Les projets de l’UE pour des communications par satellite sécurisées

La Commission européenne a présenté un projet de 6 milliards d’euros pour les communications par satellite dans le cadre d’une initiative visant à réduire la dépendance de l’UE vis-à-vis des entreprises étrangères.

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Le paquet se compose d'un règlement sur la connectivité sécurisée dans l'espace qui permettra d'étendre la disponibilité des services de communication par satellite, ainsi que d'une communication conjointe sur une approche de l'UE en matière de gestion du trafic spatial (Space Traffic Management ou STM). [[Shutterstock / greenbutterfly] ]

La Commission européenne a présenté, mardi 15 février, un projet de 6 milliards d’euros pour les communications par satellite dans le cadre d’une initiative visant à réduire la dépendance de l’UE vis-à-vis des entreprises étrangères.

L’initiative européenne vise à protéger les principaux services de communication et les données de surveillance contre toute ingérence extérieure, alors que les inquiétudes face aux avancées militaires russes et chinoises dans l’espace augmentent et que les lancements de satellites se multiplient.

La volonté de sécuriser la connectivité est une réponse à la demande croissante de communications par satellite. L’objectif est de développer un système de connectivité spatiale multi-orbital qui permettra d’étendre la disponibilité de ces services.

« L’espace joue un rôle croissant dans notre vie quotidienne, notre croissance économique, notre sécurité et notre poids géopolitique », a déclaré Thierry Breton, commissaire européen chargé du Marché intérieur.

M. Breton a confié, sur la chaîne de télévision française BFMTV plus tôt lundi, que l’UE avait besoin d’un système souverain doté d’un système de cryptage que les gouvernements et les entreprises pourraient utiliser.

« Il est indispensable que l’Europe ait sa propre constellation [de satellites] et ne dépende pas des Américains et des Chinois », a-t-il déclaré.

« Elle fonctionnera du nord au sud et sécurisera nos communications en cas de cyberattaque. Elle a une dimension militaire et de souveraineté. Nous pouvons offrir une connectivité au continent africain », a-t-il ajouté.

La proposition de l’UE vise à construire et à exploiter un système de connectivité de pointe installé dans l’espace, à aider à contrer les cyber-menaces et les menaces d’impulsions électromagnétiques et à améliorer la résilience des infrastructures de télécommunications de l’UE.

La Commission souhaite que l’infrastructure de connectivité développée soit un « pionnier en matière de technologie » et un moyen de protéger les infrastructures critiques, d’assurer la surveillance et de renforcer les fonctions économiques, de sécurité et de défense des États membres de l’UE.

Dans la pratique, le système pourrait avoir toute une série d’applications, allant de la surveillance de l’espace et de l’utilisation dans des opérations militaires à la télémédecine et aux missions de recherche et de sauvetage en mer.

La Commission lie également la nouvelle proposition à la stratégie « Global Gateway » de l’UE, un programme visant à favoriser l’établissement de meilleures connexions dans des secteurs tels que le numérique, l’énergie, la santé et les transports grâce à son objectif d’étendre la connectivité à des zones d’importance géostratégique telles que l’Afrique et l’Arctique.

« Notre nouvelle infrastructure de connectivité fournira un accès Internet à haut débit, servira de solution de secours à notre infrastructure Internet actuelle, augmentera notre résilience et notre cybersécurité et fournira une connectivité à l’ensemble de l’Europe et de l’Afrique », a-t-il expliqué.

Ces commentaires ont été faits après une longue visite de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et de plusieurs de ses commissaires au Sénégal, et avant un sommet UE-Afrique crucial qui se tiendra plus tard cette semaine.

Le lancement initial du programme devrait avoir lieu l’année prochaine, les premiers services devant être lancés d’ici 2025 et le système complet de cryptographie quantique devant être mis en place d’ici 2028.

Le coût du projet, qui est de 6 milliards d’euros, sera financé par une contribution de 2,4 milliards d’euros provenant du budget actuel de l’UE, des États membres de l’UE, de l’Agence spatiale européenne (ESA) et d’investissements privés.

« La technologie spatiale est essentielle à notre vie quotidienne et à notre sécurité », a estimé la vice-présidente de la Commission, Margrethe Vestager, qui est responsable des questions numériques.

La proposition de connectivité profitera « tant aux citoyens qu’aux gouvernements. Elle jouera un rôle clé dans la transition numérique de l’Europe et nous rendra plus compétitifs », a-t-elle ajouté.

La proposition de la Commission doit encore être approuvée par les États membres de l’UE et le Parlement européen.

Même si certains diplomates européens ont émis des réserves, ils ont déclaré qu’ils pensaient que le projet aurait de bonnes chances d’être approuvé.

Gestion du trafic spatial

Parallèlement à cette initiative, l’UE souhaite également renforcer la gestion du trafic spatial.

Les fonctionnaires européens ont décrit l’espace comme une zone « saturée et contestée ».

L’espace est déjà très encombré par des satellites et des débris, et cette situation est appelée à s’aggraver à l’avenir : plus de 20 000 satellites et un million de débris supplémentaire sont attendus au cours de la prochaine décennie.

« L’espace est encombré, et il y a de plus en plus de satellites : 4 500 sont opérationnels et il en reste 11 800 en tout en orbite. Il y a également 128 millions de débris qui posent des problèmes de sécurité », a déclaré un fonctionnaire européen.

« Les grands acteurs se mettent à l’épreuve dans l’espace. Nous ne pouvons plus ignorer la dimension spatiale dans notre stratégie de défense », a-t-il ajouté.

Selon la Commission, une nouvelle stratégie de gestion du trafic spatial ouvrira la voie à l’élaboration d’actions, de normes et de législations plus concrètes en matière de sécurité et de durabilité dans l’espace.

Elle mettra particulièrement l’accent sur la définition des besoins et des implications civils et militaires de la gestion du trafic spatial et, sur le plan technique, sur le renforcement des capacités d’identification et de suivi des vaisseaux et des débris spatiaux.

M. Breton a noté que l’intention était « de proposer une approche européenne de la gestion du trafic spatial couvrant les besoins opérationnels et réglementaires, mais aussi de nous permettre de poursuivre la coopération internationale ».

La nouvelle stratégie souligne la nécessité d’établir des partenariats internationaux en matière de gestion du trafic spatial, étant donné l’étendue du sujet.

« La gestion du trafic spatial n’est pas quelque chose qui doit être considéré uniquement dans le périmètre de l’UE. C’est par définition un domaine international, et nous devons le réglementer avec nos partenaires internationaux », a souligné l’un des experts principaux de la Commission.

« Nous sommes en contact étroit avec les États-Unis… ils ont leurs propres programmes avec nous », a-t-il dit, ajoutant qu’il espérait « que lorsque nous pourrons rétablir un dialogue fluide avec la Russie, nous pourrons également travailler avec eux ».

« Toutefois, il est essentiel que l’Europe ait sa propre stratégie, sa propre philosophie et, bien sûr, ses propres moyens et ressources, et c’est ce que nous proposons », a-t-il conclu.