre des stratégies, plans et mesures d’adaptation au niveau national, en accord avec la loi européenne sur le climat et la stratégie de l’UE en matière d’adaptation au changement climatique.

La Commission prévoit également d’adopter une communication sur l’adaptation au climat en mars 2024, qui « couvrira un large éventail de domaines politiques, y compris la santé », le tout accompagné de l’évaluation des risques climatiques de l’UE réalisée par l’AEE.

En ce qui concerne la santé, les initiatives de l’«union européenne de la santé» « soutiennent la capacité et la résistance du secteur de la santé à faire face aux impacts du changement climatique qui ont une dimension transfrontalière, en mettant l’accent sur les maladies infectieuses », a déclaré le porte-parole, tout en soulignant qu’une grande partie des mesures sanitaires de l’Europe sont décidées à l’échelle nationale.

[Édité par Paul Messad]