Les « quatre géants » de la zone euro en réunion secrète sur la Grèce
Les ministres des finances des quatre plus grands Etats de la zone euro ont participé à une réunion secrète à Luxembourg vendredi soir (6 mai) pour discuter des problèmes de dette de la Grèce, suite aux rumeurs selon lesquelles Athènes menacerait d'abandonner la monnaie unique.
Les ministres des finances des quatre plus grands Etats de la zone euro ont participé à une réunion secrète à Luxembourg vendredi soir (6 mai) pour discuter des problèmes de dette de la Grèce, suite aux rumeurs selon lesquelles Athènes menacerait d'abandonner la monnaie unique.
Jean-Claude Juncker, qui préside l'Eurogroupe, a déclaré après la réunion que les quatre pays étaient d'accord sur le fait que la Grèce avait besoin d'un nouveau plan pour rembourser sa dette accablante.
« Nous pensons que la Grèce à besoin d'un autre programme d'assainissement », a affirmé M. Juncker après avoir parlé avec les ministres des finances de la Grèce et des quatre principales économies de la zone : l'Allemagne, la France, l'Italie et l'Espagne.
« Il faudra en discuter en détail et nous le ferons lors de la prochaine réunion de l'Eurogroupe le 16 mai », a ajouté M. Juncker, faisant référence à une conférence des ministres des finances des 17 pays de la zone euro.
Les ministres des quatre plus grandes économies de la zone se sont rencontrés à Luxembourg pour discuter de la crise de la dette en Grèce vendredi, mais des représentants d'Athènes et de l'UE ont démenti une rumeur lancée par le Spiegel Online allemand selon laquelle le gouvernement grec envisageait de quitter la zone euro.
« Ces scénarios sont presque criminels », a déclaré M. Papandreou sur l'île ionienne de Meganisi. « Aucun de ces scénarios n'a été abordé, même dans nos contacts officieux […] Je demande à tout le monde en Grèce et à l'étranger, et surtout à l'UE, de laisser la Grèce faire son travail en paix ».
Le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, et Olli Rehn, le commissaire en charge de l'économie et des affaires monétaires ont également participé à la réunion.
Un plan grec révisé
En public, les fonctionnaires à Athènes et en Europe continuent d'insister sur le fait que la restructuration des obligations d'Etat grecques détenues par des investisseurs privés n'est pas sur la table. Mais en privé, ils admettent de plus en plus qu'un certain type de restructuration, peut-être un prolongement de l'échéance des obligations, pourrait se révéler inévitable.
Le nouveau plan grec pourrait impliquer un report des objectifs de réduction de son déficit public, un allègement des termes de ses emprunts d'urgence et davantage d'argent, ont déclaré des sources officielles de l'UE ainsi que des analystes.
Le ministre grec des finances, George Papaconstantinou, qui a participé aux discussions à Luxembourg, a affirmé que la Grèce s'engageait toujours à assainir ses finances et à revenir à la croissance économique.
« Les marchés ont encore des doutes et nous avons prévu nos prochaines étapes pour 2012 », a déclaré M. Papaconstantinou aux journalistes samedi à propos du sujet de la réunion.
« Nous [la Grèce] accèderons aux marchés ou nous profiterons de la récente décision du Conseil de l'UE qui autorise le fonds européens (FESF) à acheter des obligations grecques. Tel était le sujet de la discussion ».
Toute restructuration des obligations grecques alimenterait les spéculations sur une action similaire en Irlande et au Portugal. L'Irish Mail a rapporté dimanche, citant un éminent ministre de Dublin, que le gouvernement irlandais s'attendait à ce que la dette du pays soit restructurée au cours des trois prochaines années.
Pas de sortie de la zone euro
Jean-Claude Juncker, qui a provoqué la réunion de vendredi, a déclaré que la discussion concernait la Grèce et les autres problèmes de l'économie à l'échelle internationale, mais que l'idée d'une sortie de la zone euro était stupide.
« Nous n'avons pas parlé de la sortie de la Grèce de la zone euro. C'est une idée stupide. C'est un chemin que nous ne prendrions jamais », a-t-il dit aux journalistes après la réunion.
« Nous ne voulons pas que la zone euro explose sans raison. Nous excluons l'option de la restructuration qui est largement discutée dans certaines sphères des marchés financiers », a-t-il ajouté.
Coûts et bénéfices d'une sortie de la zone euro
Les coûts pour un pays qui quitterait la zone euro seraient si élevés que de nombreux analystes pensent que l'Union fera tout ce qui est en son pouvoir pour éviter une sortie, même si cela implique de continuer à renflouer les Etats plus faibles.
La Grèce devrait séparer ses dépôts bancaires du reste du système bancaire de la zone euro en introduisant une nouvelle monnaie, risquant des retraits massifs dans ses banques et de graves perturbations pour ses entreprises.
« Pour moi, la zone euro est une voie à sens unique », a déclaré Gilles Moec, économiste européen senior à la Deutsche Bank. « Une séparation aurait des conséquences catastrophiques pour le pays qui déciderait de partir. Cela entraînerait des retraits massifs dans les banques. Je ne vois pas comment faire cela dans le calme ».
Toutefois, certains pensent qu'une séparation de la zone euro libérerait Athènes de nombreuses contraintes de politique économique alors que le pays lutte contre la récession.
En réintroduisant le drachme, selon les partisans du retrait, la Grèce pourrait largement dévaluer sa monnaie par rapport à l'euro et garder les taux d'intérêt officiels à un niveau très bas, regagner en compétitivité et lutter contre son problème de dette sans les problèmes politiques et sociaux associés à des années d'une récession alimentée par l'austérité.
« Je ne dis pas que ces histoires sont vraies », a déclaré Jonathan Loynes, économiste européen en chef chez Capital Economics. « Mais nous avons dit que nous pensions qu'il était probable qu'il y ait certains changements parmi les membres de la zone euro au cours des quatre ou cinq prochaines années, et une des options reste la sortie d'une petite économie comme la Grèce ».
« Je ne pense pas que cette idée soit farfelue ».
Cependant, l'économiste américain Barry Eichengreen, qui a rédigé une note en 2007 dans laquelle il affirmait que la monnaie européenne ne pouvait être abandonnée, a réaffirmé sa conviction l'année dernière alors que la crise grecque s'intensifiait.
« L'adoption de l'euro est effectivement irréversible », a-t-il écrit dans un article sur le site Internet Vox.
« Un départ impliquerait de longues préparations qui, étant donné la dévaluation prévue, déclencheraient une crise financière sans précédent », a déclaré M. Eichengreen, professeur à l'université de Californie, Berkeley.
En outre, il n'existe pas de procédure légale pour le départ de la zone euro et certains économistes affirment que des modifications du traité devraient avoir lieu avant qu'un pays puisse quitter la zone.
« Il faudrait rendre ce départ légal avant de pouvoir partir », a expliqué M. Moec de la Deutsche Bank. « Cela déclencherait sûrement des années de litiges s'agissant de toutes les dettes contractées à l'extérieur du pays ».
Les flux commerciaux en seraient sans doute gravement perturbés. Les coûts pour les entreprises deviendraient imprévisibles, ce qui entraverait les investissements. Les conflits sociaux surgiraient avec un chômage de masse, l'inflation et d'énormes réductions des dépenses publiques.
Ces problèmes l'emporteraient largement sur la possible relance des exportations ainsi que sur les revenus générés par le tourisme suite à la dévaluation.
Le gouvernement néerlandais n’était pas invité
Les représentants des Pays-Bas, la cinquième économie de la zone euro, n'ont pas été invités au Luxembourg et le gouvernement néerlandais a dû affronter des critiques au sein du pays durant le week-end quant à son exclusion des discussions.
« C'est une humiliation et une insulte que les Pays-Bas n'aient pas été invités aux discussions sur la Grèce », a déclaré à l'agence de presse ANP un membre eurosceptique et anti-immigration du parlement, Geert Wilders.
L'ancien ministre de l'aide au développement, Bert Koenders, et l'ancien ministre des affaires étrangères, Jaap de Hoop Scheffer, ont déclaré que tous les ministres de la zone euro auraient dû être invités à participer.
Les ministres français et allemand ont assuré au ministre néerlandais des finances, Jan Kees de Jager, que rien n'avait été décidé vendredi et que les Pays-Bas auraient leur mot à dire sur toute décision future, a précisé une porte-parole du ministère.
(EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l'anglais par EURACTIV.)