L’Europe doit se protéger de ses propres alliés, avertit le président du Conseil européen

António Costa exhorte l’Europe à se protéger de ses propres alliés, après que des responsables américains ont passé plusieurs jours à remettre en question la liberté d’expression dans le bloc, à contester sa légitimité démocratique et à soutenir ouvertement l’extrême droite européenne.

EURACTIV.com
Portuguese Former Prime Minister Antonio Costa At « Europe and the Future: The New Legislature » Debate
António Costa, président du Conseil européen. [Getty Images/Horacio Villalobos_Corbis]

Cette déclaration est la première réaction publique d’António Costa à la nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine, qui décrit une Europe au bord de « l’effacement civilisationnel » et accuse Bruxelles d’« asphyxie règlementaire ».

« Ce que nous ne pouvons accepter, c’est cette menace d’ingérence dans la vie politique européenne », a affirmé celui qui préside les réunions des dirigeants de l’UE au sein du Conseil européen.

Il a ajouté que « les États-Unis ne peuvent pas se substituer aux citoyens européens pour choisir les bons ou les mauvais partis politiques ».

S’exprimant lors d’un évènement organisé par le groupe de réflexion Institut Jacques Delors à Paris, António Costa a également pris pour cible Elon Musk, affirmant que la liberté d’expression ne peut exister si l’accès des citoyens à l’information est « sacrifié » au profit des oligarques technologiques américains.

Vendredi, la Commission européenne a infligé une amende de 120 millions d’euros à la plateforme X de Elon Musk pour avoir enfreint les règles de transparence prévues par le règlement de l’UE sur les services numériques (Digital Services Act, DSA), ce qui constitue la première sanction majeure prononcée en vertu de cette législation.

Défense

António Costa a déclaré que les pays européens devaient être prêts à prendre la relève des États-Unis à la tête de l’OTAN en 2027, soit dans un an seulement. Il a établi un lien entre cette déclaration et les exigences de l’administration Trump, qui demande à l’Europe d’augmenter ses dépenses de défense et d’assumer une plus grande part dans l’alliance afin de protéger le continent.

« C’est ce que nous devons faire », a affirmé António Costa.

Ce calendrier est toutefois beaucoup plus ambitieux que celui convenu lors du sommet de l’OTAN à La Haye en juin, où les membres européens ont convenu de consacrer 5 % de leur PIB à la défense d’ici 2035.

Le président du Conseil européen a déclaré que les alliances occidentales ont changé depuis la Seconde Guerre mondiale et que l’Europe et les États-Unis ne partagent plus la même vision d’un ordre mondial fondé sur des règles, où la lutte contre le changement climatique est primordiale.

« Si nous voulons nous protéger, non seulement contre nos adversaires, mais aussi contre les alliés qui nous défient, nous devons renforcer l’Europe », a-t-il déclaré, soulignant que la stratégie américaine continue de considérer l’Europe comme un « allié ».

Si l’Europe n’était pas forte, il n’y aurait pas autant de tentatives pour la discréditer, a-t-il fait valoir.

Aurélie Pugnet a contribué à la rédaction de cet article.