Les trois principaux groupes politiques du Parlement européen soutiennent la fin des subventions à la biomasse
Les trois principaux groupes politiques du Parlement soutiennent les propositions visant à mettre fin aux subventions pour la biomasse utilisée dans les centrales électriques et à exclure la combustion de biomasse ligneuse primaire des objectifs de l’UE en matière d’énergie renouvelable.
Les trois principaux groupes politiques du Parlement européen soutiennent les propositions visant à mettre fin aux subventions pour la biomasse utilisée dans les centrales électriques et à exclure la combustion de biomasse ligneuse primaire des objectifs de l’Union européenne en matière d’énergie renouvelable.
Les amendements relatifs à la biomasse, qui relèvent de la directive sur les sources d’énergie renouvelables (RED), seront soumis à un vote en plénière au Parlement européen mercredi (14 septembre).
« Nous allons mettre fin aux subventions », a confié à EURACTIV Nils Torvalds, un eurodéputé finlandais du groupe centriste Renew Europe chargé de la proposition sur la biomasse.
« À cause des subventions, il y a certains États membres qui coupent beaucoup plus de bois, de telle manière que cela inacceptable. Et donc, mettre fin aux subventions est un premier pas important », a-t-il ajouté.
Selon M. Torvalds, la proposition « trouvera facilement une majorité » en plénière grâce au soutien des trois principaux groupes politiques du Parlement — le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, les Socialistes et Démocrates (S&D) et le parti centriste Renew Europe.
L’eurodéputé finlandais estime que les subventions accordées pour la biomasse étaient nécessaires il y a quelques années pour aider à introduire les biocarburants de première génération sur le marché européen.
« Cependant, elles ne peuvent pas rester en place éternellement car elles ne sont plus utiles. Elles sont contre-productives à bien des égards, tant sur le plan économique que du point de vue de la restauration de la nature et de la biodiversité. »
« Je ne vois pas d’argument justifiant le maintien des subventions, si ce n’est l’appât du gain. »
L’association industrielle Bioenergy Europe a réfuté ces affirmations, affirmant que les subventions soutiennent l’économie de l’Union européenne et créent des emplois pour les citoyens européens.
« En outre, si l’on compare les subventions par unité d’énergie produite, la biomasse reçoit un soutien nettement inférieur à celui des autres sources renouvelables ou des énergies fossiles », a déclaré Irene di Padua, directrice politique chez Bioenergy Europe.
Déception du côté des écologistes
La bioénergie a été critiquée par les groupes de défense de l’environnement qui affirment que la combustion du bois favorise la déforestation, détruit les habitats naturels et fragilise le rôle de puits de carbone que jouent les forêts dans la lutte contre le changement climatique.
Les militants avaient crié victoire en mai dernier lorsque la commission de l’Environnement du Parlement européen avait voté de nouvelles règles précisant ce qui pouvait être considéré comme de la « biomasse durable » dans le cadre de la directive sur les sources d’énergie renouvelables révisée.
Ils ont toutefois été déçus par l’accord de compromis proposé, qui est maintenant soumis à la plénière du Parlement.
« Cet accord […] viole l’esprit […] du vote de la commission de l’Environnement », a déclaré Delia Villagrasa, conseillère principale au Partenariat pour l’intégrité des politiques (Partnership for Policy Integrity, PPI), un groupe de pression écologique.
Si le règlement propose de « réduire progressivement » l’utilisation de la biomasse, il ne fixe pas d’objectif pour 2030, a expliqué Mme Villagrasa à EURACTIV.
Et puisque la réduction progressive est liée à la « part » des énergies renouvelables produites en Europe — qui devraient au moins doubler d’ici 2030 — finalement, cela « pourrait même permettre une augmentation de la combustion des arbres, contribuant à une dégradation encore plus importante du climat et de la biodiversité », a-t-elle averti.
La biomasse « primaire » exclue
Si la fin des subventions semble plutôt faire consensus parmi les eurodéputés, la question de la définition des types de biomasse pouvant être considérées comme « renouvelables » dans le cadre de la directive européenne sur les sources d’énergie renouvelables divise davantage.
« C’est une question beaucoup plus compliquée », a admis M. Torvalds. En effet, si la définition de ce qu’est la biomasse durable est trop large, « cela conduira à prélever plus de biomasse primaire dans la forêt que ce que nous considérons comme acceptable ».
Et cela dépend de la définition de la « biomasse ligneuse primaire » et le type de bois qui ne peut pas être brûlé pour la production d’énergie.
« La règle générale est que la biomasse primaire — entendez par là les bûches — ne peut être utilisée pour les énergies renouvelables. Et c’est notre façon d’essayer de préserver la biomasse d’un usage non acceptable », a expliqué M. Torvalds.
Selon le texte de compromis, par « biomasse ligneuse primaire » on entend « tout le bois rond abattu ou récolté d’une autre manière et retiré », y compris « les branches, les racines, les souches et les broussins (où ceux-ci sont récoltés) et le bois grossièrement taillé ou pointu ».
Exception faite de la biomasse ligneuse durable
Il n’inclut toutefois pas « la biomasse ligneuse obtenue dans le cadre de mesures durables de prévention des incendies dans les zones présentant un risque élevé d’incendie, celle obtenue à la suite de mesures de sécurité routière et celle provenant de forêts touchées par des catastrophes naturelles, des parasites ou des maladies afin d’empêcher leur propagation » — tous les types de bois qui seraient autorisés dans le cadre des objectifs de l’UE en matière d’énergies renouvelables.
L’association industrielle Bioenergy Europe a déclaré que les propositions du Parlement visant à interdire l’utilisation de la « biomasse primaire » comme source d’énergie renouvelable sont « extrêmement préoccupantes et nous nous y opposons fermement ».
Selon les statistiques de l’UE, la biomasse représente près de 60 % de l’ensemble des sources d’énergie renouvelables en Europe — plus que l’éolien et le solaire réunis, a rappelé le groupe.
« Si nous sommes fermement convaincus que des critères solides doivent être instaurés pour garantir la durabilité de la bioénergie, nous savons également que ces critères doivent être définis de manière intelligente et efficace, sans soumettre le secteur à des contraintes inutiles à un moment où nous assistons à la dégradation des effets du changement climatique dans toute l’Europe et à la montée en flèche des prix de l’énergie », a déclaré Irene di Padua, directrice politique de Bioenergy Europe.
Dans de précédentes déclarations, le groupe a mis en garde contre la position adoptée par la commission de l’Environnement du Parlement, affirmant que sa définition de la « biomasse primaire » était trop stricte et risquait de faire disparaître 20 % de l’énergie renouvelable européenne.
Installations de production combinée de chaleur et d’électricité
Une autre question en suspens est de savoir si la biomasse doit être considérée comme durable lorsqu’elle est brûlée dans des installations de production combinée de chaleur et d’électricité (PCCE), qui utilisent des pellets comme combustible pour produire simultanément de l’électricité et de la chaleur.
La cogénération « est un moyen plus efficace de brûler la biomasse » que l’utilisation des pellets dans les chauffages domestiques, estime M. Torvalds. « Je ne pense pas que tous ces pellets soient durables », a-t-il expliqué à EURACTIV.
La Finlande et la Suède, qui sont les plus gros consommateurs de biomasse en Europe, utilisent les pellets principalement dans des installations de cogénération efficaces, mais ce n’est pas le cas en Italie, au Danemark ou en Allemagne, où les pellets sont plutôt utilisés dans des poêles individuels, a-t-il déclaré.
« Si les pellets sont utilisés dans des centrales à biomasse, nous pensons qu’ils disposent d’un moyen efficace de les brûler. Mais lorsqu’il s’agit de logements individuels, la façon dont ils sont brûlés n’est pas très efficace », a-t-il expliqué.
Cependant, le texte de compromis ne prévoit aucune dérogation pour la PCCE, a indiqué M. Torvalds, qui espère que ce problème pourra être résolu au moment de la négociation finale de la directive avec les États membres de l’Union dans les mois à venir.
« La pierre d’achoppement est de savoir si nous pouvons trouver une solution scientifique sur la question de la PCCE… [et] voir comment elle peut être prise en compte dans l’objectif », a-t-il déclaré.