Les tensions montent d'un cran à la frontière serbe-kosovare

Le Kosovo a fermé son plus grand point de passage frontalier avec la Serbie ce mercredi après que des manifestants ont bloqué le passage du côté serbe, accentuant les tensions dans une situation déjà difficile entre les deux voisins des Balkans.

Euractiv.com
Protest in support of the Serbian population in Kosovo
« Le point de passage frontalier de Merdare est fermé à l’entrée et à la sortie car des barrages ont été placées en République de Serbie à environ deux kilomètres de la frontière à Merdare », peut-on lire dans un communiqué du ministère kosovar des Affaires étrangères. [EPA-EFE/ANDREJ CUKIC]

Le Kosovo a fermé son plus grand point de passage frontalier avec la Serbie ce mercredi (28 décembre) après que des manifestants ont bloqué le passage du côté serbe, accentuant les tensions dans une situation déjà difficile entre les deux voisins des Balkans.

Depuis novembre, les tensions entre Belgrade et Pristina ne cessent de s’aggraver. De nombreux Serbes vivant dans le nord du Kosovo ont démissionné des institutions gouvernementales kosovares, notamment de la police et du système judiciaire, en raison de la décision du gouvernement de Pristina de remplacer les plaques d’immatriculation des voitures délivrées par les autorités serbes par des plaques kosovares.

En réponse aux projets de Pristina d’organiser des élections pour remplacer certains démissionnaires, les Serbes ont érigé des barrages sur plusieurs routes dans le nord du pays, un territoire à majorité serbe. Des attaques — notamment des coups de feu et des lancers de grenades — ont été signalées contre la commission électorale centrale, la police, EULEX (mission « État de droit » menée par l’Union européenne au Kosovo) et même contre des journalistes.

« Le point de passage frontalier de Merdare est fermé à l’entrée et à la sortie car des barrages ont été placés en République de Serbie à environ deux kilomètres de la frontière à Merdare », peut-on lire dans un communiqué du ministère kosovar des Affaires étrangères.

« Jusqu’à nouvel ordre, le [point de passage frontalier] de Merdare sera fermé. D’autres points de passage frontaliers doivent être empruntés », indique le communiqué.

La fermeture du poste de Merdare porte à trois le nombre total de fermetures de frontières depuis le début des tensions.

Les postes-frontières de Jarinje et Brnjak sont fermés depuis plusieurs jours à la suite de l’arrestation par les autorités kosovares d’un policier d’origine serbe soupçonné d’avoir attaqué une commission électorale municipale du Kosovo. Détenu depuis le 10 décembre, il a été placé en résidence surveillée mercredi après-midi.

En plus du barrage près de Merdare, deux autres ont été mis en place à Dudin Krs et à Mitrovica Nord. Mardi (27 décembre), les Serbes ethniques ont dressé deux barrages à Mitrovica et à Zvecan.

Une action de l’OTAN attendue

S’adressant aux médias bosniaques mardi, le Premier ministre kosovar Albin Kurti a déclaré que si la KFOR, la force de maintien de la paix pour le Kosovo dirigée par l’OTAN, n’était pas prête à ou en mesure de faire tomber les barrages, les institutions du Kosovo s’en chargeraient elles-mêmes. Ce mercredi, il a déclaré que le temps donné à la KFOR pour agir était compté.

« Placer des barrages sur la route est illégal, inacceptable et ne sera pas toléré. Conformément aux évaluations de sécurité, nous avons donné le temps et l’espace nécessaires à la KFOR pour agir, mais bien sûr, ce temps s’écoule rapidement », a déclaré M. Kurti.

« Les institutions du Kosovo ne discuteront pas et ne coopéreront pas avec les criminels, elles les arrêteront », a-t-il averti.

Par ailleurs, il a insisté sur le fait que les responsables des barricades travaillent sur les ordres de Belgrade. Le président serbe Aleksandar Vučić a toutefois démenti ces accusations.

Le gouvernement du Kosovo a demandé à la KFOR de répondre à sa demande de lever les barrags, un appel auquel n’a pas encore répondu la force de maintien de la paix, qui semble avoir adopté une position neutre.

Dans une déclaration, la KFOR a exhorté « toutes les parties à contribuer à la sécurité et à la liberté de mouvement au Kosovo et à empêcher les récits trompeurs d’affecter le dialogue ».

Belgrade nie être à l’origine des barrages et affirme tenter de désamorcer la situation, mais le président serbe a également déclaré que les barrages ne seraient retirés que si certaines conditions étaient remplies.

Le ministre de l’Intérieur du Kosovo, Xhelal Svecla, a déclaré que la situation était alimentée par une propagande influencée par la Russie.

« C’est la Serbie spécifiquement, influencée par la Russie, qui a relevé l’état de préparation militaire, ordonne la mise en place de nouvelles barricades pour justifier et protéger les groupes criminels qui terrorisent les citoyens d’ethnie serbe vivant au Kosovo en particulier », a écrit M. Svecla sur Facebook mardi.

Interrogé sur l’affirmation de M. Svecla, le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a déclaré qu’il était « erroné » de chercher une influence russe néfaste dans cette situation.

« La Serbie est un pays souverain, et naturellement, elle protège les droits des Serbes qui vivent à proximité dans des conditions aussi difficiles, et naturellement, elle réagit durement lorsque ces droits sont violés », a-t-il expliqué.

La Serbie, pour sa part, a placé ses troupes de sécurité à la frontière avec le Kosovo « au plus haut niveau de préparation au combat ». Le ministre serbe de l’Intérieur Bratislav Gašić a déclaré que « toutes les mesures » devaient être prises « pour protéger le peuple serbe au Kosovo ».