L'exécutif moldave à Paris pour plaider en faveur de son avenir dans l'UE

La présidente moldave Maia Sandu et son ministre des Affaires étrangères Nicu Popescu étaient à Paris jeudi (19 mai) pour plaider en faveur de l’adhésion de la Moldavie à l’Union européenne, qu’ils espèrent rapide malgré les dissensions des 27 sur le sujet.

Moldovan President Maia Sandu vists Paris
Le président français Emmanuel Macron et la présidente moldave Maia Sandu posent lors de leur rencontre au palais de l'Élysée à Paris, en France, le 19 mai 2022. [LUDOVIC MARIN/EPA]

La présidente moldave Maia Sandu et son ministre des Affaires étrangères Nicu Popescu étaient à Paris jeudi (19 mai) pour plaider en faveur de l’adhésion de la Moldavie à l’Union européenne, qu’ils espèrent rapide malgré les dissensions des 27 sur le sujet.

« La Moldavie est un pays qui a une histoire européenne et qui aura sans aucun doute un avenir européen », a affirmé Mme Sandu lors d’une intervention avec son homologue français Emmanuel Macron devant le palais de l’Élysée.

« Je salue l’initiative du président Macron de créer une communauté politique européenne qui viendrait appuyer et accélérer notre processus d’adhésion à l’UE », a-t-elle poursuivi, en référence au projet présenté le 9 mai par ce dernier devant le Parlement européen.

Était alors discuté le lancement du processus d’adhésion de l’Ukraine, en guerre contre la Russie. M. Macron avait expliqué qu’il faudrait « des décennies » à Kiev pour rejoindre l’UE et suggéré qu’elle fasse d’ici là partie d’une « communauté politique européenne » pouvant inclure également la Grande-Bretagne, malgré le Brexit, ou la Moldavie.

« Cette communauté n’est pas une alternative au processus d’adhésion mais un complément qui, indépendamment de celui-ci, permet de structurer plus fortement la relation politique, énergétique, d’investissements avec plusieurs pays qui le souhaitent », a-t-il précisé jeudi.

Le projet, qui doit être débattu au sommet européen de fin juin, a été critiqué par certains dirigeants, comme le président lituanien Gitanas Nauseda, selon lequel il reflète un manque de volonté d’intégrer rapidement l’Ukraine dans l’UE.

« Raccourci »

Le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba a dénoncé jeudi un « traitement de seconde zone » de la part de « certaines capitales » concernant cette adhésion. Le chancelier allemand Olaf Scholz avait affirmé un peu plus tôt qu’il n’était pas favorable à l’octroi à Kiev d’un « raccourci ».

La Moldavie, qui a déposé le 3 mars sa candidature, six jours après l’Ukraine et quelques heures après la Géorgie, choisit, elle, de présenter un visage plus accommodant.

« Nous comprenons que l’adhésion à l’UE soit un processus long et complexe, qui demande beaucoup d’efforts (…). Nous ne cherchons pas de raccourci », a argumenté la présidente de cette ancienne République soviétique de 2,6 millions d’habitants, l’un des pays les plus pauvres d’Europe.

« Il faut qu’on fasse nos devoirs, qu’on adapte notre pays, qu’on applique tout l’acquis communautaire », a renchéri son ministre des Affaires étrangères Nicu Popescu, lors d’un entretien avec l’AFP.

« On espère vraiment que bientôt l’Union européenne va nous donner un signal du fait qu’elle est prête à nous accepter », a-t-il poursuivi, insistant sur le fait que la Moldavie est « une démocratie depuis trente ans », quand Espagne, Portugal ou Grèce n’ont adhéré à l’UE qu’au terme « d’à peu près 10 ans d’expérience démocratique ».

Sacrifices

La Moldavie peut mettre en avant ses sacrifices récents. Particulièrement affectée par l’invasion russe de l’Ukraine avec qui elle partage une frontière, elle accueille des dizaines de milliers de réfugiés, dont la moitié sont des enfants.

« Aujourd’hui, 3,5 % de notre population sont des réfugiés ukrainiens », a souligné Nico Popescu.

Au rang des inquiétudes figure la « république » autoproclamée de Transdniestrie, qui a fait sécession de la Moldavie en 1992, après une courte guerre contre Chisinau. Depuis, environ 1 500 soldats russes sont stationnés sur place.

Fin avril, la crainte que le conflit en Ukraine ne s’étende à la Transdniestrie s’est amplifiée après qu’un général russe a affirmé que l’offensive du Kremlin visait à établir un couloir vers cette région séparatiste prorusse.

Des tirs venus de l’autre côté de la frontière avaient alors ciblé un important dépôt de munitions de l’armée russe dans la région.

Si le porte-parole de l’état-major français, le colonel Pascal Ianni, a noté « une forme de retour au calme » en Transdniestrie, Nico Popescu s’est montré prudent sur l’origine de cette « déstabilisation », selon ses propos.

« Dans notre région, il n’y a pas de processus qui soit exclusivement interne ou extérieur. Dans notre région, et cela inclut cette guerre, tout est lié », a-t-il observé. « On fait tout pour éviter une escalade et une détérioration de la situation. »