Les Serbes de Bosnie célèbrent leur « Fête nationale » après des mois de provocations
Plus de trente ans après la proclamation de leur « République », les responsables Serbes de Bosnie célèbrent mardi (9 janvier) leur fête nationale — peu importe les condamnations internationales et les mises en garde, leur chef, Milorad Dodik, entend marquer « leur Jour ».
Plus de trente ans après la proclamation de leur « République », les responsables Serbes de Bosnie célèbrent mardi (9 janvier) leur fête nationale — peu importe les condamnations internationales et les mises en garde, leur chef, Milorad Dodik, entend marquer « leur Jour ».
Hostiles à l’idée d’indépendance de la Bosnie voulue par les Bosniaques et les Croates lors de l’éclatement de la Yougoslavie au début des années 1990, des dirigeants politiques des Serbes de Bosnie avaient proclamé, le 9 janvier 1992, leur « République » — la Republika Srpska. Trois mois plus tard éclatait un conflit intercommunautaire qui allait durer jusqu’en 1995 et faire 100 000 morts.
Depuis la fin de la guerre, la Bosnie est divisée en deux entités largement autonomes, une serbe et une croato-bosniaque, reliées par les institutions centrales.
Sur les 3,5 millions d’habitants que compte le pays, 1,2 million vivent en Republika Srpska, et son territoire représente près de la moitié de la Bosnie.
Les dirigeants des Serbes (orthodoxes) célèbrent chaque année en grande pompe le 9 janvier — et tant pis si la Cour constitutionnelle bosnienne a jugé en 2015 que la fête était discriminatoire à l’égard de Bosniaques (musulmans) et des Croates (catholiques).
Célébrer « le soi-disant “Jour de la Republika Srpska” ne constitue pas seulement un acte de discrimination », mais « contrevient directement aux Constitutions non seulement de Bosnie-Herzégovine, mais aussi de la Republika Srpska » a rappelé l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) jeudi dernier (4 janvier).
« Nous n’avons pas l’intention d’insulter quelqu’un, ce n’est pas un caprice », a expliqué Milorad Dodik dans un entretien avec l’AFP. « Nous avons simplement le droit de marquer le jour que nous considérons comme notre Jour. »
« La Republika Srpska a montré pendant toutes ces années qu’elle pouvait fonctionner et exister seule », a ajouté l’homme politique — rappelant qu’il était l’un des 83 « députés de l’Assemblée [de députés serbes qui avaient quitté le Parlement bosnien] qui a pris la décision en cette année 1992 de créer la Republika Srpska ».
Défilé
Milorad Dodik, à la tête de l’entité depuis 2006, ne fait de toute façon que peu de cas des décisions de l’État central et ne reconnaît pas non plus l’autorité de la Cour constitutionnelle.
Ces derniers mois, il a tour à tour annoncé qu’il voulait organiser ses propres élections, mettre la main sur les biens de l’État central sis sur le territoire de la Republika Srpska, et annoncé que la Bosnie se dirigeait vers une « séparation dans la paix ».
Il a également multiplié les insultes contre le Haut représentant international chargé de faire respecter les accords de paix de Dayton (1995), et l’ambassadeur américain, tout en affichant son admiration pour le président russe Vladimir Poutine. Au point d’inquiéter le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, qui a dénoncé sa « rhétorique sécessionniste » et l’ingérence « malveillante » de la Russie en Bosnie.
M. Dodik, sous sanctions américaines, est aussi un proche du président serbe Aleksandar Vučić. Il était ainsi à sa droite lorsque celui-ci a annoncé la victoire, contestée, de son parti aux élections législatives en Serbie, mi-décembre.
La Serbie soutient « l’intégrité territoriale de la Bosnie-Herzégovine », mais « s’oppose fermement à toute sorte d’humiliation de la Republika Srpska », a dit lundi (8 janvier) M. Vučić dans un communiqué.
« Je sais que vous ferez de votre mieux pour préserver la stabilité régionale, car c’est dans l’intérêt le plus élevé de notre peuple serbe » a ajouté le président serbe en s’adressant à M. Dodik.
Comme une mise en garde, lundi, les forces spéciales américaines et les forces armées de Bosnie-Herzégovine ont mené des entrainements bilatéraux air-sol. Une façon de « montrer l’engagement des États-Unis à garantir l’intégrité territoriale de la Bosnie-Herzégovine face aux activités […] sécessionnistes », a précisé l’ambassade américaine à Sarajevo sur X.
Au programme du jour de fête ce mardi, un défilé des forces policières, des discours, et, à 20 h, des feux d’artifice éclateront dans plusieurs villes de Republika Srpska. Et à Belgrade.