L’ex-Premier ministre bulgare Boyko Borissov peine à former une coalition « anti-Poutine »
Boyko Borissov a remporté la quatrième élection parlementaire en un an et demi, mais il a désormais du mal à imposer sa proposition de coalition « anti-Poutine », les partis s’inquiétant des mauvais résultats de son parti, le GERB, en matière de corruption.
L’ancien Premier ministre bulgare Boyko Borissov a remporté la quatrième élection parlementaire en un an et demi, mais il a désormais du mal à imposer sa proposition de coalition « anti-Poutine ». Les autres partis s’inquiètent en effet des mauvais résultats de son parti, Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (Graždani za evropejsko razvitie na Bǎlgarija, GERB), en matière de corruption.
La Bulgarie, dont près de la moitié de la population est pro-russe, est confrontée à une nouvelle crise politique.
Alors que M. Borissov propose une coalition anti-russe, l’échec de la formation d’une coalition donnerait le pouvoir au président du pays, Rumen Radev, ancien aviateur et général de l’OTAN qui n’est pas disposé à soutenir l’Ukraine par l’envoi d’armes ou par une adhésion à l’OTAN.
« Essayons de calmer la situation. Je suis prêt à toutes les concessions et à tous les compromis », a annoncé le leader du GERB et ancien Premier ministre Boyko Borissov lors de sa première conférence de presse après la victoire électorale, dimanche 2 octobre.
Le GERB a remporté les élections avec un peu plus de 25 % des voix, mais le parti se retrouve isolé politiquement car les députés de deux des partis qui le soutiendraient — le Mouvement des droits et des libertés (Dvizhenie za prava i svobodi, DPS) et Réveil bulgare (Bulgarski vuzkhod, BV) — ne sont pas assez nombreux pour former un gouvernement.
Le parti radical pro-russe Renaissance (Vazrazhdane) qui est arrivé en quatrième position avec environ 10 % des voix, prône le retrait de la Bulgarie de l’OTAN et de l’UE — ce qui signifie qu’une alliance avec ce parti soulèverait trop de questions pour M. Borissov à Bruxelles.
L’ex-Premier ministre devrait donc se tourner vers les partis réformistes pro-européens Continuons le changement (Prodălzhavame promyanata, PP) et Bulgarie démocratique (Demokratichna Balgariya, DB —, bien qu’ils ne souhaitent pas négocier avec le GERB en raison de son passé marqué par la corruption.
Sous la direction du GERB, la Bulgarie n’a pas enregistré de bons résultats dans sa lutte contre la corruption et la liberté des médias a été fortement restreinte. En outre, M. Borissov était soupçonné d’entretenir des relations secrètes avec le Kremlin au sujet de la construction de l’extension du gazoduc Turkish Stream vers la Serbie et la Hongrie.
L’ex-Premier ministre propose maintenant aux deux autres partis pro-européens du pays de rejoindre sa coalition anti-Poutine.
Avant les élections, le parti Continuons le changement a déclaré qu’il ne négocierait avec le GERB que si M. Borissov cédait sa place à la tête du parti. Pour l’instant, il n’est pas disposé à accepter cela et propose de ne pas occuper de postes officiels au sein du gouvernement.
« Aujourd’hui, la chose la plus importante en Bulgarie est de savoir qui est du côté de l’Ukraine et qui ne l’est pas, que ce soit le premier sujet sur lequel nous affirmions clairement nos positions. Les trois quarts de la population bulgare sont favorables à ce que leur pays continue sur la voie euro-atlantique », a déclaré M. Borissov.
Cependant, le GERB a voté pour l’éviction du précédent gouvernement bulgare malgré sa politique pro-européenne active et son succès dans la négociation pour la levée du veto sur l’adhésion de la Macédoine du Nord à l’UE, qui avait été imposé par le gouvernement de M. Borissov.
« Une coalition gouvernementale qui affirme d’emblée que la corruption sera en quelque sorte balayée sous le tapis ne bénéficiera pas du soutien de la population », a déclaré le leader du parti Bulgarie démocratique, Hristo Ivanov, en réponse à la proposition du GERB.
« Si nous disons que la corruption n’est pas une priorité pour nous, cela signifie que nous allons voler ou tolérer le vol. […] C’est la grande porte par laquelle entre la main du Kremlin », a également déclaré M. Ivanov.
La coalition proposée par M. Borissov ne convainc pas le parti Continuons le changement non plus.
« Le GERB devrait également organiser un processus de négociation avec le DPS [Mouvement des droits et des libertés (Dvizhenie za prava i svobodi, DPS)] et Vazrazhdane [parti radical pro-russe], avec lesquels ils ont renversé le gouvernement précédent avec le mandat de Continuons le changement. S’ils échouent, alors le mandat nous reviendra. Nous essaierons alors d’organiser des négociations », a déclaré Asen Vassilev, président du parti, à la radio nationale BNR dimanche.
« Que cela réussisse — j’en doute, car avec DB et BSP [Parti socialiste bulgare (Bulgarska sotsialisticheska partiya, BSP] nous n’avons pas assez de députés. Il sera difficile de mettre quelque chose en place, mais cela ne signifie pas qu’il ne faut pas essayer », a-t-il ajouté.
« Les partis ne font que prétendre qu’ils essaient de former un gouvernement. Ils laisseraient volontiers au président Rumen Radev le soin de se charger des tâches difficiles pendant cet hiver difficile », a commenté le politologue Parvan Simeonov, de l’agence Gallup International Balkan.
« Ils vont même le pointer du doigt et lui dire qu’il abuse de son pouvoir. […] C’est un pas vers l’affaiblissement des réflexes démocratiques en Bulgarie, qui ne sont de toute façon pas très solides », a ajouté M. Simeonov.
De nouvelles élections anticipées sanctionneraient probablement le parti qui a empêché la formation d’un gouvernement cette fois-ci, a également affirmé M. Simeonov.