Les socialistes tentent de convaincre Olaf Scholz d'introduire une subvention à l'électricité pour les industriels
Les socialistes allemands sont favorables aux subventions de l'électricité pour les industries énergo-intensifs et cherchent à convaincre « ceux qui sont encore sceptiques », comme le chancelier Olaf Scholz, pourtant de leurs rangs.
Les socialistes allemands sont favorables aux subventions de l’électricité pour les industries énergo-intensifs et cherchent à convaincre « ceux qui sont encore sceptiques », comme le chancelier Olaf Scholz, pourtant de leurs rangs.
À la veille d’une retraite du gouvernement au Château de Meseberg mardi et mercredi (29 et 30 août), les appels à subventionner les prix de l’électricité pour les industries à forte consommation d’énergie se font de plus en plus pressants, ce qui devrait pousser le chancelier Olaf Scholz à prendre une décision rapide.
Le Parti social-démocrate (SPD), qui se réunit lundi (28 août) avant la retraite du gouvernement, a fait circuler un document de réflexion, consulté par EURACTIV, visant à introduire un prix de l’électricité subventionné de 5 centimes d’euros du kilowattheure pour certaines industries au cours des cinq prochaines années.
Ce prix subventionné de l’électricité « devrait être accordé à la fois aux entreprises à forte consommation d’électricité et aux secteurs clés de la transformation industrielle, tels que ceux définis dans la législation européenne “Net Zero Industry Act” [règlement pour une industrie “zéro net”] dans le cadre du plan industriel [du Pacte] vert », peut-on lire dans le document.
Lars Klingbeil, président du SPD, a déclaré lors d’un évènement jeudi dernier (24 août) qu’il se charge à présent de « convaincre ceux qui sont encore sceptiques », précisant toutefois qu’aucune décision ne pourrait être prise dans l’immédiat et qu’elle ne pourrait l’être qu’en décembre.
Alors que les producteurs allemands sont confrontés à la hausse des prix du gaz et de l’électricité depuis que le pays s’est détourné du gaz russe, le ministre de l’Économie Robert Habeck (Verts) avait initialement proposé de subventionner les prix de l’électricité pour les industries à forte consommation d’énergie, telles que les industries chimiques ou sidérurgiques.
Cela devrait permettre d’éviter que les industries sur le territoire ne délocalisent leur production.
M. Habeck, qui a défendu l’idée d’une subvention de 6 centimes d’euros du kilowattheure pour 80 % des besoins de l’industrie lourde jusqu’en 2030, a indiqué que « la question est ne pas emprunter d’argent ou ne plus avoir d’industrie ». Le vice-chancelier serait donc favorable à de l’endettement supplémentaire.
M. Scholz semble quant à lui se montrer beaucoup plus prudent. « Financer un feu de paille par la dette qui alimente à nouveau l’inflation ou arroser les prix de l’électricité des subventions permanentes n’est pas quelque chose que nous pouvons nous permettre et cela ne se produira donc pas », a-t-il déclaré lors d’un évènement le 16 août dernier, laissant ainsi la porte ouverte à une solution temporaire.
Au sein de la coalition gouvernementale, la subvention des prix de l’électricité est sujet tabou. Le ministre des Finances, Christian Lindner, membre du Parti libéral-démocrate (FDP) ayant déclaré qu’il était illégal d’utiliser les fonds restants d’un « bouclier protecteur » de 200 milliards d’euros pour un tel programme de subvention, comme l’avait proposé le ministère de M. Habeck.
Interrogé vendredi (25 août) sur la question de savoir si le prix subventionné de l’électricité sera à l’ordre du jour de la réunion de Meseberg, un porte-parole du gouvernement a déclaré aux journalistes qu’il ne souhaitait pas « spéculer maintenant sur les résultats possibles des discussions lors de la retraite ».
Réduire les dépenses ou subventionner l’industrie
M. Lindner souhaite réduire les dépenses publiques — y compris les « budgets fantômes » utilisés massivement par le gouvernement ces dernières années — car il veut revenir au « frein à l’endettement » constitutionnel du pays. Il considère, en outre, que les dépenses publiques alimentent la pression inflationniste sur les prix.
Pour défendre sa position, le ministre libéral a également reçu le soutien d’un conseil scientifique de son ministère, qui a fait valoir que les prix de l’électricité resteront probablement plus élevés en Allemagne que dans d’autres pays et qu’il serait absurde d’essayer de compenser ces subventions pour remédier à ce désavantage.
« Si vous n’êtes pas susceptible d’avoir ces avantages dans l’industrie à forte consommation d’énergie, alors vous pariez sur le mauvais cheval si vous continuez à y verser de l’argent », a confié Alfons Weichenrieder, directeur adjoint du conseil consultatif, à EURACTIV en août.
Les membres du parti des Verts de M. Habeck ont toutefois augmenté la pression sur M. Scholz pour qu’il abandonne sa prudente position. Le ministre de l’Énergie de Basse-Saxe, Christian Meyer (Verts), a publié sur X (ex-Twitter) que la position du chancelier allait à l’encontre de l’industrie, des syndicats et de la protection du climat.
« Nous avons besoin de toute urgence du prix subventionné de l’électricité proposé par Robert Habeck. Maintenant », a écrit M. Meyer.
Résistance des petits États membres
Non seulement en Allemagne, mais aussi dans d’autres États membres de l’UE, la proposition d’un prix de l’électricité subventionné pour les industries allemandes se heurte donc à une certaine résistance.
Les petits États membres « influencent la commissaire à la Concurrence pour s’assurer qu’elle ne soit en aucun cas autorisée à approuver cette proposition », a déclaré Wolfgang Schmidt (SPD), ministre avec attributions spéciales et proche allié d’Olaf Scholz, lors d’un évènement en juillet.
La responsable de la concurrence de l’UE, Margrethe Vestager, a elle-même appelé à une « grande prudence » lors de la mise en œuvre d’une subvention pour les prix de l’électricité pour certaines industries, avertissant que les petites entreprises pourraient se trouver dans une position désavantageuse.
Par conséquent, une alternative pour Berlin pourrait être de réduire les taxes sur l’électricité de manière plus générale. Cela réduirait également les prix de l’électricité pour les petites entreprises et les ménages, ce que de nombreux experts considèrent comme une solution qui permettrait de moins fausser la concurrence que l’octroi d’une subvention.
[Édité par Anne-Sophie Gayet et Paul Messad]