L’Espagne, l’Irlande et la Norvège vont reconnaître l’État palestinien, tandis qu’Israël rappelle ses ambassadeurs
L’Espagne, l’Irlande et la Norvège ont annoncé une initiative visant à reconnaître un État palestinien mercredi (22 mai), une décision qui divise l’UE et qui a mené le gouvernement israélien à rappeler certains de ses ambassadeurs pour des « consultations ».
L’Espagne, l’Irlande et la Norvège ont annoncé une initiative commune visant à reconnaître un État palestinien mercredi (22 mai), une décision qui divise l’UE et qui a mené le gouvernement israélien à rappeler certains de ses ambassadeurs pour des « consultations ».
Ces dernières semaines, l’Irlande, l’Espagne, la Slovénie et Malte ont déclaré qu’ils prévoyaient d’annoncer la reconnaissance d’un État de Palestine en essayant de coordonner leur action. À Madrid et à Dublin, la reconnaissance de la Palestine fait partie du programme du gouvernement.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a déclaré que son pays reconnaîtrait un État palestinien mardi prochain (28 mai), tout comme son homologue norvégien Jonas Gahr Støre l’avait fait avant lui.
Le Taoiseach irlandais Simon Harris a fait cette même annonce mercredi matin, selon le quotidien Irish Times.
« Pour qu’il y ait une solution à deux États et que l’on puisse y contribuer, il faut reconnaître l’existence même de deux États. Et c’est précisément ce que l’Irlande a l’intention de faire dans les prochains jours », avait déclaré le Taoiseach Simon Harris plus tôt.
La Slovénie a pour sa part indiqué qu’elle ferait de même le 13 juin, une fois que son parlement aura voté sur la question.
Peu après ces annonces, le ministre israélien des Affaires étrangères Israel Katz a indiqué qu’il avait « ordonné le rappel immédiat des ambassadeurs d’Israël en Irlande et en Norvège pour consultations, à la lumière des décisions de ces pays de reconnaître un État palestinien ».
M. Katz a déclaré que la décision de Tel Aviv « enverrait un message clair et sans équivoque » à ces deux pays : « Israël ne restera pas silencieux face à ceux qui sapent sa souveraineté et mettent en danger sa sécurité ».
« Si l’Espagne concrétise son intention de reconnaître un État palestinien, une mesure similaire sera prise à son encontre », a-t-il ajouté.
Le ministère de M. Katz a également diffusé une vidéo dans laquelle il est affirmé que la reconnaissance « conduira à davantage de terrorisme et d’instabilité dans la région et compromettrait toute perspective de paix », et deviendrait un « pion entre les mains de l’Iran et du Hamas ».
Quels seront les prochains États à reconnaître la Palestine ?
Avant cette annonce, quelque 143 des 193 États membres des Nations unies reconnaissaient un État palestinien. Parmi eux, on retrouvait seulement 10 des 27 États membres de l’UE.
Malte a reconnu le droit de la Palestine à un État en 1988, de même que la Bulgarie, la République tchèque, la Roumanie et la Slovaquie, mais n’a jamais pleinement mis en œuvre cette décision.
Plusieurs pays, dont la Slovénie, la Belgique et le Portugal, ont indiqué être intéressés par une reconnaissance commune de l’État de Palestine.
Toutefois, comme Bruxelles assure la présidence du Conseil de l’UE en ce moment et que Lisbonne vient de tenir des élections nationales, il est plus délicat pour ces deux États de faire un pas dans cette direction.
En tant que partenaire proche de l’Union européenne, la Norvège a également exprimé son intérêt pour une démarche commune du bloc.
L’UE divisée
Les dirigeants et fonctionnaires européens ont récemment souligné qu’ils soutiendraient une solution à deux États au Moyen-Orient, notamment dans le cadre des efforts visant à contenir les actions militaires d’Israël à Gaza.
La reconnaissance de l’État palestinien est également de plus en plus considérée comme un outil politique permettant de faire pression sur Israël pour qu’il accepte une solution à deux États, malgré l’hostilité du gouvernement de Benyamin Nétanyahou à cet égard.
Le président français Emmanuel Macron a affirmé le mois dernier que la reconnaissance d’un État palestinien n’était « pas un tabou pour la France ».
« Comme l’a réaffirmé le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, la reconnaissance d’un État palestinien est un outil du processus de paix qui doit être utilisé au bon moment », a expliqué une source du Quai D’Orsay à Euractiv.
« L’État palestinien doit être un État viable, basé sur un territoire contigu et avec une Autorité palestinienne revitalisée », a ajouté cette même source.
Le ministre britannique des Affaires étrangères, David Cameron, a indiqué que Londres pourrait reconnaître officiellement l’État palestinien après un cessez-le-feu dans la guerre entre Israël et le Hamas palestinien.
D’autres fervents défenseurs d’Israël ont jusqu’à présent hésité à évoquer la reconnaissance, qui selon eux marquerait la fin, et non le début, d’un processus de paix au Moyen-Orient.
Un porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères a expliqué à Euractiv que Berlin soutient depuis longtemps la création d’institutions palestiniennes qui assumeront plus tard des fonctions étatiques.
« Cet État en devenir ne peut arriver qu’à la fin d’un processus politique. Ce processus est plus urgent que jamais et nous sommes fermement attachés à sa reprise, même si cet objectif semble lointain dans la situation de guerre actuelle », a indiqué le porte-parole.
Certains diplomates européens soulignent qu’une reconnaissance de l’État palestinien par davantage d’États membres de l’UE pourrait accroître la pression sur la Commission européenne pour qu’elle revoie ses liens avec Tel-Aviv, tels que l’accord d’association UE-Israël.
Une telle demande a déjà été faite par l’Irlande et l’Espagne en février, qui ont appelé à un « réexamen d’urgence » des relations commerciales avec Israël pour savoir si le pays respecte ses obligations en matière de droits humains. Cette demande a depuis lors gagné le soutien de plusieurs autres pays.
« Il ne fait aucun doute que la pression sur Israël augmente, mais il reste à voir si de telles annonces symboliques contribueront à une solution — ou la saboteront », a précisé un diplomate de l’UE à Euractiv.
Les ministres des Affaires étrangères de l’UE devraient discuter de la situation au Moyen-Orient lundi prochain (27 mai) lors de leur réunion régulière à Bruxelles, où le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a invité six homologues de la région à se joindre aux discussions.
Selon un fonctionnaire de l’UE, Israël n’a pas encore confirmé sa participation.
Aurélie Pugnet et Nick Alipour ont contribué à la rédaction de cet article.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]