L’Europe lance un nouveau fonds d’investissement pour les pépites de la tech
Cinq États membres de l’UE ainsi que le Groupe BEI vont participer au lancement d’un fonds d’investissement doté de 3,75 milliards et destiné à soutenir les futurs champions de la tech.
Cinq États membres de l’Union européenne ainsi que le Groupe BEI, dont fait partie la Banque européenne d’investissement, vont participer au lancement d’un fonds d’investissement doté de 3,75 milliards et destiné à soutenir les futurs champions de la tech. C’est ce qu’a annoncé lundi la BEI.
La cérémonie de signature de l’Initiative champions technologiques européens (ICTE) a eu lieu lundi (13 février) en marge d’une réunion de l’Eurogroupe, un organe informel qui rassemble les ministres de l’Économie des pays de la zone euro.
Cet outil d’investissement « soutiendra les entreprises de haute technologie qui en sont à un stade de croissance avancé », a écrit la Banque européenne d’investissement, dans un communiqué.
Ce dernier vise à empêcher que les entreprises high-tech les plus prometteuses ne soient rachetées par des investisseurs étrangers une fois qu’elles rencontrent le succès.
Il « contribuera à combler le déficit de financement qui crée une dépendance des jeunes pousses innovantes les plus prometteuses d’Europe à l’égard des capitaux non européens », explique la BEI.
L’ICTE a obtenu des engagements financiers de cinq États : la France, l’Allemagne et l’Espagne fourniront chacune 1 milliard d’euros, finançant ainsi 80 % de la somme initiale, l’Italie 150 millions d’euros et la Belgique 100 millions d’euros.
Le Groupe BEI, composé de la Banque européenne d’investissement et du Fonds européen d’investissement (FEI) qui gère ce fonds, s’est engagé à hauteur de 500 millions d’euros.
« La taille du fonds devrait augmenter et attirer de nouveaux engagements à l’avenir », précise par ailleurs la BEI.
L’initiative a vu le jour il y a un an lorsque la France l’a proposée alors qu’elle assurait la présidence tournante du Conseil de l’UE, avec le soutien de l’Allemagne, du Danemark, de l’Estonie, de la Grèce, de l’Espagne, de l’Italie, de la Lettonie, de la Lituanie, du Luxembourg, des Pays-Bas, de l’Autriche, du Portugal, de la Roumanie, de la Finlande et de la Suède.
« Cette initiative est un exemple frappant de ce que nous pouvons réaliser collectivement pour renforcer la souveraineté économique et industrielle de l’UE », a déclaré Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, dans un communiqué.
Un fonds de fonds
L’ICTE ne financera pas directement les scale-up ; mais est plutôt conçu comme un « fonds de fonds ». En d’autres termes, il renforcera la capacité financière des grands fonds de capital-risque européens actuels sans pour autant évincer les investissements privés.
La participation des banques d’investissement nationales ou du ministère de l’Économie à ce fonds varie d’un pays à l’autre, en fonction de considérations nationales. Il n’est pas encore évident de savoir quelle sera la source des fonds alloués, par exemple, ni s’ils proviendront du budget national ou des plans nationaux pour la relance et la résilience.
La BEI estime que les trois quarts des sociétés européennes high-tech à un stade avancé de leur développement sont rachetées par des investisseurs non européens, principalement américains et chinois, alors même qu’elles deviennent des entreprises plus établies.
Cette phase tardive de développement a été identifiée comme une lacune dans les écosystèmes européens des scale-up, qui bénéficient de fonds européens spécialisés à des stades plus précoces. Ainsi, l’initiative a pour but de renforcer la disponibilité financière pour les entreprises qui cherchent à lever des investissements supérieurs à 50 millions d’euros.
L’objectif est de créer une catégorie d’actifs pour les investisseurs institutionnels européens capables de diversifier leur portefeuille et d’apporter un financement régulier aux entreprises de taille moyenne de l’UE.
Gouvernance
L’initiative est destinée à des fonds relativement importants, qui peuvent atteindre 1 milliard d’euros avec le soutien de l’ICTE. C’est pourquoi elle s’est muée en un « club » réservé principalement aux grandes économies européennes au regard du soutien initial relativement plus large.
De même, les plus petits pays ont fait pression en interne pour obtenir une répartition géographique plus large au sein de l’Union, mais l’objectif reste d’atteindre les entreprises à même de rivaliser avec leurs concurrents du secteur technologique sur la scène mondiale.
L’ICTE sera administré par le FEI, une institution financière destinée à financer les PME, qui compte parmi ses actionnaires la BEI, l’UE et des banques privées.
La propriété partiellement privée du FEI l’empêche d’investir dans des fonds publics tels que la BEI. L’ancien directeur général du FEI, Alain Godard, occupera le poste de directeur général de l’ICTE, tandis que la Commission européenne aura le statut d’observateur.
« En tant que gestionnaire de l’ICTE, nous mettrons notre envergure et notre expertise au service d’un écosystème durable de développement à un stade avancé, capable de soutenir l’innovation locale », a déclaré Marjut Falkstedt, directrice générale du FEI.
Le FEI assurera la gestion des actifs et détiendra 5 % de l’ICTE dans le cadre d’un « alignement d’intérêts », c’est-à-dire que le FEI bénéficiera également de la réussite de l’initiative.
Des conditions à respecter
Le financement sera assorti de certaines obligations importantes pour les fonds de capital-risque bénéficiaires, notamment celle d’investir au moins le montant qu’ils ont reçu en financement dans l’UE.
Une exigence un peu plus « souple » prévoit qu’un certain pourcentage du portefeuille doit être investi dans des entreprises européennes. Le lieu de ses activités, ses investissements en recherche et développement (R&D) et l’enregistrement de ses brevets détermineront si une entreprise peut être considérée comme « européenne ».
Le FEI peut également demander à nommer le représentant du conseil consultatif d’un fonds.
Ces conditions pourraient constituer un facteur dissuasif important pour la participation à l’initiative, étant donné que les grands fonds de capital-risque ont généralement des activités mondiales. Néanmoins, les premiers projets relevant de l’ICTE pourraient être approuvés dès la semaine prochaine.
Luca Bertuzzi a contribué à cet article
[Édité par Anne-Sophie Gayet]