Les vins mousseux européens en pleine effervescence

Le marché européen des vins effervescents est en pleine expansion, poussé par de nouvelles habitudes de consommations, des prix plus compétitifs que le Champagne, offrant de réelles opportunités pour les producteurs face au réchauffement climatique.

Euractiv France
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Entre 2017 et 2021, les exportations extra-européennes de ces vins mousseux ont augmenté de 7 % par an en moyenne, selon les données Eurostats. Les principaux destinataires étant les États-Unis (31 % du total des exportations extra-UE) et le Royaume-Uni (28 %). [SibFilm / Shutterstock]

Le marché européen des vins effervescents est en pleine expansion, poussé par de nouvelles habitudes de consommations et par des prix plus compétitifs que ceux du Champagne. Ils offrent aussi de réelles opportunités pour les producteurs face au réchauffement climatique.

Et si l’hégémonie du Champagne sur le monde de la bulle était menacée ? Cava, Prosecco, Crémant de Loire… Les vins effervescents et leurs références de plus en plus variées inondent l’Europe depuis quelques années.

« Le Prosecco et la mode des cocktails comme la Spritz ont cassé les codes et ont désinhibé les consommateurs. Cet effet ‘Prosecco’ a accéléré la consommation des bulles en Europe », reconnaît auprès d’Euractiv Edouard Cassanet, porte-parole de la Fédération Nationale des Producteurs et Élaborateurs de Crémant.

Le Crémant français, un pétillant dont le cahier des charges est défini au niveau européen, a produit 108 millions de bouteilles en 2023, affichant une croissance inédite de 5,7 % par rapport à 2022.

Des changements de consommation

La raison de cette montée en puissance ? « C’est un vin avec beaucoup de fraicheur, qui répond à de nouveaux modes festifs de consommation, facile d’accès et moins alcoolisé que les vins traditionnels », ajoute Edouard Cassanet.

Outre « l’effet Prosecco », le spécialiste pointe l’aspect financier de ces vins, surtout avec l’inflation des dernières années. Alors qu’une bouteille de champagne oscille en France entre 25 et 50 euros, un Crémant ne dépasse pas 20 euros. Même chose pour un Prosecco ou un Cava.

« Le champagne se vend moins bien. […] Les vins italiens pétillants, les Crémants, ont pris leur place », admettait en décembre 2022 Edouard Leclerc, constatant une baisse des ventes de champagne dans ses supermarchés.

Mais cette dynamique est aussi liée à la chute de la consommation de vin en Europe, en particulier celle de vin rouge. Celle-ci a diminué de 24 % au cours de la période 2010-2020, et elle devrait diminuer de 0,2 % par an entre 2020 et 2031, note la Commission européenne dans un rapport.

Alors que les arrachages de vignes s’intensifient dans le Bordelais pour enrayer la surproduction de vin rouge, le Crémant de bordeaux, lui, poursuit une croissance qui devrait se maintenir dans les années à venir, prévoit la Fédération Nationale des Producteurs et Élaborateurs de Crémant.

Un marché pétillant

La bonne santé des vins effervescents s’observe partout en Europe. En Espagne, le célèbre Cava a battu en 2023 un nouveau record : 252 millions de bouteilles produites, soit une augmentation de 3,9% par rapport à 2022 et 10,6 % en valeur, selon le site officiel du vin espagnol.

En Italie, la bulle représente désormais plus d’un quart des exportations de vin en valeur (885,1 millions d’euros), avec une hausse de 9,1 % lors des cinq premiers mois de 2024 par rapport à 2023, selon les données Istat.

Entre 2017 et 2021, les exportations extra-européennes des vins mousseux ont augmenté de 7 % par an en moyenne, indique le baromètre Eurostats. Les principaux destinataires sont les États-Unis (31 % du total des exportations extra-UE) et le Royaume-Uni (28 %).

Cette croissance a même réalisé un bond de 29 % en 2021 — après une baisse d’à peine 6 % en 2020 consécutive à la pandémie de Covid. Le Prosecco (43 %), le Champagne (15 %) et le Cava (10 %) se partagent la part du lion de ce commerce en pleine ébullition.

Opportunité climatique

Si les effervescents ont le vent en poupe pour des raisons commerciales, ils sont également intéressants dans le contexte du changement climatique. « Pour les effervescents, le raisin est récolté plus tôt, avant sa maturité, afin de maintenir une certaine acidité. Certains viticulteurs du sud de la France en font une stratégie de diversification pour répondre au réchauffement climatique », avance à Euractiv Jean-Marc Touzard, directeur de recherche à l’INRAE.

C’est également une méthode qui se prête bien aux zones plus septentrionales, notamment grâce au solaris, un cépage développé en Allemagne en 1975, qui s’adapte aux régions fraîches et aux vins mousseux.

Au Royaume-Uni, par exemple, la plupart des vignobles produisent un vin effervescent. C’est le cas de Chapel Down, le plus grand vigneron du pays, basé dans le Kent, qui a déclaré pouvoir doubler ses ventes entre 2021 et 2026.

Même chose en Suède, où le vignoble Särtshöga, produit actuellement 5000 bouteilles avec du solaris et prévoit d’atteindre 10 000 bouteilles en 2026.

Le pays scandinave, friand de bulles, a récemment signé un contrat avec des vignobles anglais pour importer du vin mousseux, afin de répondre à la demande et diversifier son offre.

« Dans le nord de l’Europe, la mode de l’effervescent est déjà bien présente et les conditions climatiques qui s’améliorent ouvrent des perspectives nouvelles », constate Jean-Marc Touzard, qui réalise des études sur les perspectives pour la période qui va de 2050 à 2070.

Si le mousseux ne dépasse pas les 10 % de la surface du vignoble français, il devrait croître partout en Europe. « On pourrait imaginer une production de vin effervescent en Bretagne et en Normandie avec du solaris. On passerait du cidre au mousseux », se risque Jean-Marc Touzard.