Les troupes sous commandement russe sur le point de quitter le Kazakhstan
Le bloc militaire sous commandement russe retirera ses troupes du Kazakhstan dans deux jours, après avoir rempli sa mission principale de stabilisation du pays centrasiatique après de graves troubles.
Le bloc militaire sous commandement russe commencera à retirer ses troupes du Kazakhstan dans deux jours, après avoir rempli sa mission principale de stabilisation du pays centrasiatique après de graves troubles. C’est ce qu’a déclaré le président kazakh Kassym-Jomart Tokayev mardi 11 janvier.
M. Tokayev a informé le parlement qu’il nommait Alikhan Smailov, fonctionnaire de longue date, au poste de Premier ministre. Il a évoqué des initiatives visant à réduire l’écart de richesse, à augmenter les taxes sur le secteur minier et à éliminer les irrégularités au sein des marchés publics.
Kazakh President decrees to appoint Alikhan Smailov as PMhttps://t.co/hKTjdgF1lI pic.twitter.com/lJg6JwZOQw
— Kazinform (@kazinform_eng) January 11, 2022
La semaine dernière, M. Tokayev, 68 ans, a demandé à l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) dirigée par Moscou d’envoyer des troupes au plus fort de ce qu’il a ensuite qualifié de tentative de coup d’État dont les instigateurs anonymes avaient plongé dans la violence la moitié du pays.
Un jour plus tôt, il avait déclaré que la mission de l’OTSC, dont la légitimité et la durée ont été remises en question par Washington — ce qui a par ailleurs provoqué la colère de Moscou —, était composée de 2 030 soldats et comptait 250 pièces de matériel militaire.
« La mission principale des forces de maintien de la paix de l’OTSC a été menée à bien », a annoncé M. Tokayev au Parlement lors d’une vidéoconférence.
« Dans deux jours, un retrait progressif du contingent uni de maintien de la paix de l’OTSC commencera. Le processus de retrait du contingent ne prendra pas plus de 10 jours », a-t-il ajouté.
Lundi (10 janvier), le président russe Vladimir Poutine a indiqué que ce déploiement avait été essentiel, revendiquant la victoire dans la lutte pour défendre le Kazakhstan contre ce qu’il a décrit comme un soulèvement terroriste soutenu par l’étranger.
Les autorités kazakhes affirment que l’ordre a été largement rétabli dans ce pays de 19 millions d’habitants riche en pétrole. Elles ont également annoncé que près de 10 000 personnes avaient été arrêtées et que d’autres étaient toujours recherchées.
Les autorités affirment que des manifestations au départ pacifiques contre la hausse du prix des carburants ont été détournées par des groupes cherchant à renverser le gouvernement.
Certains spécialistes de l’Asie centrale ont suggéré que les luttes internes au sein de l’élite aisée du pays pourraient avoir joué un rôle majeur dans ce qui a été la vague de violence la plus meurtrière au cours des 30 années d’indépendance de l’ex-république soviétique.
Alors que les manifestants incendiaient des bâtiments dans la plus grande ville du pays, Almaty, M. Tokayev a déclaré que l’ancien dirigeant Nursultan Nazarbayev quittait son poste à la tête du puissant Conseil de sécurité — un rôle dans lequel M. Nazarbayev, âgé de 81 ans, avait continué à tirer les ficelles malgré son passage à la présidence en 2019.
Les troupes de l’OTSC ont également été déployées pour la première fois dans la capitale, Nur-Sultan, suscitant des spéculations selon lesquelles leur mission était de protéger le gouvernement et M. Tokayev à un moment où il ne pouvait pas faire pleinement confiance à ses propres forces de sécurité.
Le 5 janvier, M. Tokayev a limogé Karim Masimov, alors à la tête du puissant Comité de sécurité nationale du Kazakhstan. M. Masimov a ensuite été placé en détention pour suspicion de trahison.
S’adressant au Parlement mardi, M. Tokayev a déclaré que le Comité de sécurité nationale avait non seulement manqué de détecter la menace imminente, mais qu’il n’avait également pas agi correctement durant la période de troubles.
« Dans certaines villes, les chefs des départements du Comité de sécurité nationale, qui disposaient pourtant d’un arsenal de combat suffisant, ont abandonné (leurs bâtiments) et laissé derrière eux des armes à feu et des documents confidentiels », a-t-il déploré.
M. Tokayev n’a pas cité de nouveaux suspects dans cette affaire, mais il a déclaré que le contexte des manifestations avait été créé par l’incapacité de l’État à lutter contre la pauvreté et à assurer une répartition équitable des revenus.