L’Europe surchauffe, la santé mentale en pâtit

Alors que l'Europe est actuellement le continent qui se réchauffe le plus rapidement, la santé mentale de sa population s'en trouve affectée, et la réponse politique de l'UE se fait attendre.

EURACTIV.com
People cool off at the fountains of Madrid Rio, known as the
Des personnes se rafraîchissent aux fontaines de Madrid Rio, surnommée la plage de Madrid, pendant la deuxième vague de chaleur de l'été, le 3 août 2025. [Marcos del Mazo/LightRocket via Getty Images]

À la fin de chaque mois, la même observation revient : il s’agit toujours du mois « le plus chaud jamais enregistré ». Il faut dire que la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes perturbe notre rapport au climat, jusqu’à affecter notre santé mentale. Et, pendant ce temps, la réponse politique de l’UE se fait attendre.

Les opérateurs du service d’assistance téléphonique d’urgence de Bruxelles pour la santé mentale reconnaissent sans peine l’arrivée d’une vague de chaleur : « On pressent le problème quand les gens nous parlent, il y a quelque chose qui se passe ».

Bien que la canicule ne soit pas la seule explication pour laquelle la population appelle, « c’est l’une des raisons », insiste un opérateur.

L’Europe est actuellement le continent qui se réchauffe le plus rapidement. Entre 2015 et 2024, les températures moyennes ont augmenté d’environ 2,2 degrés par rapport à l’ère préindustrielle.

Les experts établissent, eux aussi, des liens entre la chaleur et les problèmes de santé mentale. Ces dernières années, des alertes répétées ont été lancées sur les « effets négatifs » des vagues de canicule sur la santé mentale.

Des rapports et des études révèlent que les épisodes de chaleur entraînent une augmentation des hospitalisations de personnes souffrant de troubles mentaux, une augmentation des visites psychiatriques d’urgence et des appels aux services d’assistance téléphonique en matière de santé mentale, ainsi qu’une augmentation des taux de suicide. Par ailleurs, les personnes victimes de troubles mentaux sont trois fois plus susceptibles de mourir pendant une vague de chaleur.

« Les personnes souffrant de troubles mentaux et comportementaux – tels que la dépression, le trouble bipolaire, la schizophrénie ou les troubles du développement – présentent un risque plus élevé de détérioration de leur santé », confirme Dorota Jarosinska, responsable du programme de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Outre la chaleur, le changement climatique amène une nouvelle approche de la santé mentale, avec l’apparition de l’anxiété climatique ou écoanxiété, autrement dit la peur provoquée par les menaces environnementales qui pèsent sur la planète.

Pour la première fois cette année, l’Agence française pour la transition écologique (ADEME) a mesuré l’écoanxiété et a noté que 10,5 millions de citoyens étaient concernés, soit environ 15 % de la population française.

Si le changement climatique a une influence majeure sur l’ensemble de la vie sur le continent, les personnes souffrant d’une mauvaise santé mentale, soit 84 des 450 millions de citoyens de l’UE, sont touchées de manière disproportionnée. Et ces chiffres ne tiennent pas encore compte de l’anxiété liée au climat.

Une réponse politique lente

Les ONG ont demandé aux responsables politiques d’en faire plus et de prendre en compte les défis psychologiques liés à l’adaptation au climat.

« L’Europe a besoin d’une stratégie d’adaptation au climat qui soit aussi profondément humaine et sociale. Protéger la santé des Européens en fait partie, et leur santé mentale est un élément vital », estime l’eurodéputé socialiste Christophe Clergeau.

« Il est essentiel d’adopter une approche santé mentale dans toutes les politiques », complète l’ONG Mental Health Europe basée à Bruxelles, ajoutant que les affaires sociales, le logement et les questions climatiques sont souvent interconnectés.

Des études montrent que les logements surpeuplés, le manque d’air conditionné et le déficit d’espaces verts, combinés aux vagues de chaleur, augmentent la tension et la frustration, entraînant même une hausse de la criminalité. En général, les épisodes de canicule sont également corrélés à une augmentation des comportements agressifs et des cas de violence domestique enregistrés.

Cependant, aucun membre de la commission du logement au Parlement européen n’a été en mesure de confirmer à Euractiv si le lien entre la santé mentale, les vagues de chaleur et le logement intègrerait le travail législatif à venir.

Au niveau européen, peu de mesures existent pour lutter contre les effets des vagues de chaleur sur la santé mentale. La Commission européenne, qui considère que la santé mentale et la santé physique doivent être traitées de la même manière, alloue 1,23 milliard d’euros à la santé mentale dans le cadre d’une vingtaine d’initiatives, mais aucune ne fait le lien entre la santé mentale et le changement climatique.

En 2021, la Commission a lancé l’Observatoire européen du climat et de la santé qui, rattaché à l’Agence européenne pour l’environnement, est censé « aider l’UE à se préparer et à s’adapter aux effets du changement climatique ».

Mais plusieurs sources indiquent à Euractiv que les ressources de l’Observatoire consacrées à l’interconnexion entre le climat et la santé mentale sont rares.

Action planifiée, déploiement passif

La santé n’étant pas une compétence exclusive de l’UE. La responsabilité de mettre en place des mesures dans ce domaine incombe principalement aux États membres. Mais ceux-ci disposent d’autres ressources.

L’OMS, par exemple, a publié ses premières lignes directrices sur la chaleur en 2008. Ces plans visent à renforcer la préparation, la réponse et la surveillance des risques liés à la chaleur. L’organisation internationale recommande la création d’un organisme national chargé de coordonner le plan d’action contre la chaleur, de mettre en place des systèmes d’alerte précoce, des mécanismes de surveillance et de suivi, ainsi qu’une communication sur les risques liés à la chaleur et la préparation des services sanitaires et sociaux.

Toutefois, l’année dernière, seuls 21 des 38 pays européens surveillés par l’OMS disposaient d’un tel plan. En mai 2026, l’organisation publiera une nouvelle édition des lignes directrices qui sera en partie financée par la Commission européenne.

Si les actions concrètes prennent du temps, une prise de conscience est en cours sur la nécessité de poursuivre les efforts.

En octobre dernier, la présidence hongroise du Conseil de l’UE et l’OMS/Europe ont organisé un dialogue politique de haut niveau sur l’impact de la triple crise planétaire — changement climatique, pollution environnementale et perte de biodiversité — sur la santé mentale.

« En moyenne, seulement 2 % des dépenses de santé publique sont allouées à la santé mentale… le changement climatique n’améliorera aucun de ces chiffres », déplore Alessandro Massazza, conseiller politique de l’ONG United for Global Health, lors de l’événement.

« Il entraînera un fardeau encore plus lourd pour la santé mentale », conclut-il

(sn)