Les travailleurs du sexe et les activistes demandent aux législateurs de l'UE de rejeter le rapport sur la prostitution

Les travailleurs du sexe et les organisations de défense des droits de l’Homme ont appelé les législateurs de l’UE à rejeter un rapport qui plaide en faveur de la criminalisation des acheteurs de sexe.

Euractiv.com
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Le Parlement européen devrait voter sur un rapport visant à réglementer la prostitution jeudi (14 septembre). [<a href="https://www.shutterstock.com/fr/image-photo/brussels-belgium-july-23-2019-building-1469696297" target="_blank" rel="noopener">Shutterstock/Giannis Papanikos</a>]

Les travailleurs du sexe et les organisations de défense des droits de l’Homme ont appelé les législateurs de l’UE à rejeter un rapport qui plaide en faveur de la criminalisation des clients, illustrant ainsi les profondes divergences entre les activistes et les travailleurs du sexe quant à la manière de réglementer le travail du sexe.

Le rapport parlementaire, qui doit être voté jeudi (14 septembre), considère la prostitution comme une forme de violence sexiste et appelle les États membres de l’UE à décriminaliser les personnes qui se prostituent tout en criminalisant les clients et les tierces parties impliquées dans la vente de services sexuels.

« La prostitution n’est pas un travail normal », a déclaré la rapporteure Maria Noichl (S&D) lors d’une conférence de presse mardi (12 septembre), ajoutant qu’« il y a un réel besoin d’action urgente à travers l’Europe ».

Bien que le rapport n’ait pas de pouvoir législatif, « c’est l’occasion pour le Parlement européen de prendre position », a déclaré Mme Noichl, ajoutant qu’elle espérait un résultat positif avec des répercussions dans toute l’Union.

Le rapport encourage notamment les pays de l’UE à adopter le modèle actuellement mis en œuvre en Suède, en France et en Irlande, afin de réduire la demande et de promouvoir des stratégies de sortie, mais il a été critiqué par les travailleurs du sexe et par plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme qui soutiennent une dépénalisation totale.

Les préoccupations des travailleurs du sexe

Dans une lettre adressée au Parlement européen, l’Alliance européenne des travailleurs du sexe (European Sex Workers Alliance, ESWA), Human Rights Watch, Amnesty International et dix autres organisations ont appelé les députés européens à voter contre le rapport, le qualifiant de « partial et nuisible ».

« La criminalisation de tout aspect du travail du sexe, proposée par ce rapport, ne protège pas les droits des femmes et des autres personnes engagées dans le travail du sexe », peut-on lire dans la lettre, qui exhorte les députés européens à adopter une « approche fondée sur les droits de l’Homme » et à décriminaliser tous les aspects du travail du sexe.

Selon les organisations, la criminalisation des clients pourrait conduire à la clandestinité et à une moindre sécurité pour les travailleurs du sexe.

La lettre reproche également au rapport de ne pas faire de distinction entre les tiers qui abusent ou exploitent les travailleurs du sexe et ceux qui leur apportent soutien et sécurité.

Cette approche pourrait également finir par cibler les travailleurs du sexe qui partagent des locaux pour des raisons de sécurité, prévient la lettre, qui critique globalement l’approche du rapport en ce qui concerne le droit à l’autonomie corporelle.

« La criminalisation de l’achat de services sexuels prive tout un groupe de personnes (dont la plupart sont des femmes) du droit de prendre des décisions concernant leur vie », peut-on lire dans la lettre.

Selon un rapport d’Amnesty International sur l’Irlande, l’un des pays qui criminalisent les acheteurs, cette approche réglementaire a non seulement augmenté l’exposition à des comportements à risque de la part des clients, mais a également accru la crainte des travailleurs du sexe qui travaillent ensemble d’être accusés de tenir un bordel.

« Des politiques pour la majorité »

Toutefois, selon Mme Noichl, le rapport aborde les expériences de la majorité des femmes impliquées dans la prostitution, qui ne choisissent pas de vendre des services sexuels, mais y sont contraintes.

« Je sais que certaines personnes choisissent de se prostituer et veulent être considérées comme des travailleuses du sexe. Je comprends cela, mais il s’agit d’un petit groupe », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’« en tant que personne politique, mon travail consiste à élaborer des politiques pour la majorité, et non pour un petit groupe ».

Selon le rapport, aux Pays-Bas, jusqu’à 70 % des personnes qui se prostituent sont considérées comme ayant été forcées à le faire.

Lors de la conférence de presse de mardi (12 septembre), l’appel à la criminalisation des acheteurs a également été partagé par trois femmes sorties de la prostitution, invitées par la rapporteure à parler de leur expérience.

« La prostitution n’est pas un choix, mais plutôt un manque d’opportunités », a déclaré Saga Brodersen, experte auprès de la fondation suédoise ChildX, ajoutant que « l’achat de services sexuels est un acte de violence » et que les femmes qui se prostituent peuvent facilement devenir des victimes de la traite des êtres humains.

La rapporteure du rapport sur la réglementation de la prostitution, Maria Noichl, et des femmes qui ont quitté la prostitution lors d’une conférence de presse avant le vote en plénière.

L’activiste espagnole Amelia Tiganus a également appelé à l’abolition de la prostitution par la criminalisation des proxénètes et des acheteurs de services sexuels.

« Si nous parlons de progrès, nous ne pouvons pas continuer à supposer que les femmes existent pour le plaisir sexuel des hommes », a-t-elle déclaré, appelant les législateurs de l’UE à soutenir le rapport.

Vote à venir

Les députés européens restent divisés sur la proposition d’approche réglementaire commune de la prostitution, la majorité des législateurs verts s’y opposant et la plupart des législateurs du S&D, du PPE et de la Gauche la soutenant.

En juin, le rapport a été adopté par la commission parlementaire des droits des femmes (FEMM)  avec 16 voix pour, 10 contre et 3 abstentions. Le vote en plénière de jeudi fera suite à un débat en plénière qui aura lieu la veille.

Qu’il soit adopté ou non, le rapport n’aura aucun effet législatif direct.