EXCLUSIF : L’UE envisage de suivre les États-Unis en mettant fin au financement de fonds mondiaux pour la santé

La Commission envisage de suivre l’exemple des États-Unis en mettant fin, d’ici 2030, à son financement de deux grands mécanismes mondiaux de santé : l’Alliance mondiale pour les vaccins Gavi et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Selon un document interne consulté par Euractiv, cette réorientation viserait à renforcer l’influence politique de l’UE dans d’autres domaines.

EURACTIV.com
Sommet de reconstitution des ressources de Gavi en juin 2025. [Union européenne (Conseil)]

Cette année, le président américain Donald Trump a réduit le financement de Washington l’Alliance mondiale pour les vaccins et l’immunisation (Gavi) et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, mettant à mal plusieurs initiatives mondiales en matière de santé.

Le document européen recommande quant à lui une révision globale de l’aide publique au développement (APD), préconisant d’introduire des clauses de caducité pour certaines initiatives « qui se chevauchent ». Sont notamment citées Gavi — qui œuvre à améliorer l’accès aux vaccins dans les pays en développement — et le Fonds mondial, qui soutient les programmes de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme.

Ensemble, ces deux organisations affirment avoir sauvé respectivement environ 20,6 millions et 70 millions de vies grâce à des programmes de vaccination et de prévention contre le paludisme, Ebola, la variole du singe, la diphtérie et la polio, ainsi qu’à l’administration d’une prophylaxie pré-exposition (PrEP) contre le VIH dans les pays à faible et moyen revenu.

La note interne souligne la nécessité pour l’Union européenne d’adopter une approche plus « stratégique » de son aide internationale. Malgré sa position de premier contributeur mondial à l’APD, il est écrit que l’« influence politique » de l’UE « n’est pas encore à la hauteur de [son] poids financier ». Le document, préparé pour le commissaire aux Partenariats internationaux Jozef Síkela, propose donc de concentrer les financements européens sur les programmes où l’Union « peut véritablement influencer la gouvernance ».

Interrogé sur ses projets, un porte-parole de la Commission européenne a expliqué à Euractiv que l’exécutif était en contact étroit avec les États membres et d’autres partenaires depuis plusieurs mois afin « d’étudier les options pour de telles réformes ».

La Commission n’a pas confirmé si la proposition serait effectivement mise en œuvre.

Une aide internationale en recul

Cette réflexion intervient dans un contexte de baisse générale de l’aide au développement.

Depuis 2021, l’UE a versé 3,5 milliards d’euros à divers fonds mondiaux, dont 1,5 milliard par an via les agences des Nations unies et 1,5 milliard répartis entre 152 fonds fiduciaires de la Banque mondiale, précise le document européen.

Toutefois, ces dernières années, la tendance mondiale est à la diminution.

Cette année, les États-Unis ont annoncé leur retrait de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et une réduction drastique du budget de l’Agence américaine pour le développement international (USAID).

D’autres gouvernements et donateurs importants, tels que l’Allemagne, la France et la Belgique, ont également réduit leurs engagements en matière d’aide publique au développement, tout comme la Commission européenne, afin de libérer des fonds pour la défense.

Ces réductions de financement se sont répercutées sur des organisations telles que Gavi et le Fonds mondial.

Cette année, le Royaume-Uni a également réduit de 400 millions de livres sterling le financement accordé à Gavi, qui s’efforce d’obtenir des fonds pour son plan quinquennal visant à vacciner 500 millions d’enfants.

Face à ce désengagement, l’UE subit une pression croissante pour compenser les retraits des autres donateurs. Un document confidentiel récemment partagé entre responsables des États membres de l’UE montre que le bloc ressent cette pression.

Lors de son discours sur l’état de l’Union, en septembre, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen a d’ailleurs appelé l’Europe à « prendre le relais là où d’autres se sont retirés », en annonçant une nouvelle initiative mondiale pour la résilience sanitaire.

Dans les faits, l’UE réoriente progressivement ses contributions vers des financements plus conditionnels, souvent liés à des partenariats public-privé, dans le but de servir davantage les intérêts stratégiques européens.

En octobre, la cheffe de l’exécutif européen a annoncé la création d’un nouveau centre d’investissement mondial, le Global Gateway Investment Hub, un point d’entrée unique « flexible » permettant aux acteurs publics et privés de contribuer à ses efforts d’aide de plusieurs milliards d’euros.

Des alternatives encore incertaines

Gavi reconnaît qu’il n’existe actuellement aucune alternative claire à ses programmes, dont dépendent encore de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire. Dans un rapport de planification publié en avril, l’organisation a indiqué vouloir à terme « se rendre inutile » en renforçant l’autonomie vaccinale des pays bénéficiaires, sans pouvoir toutefois définir d’échéance précise.

Dans cette optique, les organisations ont continué à collecter des fonds. En juin, Gavi a organisé à Bruxelles une conférence de reconstitution de ses fonds pour la période 2026-2030, récoltant 9,5 milliards de dollars (8,1 milliards d’euros), dont 360 millions promis par l’UE — un montant inférieur à son objectif de 11,9 milliards de dollars. Le Fonds mondial tiendra un évènement similaire fin novembre.

Les clauses de caducité pour le financement des deux organisations coïncident avec le prochain budget à long terme de l’UE, le cadre financier pluriannuel 2028-2034. Selon la note, le nouveau budget se concentrera sur la mobilisation des investissements du secteur privé européen, afin de promouvoir les intérêts nationaux du bloc dans un contexte « d’intensification des rivalités géopolitiques et d’incertitude ».

La Commission a déclaré dans un communiqué qu’elle maintenait une « collaboration ouverte et franche » avec les organisations, compte tenu de la « réduction des ressources et du changement de paradigme en faveur de l’appropriation par les pays, de l’intégration de la santé et du renforcement des systèmes de santé » locaux.

Mise à jour : Cet article a été mis à jour pour corriger le nombre d’enfants que le GAVI prévoit de vacciner.

(asg)