Les technologies de la santé doivent être utilisées pour lutter contre les inégalités, selon des experts
Les technologies de la santé ont le potentiel de réduire les inégalités en matière de soins de santé, mais seulement si elles sont conçues pour s’attaquer aux déterminants sociaux et si elles sont accessibles à tous, ont expliqué des responsables politiques lors d’un évènement EURACTIV.
Les technologies de la santé ont le potentiel de réduire les inégalités en matière de soins de santé, mais seulement si elles sont conçues pour s’attaquer aux déterminants sociaux sous-jacents et si elles sont accessibles à tous. C’est ce qu’ont affirmé des responsables politiques lors d’un évènement organisé par EURACTIV.
L’accès aux soins de santé varie considérablement d’un État membre de l’UE à l’autre. Les personnes vivant dans des zones rurales ou isolées, en particulier, pourraient être confrontées à des diagnostics tardifs et à une aggravation de leurs maladies chroniques, car les examens médicaux et les traitements ne sont souvent accessibles que dans les hôpitaux des zones urbaines.
Les avancées technologiques dans le domaine de la santé — telles que la télémédecine, les dossiers numériques et les dispositifs médicaux assistés par l’intelligence artificielle (IA) — pourraient jouer un rôle clé dans la lutte contre ces disparités, mais, selon des décideurs politiques présents lors d’un évènement récemment organisé par EURACTIV, elles peuvent également représenter un risque.
« Je pense que les technologies peuvent être utilisées pour réduire les inégalités, mais elles peuvent aussi, si elles sont utilisées d’une manière différente, conduire à une plus grande inégalité », a déclaré l’eurodéputé croate de centre-droit Tomislav Sokol (Parti populaire européen, PPE). En effet, selon lui, la bonne utilisation de ces technologies, qui sont des outils utiles, dépend de décisions politiques.
Raymon Gemen, responsable des politiques à l’Alliance européenne de santé publique (EPHA), a également reconnu que les technologies de la santé doivent être conçues pour lutter contre les inégalités et être développées en tenant compte des déterminants de santé, à savoir les facteurs socioculturels, éducatifs, économiques, environnementaux ou numériques qui influencent l’état de santé d’une population.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ces déterminants de santé peuvent jouer un rôle encore plus important que les soins de santé ou les choix de mode de vie dans la santé des personnes.
M. Gemen a souligné le potentiel de la technologie pour améliorer le diagnostic, le traitement et l’efficacité du système de santé, ainsi que pour améliorer l’expérience des patients.
« Mais ma question est la suivante : pour qui ? Nous pensons que les technologies de la santé doivent être équitables, abordables et universellement accessibles », a-t-il ajouté.
Compétences numériques
L’un des principaux moyens d’améliorer l’accessibilité de l’accès aux soins de santé consiste à développer les compétences numériques des professionnels de la santé.
En effet, alors que les soins de santé sont remodelés par la télémédecine, les dossiers médicaux numériques et les dispositifs médicaux et diagnostics assistés par l’IA, l’importance des compétences numériques et de l’infrastructure numérique s’accroît.
Corinne Hinlopen, chercheuse en politique de santé mondiale auprès de l’organisation indépendante WEMOS, a expliqué que les professionnels de la santé et les patients qu’elle a rencontrés au cours de ses recherches dans différents pays ne demandaient pas seulement des innovations technologiques.
« [Leurs demandes] étaient toujours accompagnées d’un besoin d’infrastructures immatérielles, de normes professionnelles, de lignes directrices pour l’utilisation appropriée de la technologie et de bien d’autres choses encore », a-t-elle ajouté.
De même, l’eurodéputé M. Sokol a souligné qu’il est important que les professionnels de la santé participent à la mise en œuvre des innovations numériques.
« Nous devons nous assurer que les travailleurs de la santé acceptent ces technologies et qu’ils les utilisent non pas sous forme écrite, mais dans la pratique », a-t-il déclaré.
Intervention au niveau de l’UE ?
Les institutions européennes s’efforcent déjà de résoudre ces problèmes, même si ce sont les autorités sanitaires nationales qui ont le dernier mot en matière de santé.
Selon M. Sokol, les États membres bloquent les stratégies ambitieuses de l’UE en matière de santé, alors que le Parlement européen fait pression pour que davantage d’actions soient menées dans ce domaine au niveau européen.
« La santé a toujours été un sujet marginal à Bruxelles, mais cela a changé avec la Covid-19. Nous avons vu qu’il y a des problèmes comme les pandémies, que les États membres ne peuvent pas résoudre seuls, même si certains d’entre eux ont essayé au début », a-t-il ajouté.
Les institutions de l’UE financent également l’innovation dans le domaine de la santé par le biais d’actions spécifiques, comme l’a souligné Christine Kriza, chargée de mission à la Commission européenne.
Elle a souligné la nécessité de collaborer avec les États membres et le secteur privé lorsqu’il s’agit de développer des technologies afin de s’assurer qu’elles atteignent les patients qui en ont besoin.
« Nous parlons maintenant d’une Union européenne de la santé et nous avons vu ce que les achats conjoints peuvent faire, nous sommes plus forts lorsque nous travaillons ensemble », a-t-elle ajouté.
Pour M. Sokol, l’utilisation du budger de l’UE pourrait permettre d’améliorer la situation dans les États membres. « Les soins de santé et la numérisation sont les principales priorités, il y a donc une grande possibilité de résoudre ces problèmes », a-t-il affirmé.
Mais tout ne peut pas être fait au niveau européen, a-t-il souligné, ajoutant que les États membres sont ceux qui sont en charge de définir leurs priorités.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]