L'industrie automobile demande à l'Europe de ralentir son « tsunami de normes »
« Un tsunami de normes » : le lobby européen de l'industrie automobile a demandé aux institutions européennes de ralentir la cadence des nouvelles règlementations du secteur.
« Un tsunami de normes » : le lobby européen de l’industrie automobile a demandé mercredi (29 novembre) aux institutions européennes de ralentir la cadence des nouvelles règlementations du secteur.
Entre le CO2, les batteries électriques ou la sécurité, ce sont huit ou neuf normes par an jusqu’en 2030 qui sont à prévoir, a prévenu le président de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA), Luca de Meo, également directeur général du groupe Renault.
Selon l’ACEA, les institutions européennes doivent « adopter un tempo règlementaire plus raisonnable » et développer davantage « une stratégie industrielle cohérente sur le long terme » .
Le pacte vert européen devrait être priorisé et le reste révisé, a conseillé M. de Meo lors d’une conférence de presse à Bruxelles, soulignant qu’un quart de ses ingénieurs étaient occupés à répondre à ces normes.
L’ACEA a émis cinq recommandations dans un « manifeste » de l’industrie automobile publié mercredi 29 novembre, et signé par les dirigeants des groupes Volkswagen, Toyota, BMW, Hyundai ou encore Ferrari.
Compte tenu de l’interdiction de la vente de voitures neuves à moteur thermique (essence ou diesel) à partir de 2035, les institutions européennes exigent un tournant historique de l’automobile vers la voiture électrique.
« Nous sommes l’industrie la plus engagée dans sa décarbonation […] Personne au sein de l’industrie automobile ne doute que nous devons aller vers zéro émissions [de gaz toxiques, ndlr]. C’est aussi une opportunité pour nous de réinventer notre business » , a noté M. de Meo.
Le successeur de Carlos Ghosn à la tête de Renault demande à l’Europe de « garantir des conditions de concurrence égales sur le marché pour les voitures fabriquées en Europe de façon équitable » face à la concurrence de voitures électriques chinoises et américaines, que ce soit de la marque chinoise BYD ou étatsunienne Tesla.
Leur niveau de compétitivité devrait être égalé « à la fin de la décennie » par les « meilleurs joueurs » de l’industrie européenne, selon M. de Meo. D’ici là, des mesures de protection du marché européen « pourraient être utiles » .
Kei cars
Les constructeurs automobiles vont baisser le prix du ticket d’entrée vers la technologie électrique en proposant des modèles plus petits, comme la Renault 5 dès 2024 et la Twingo ensuite, mais ils pourraient aussi s’inspirer des « kei cars » japonaises, de minuscules voitures urbaines qui échappent aux taxes.
Il faudrait par ailleurs accélérer le déploiement des bornes de recharge électrique et des stations hydrogène, mais aussi étendre les bonus à l’achat et les avantages fiscaux pour l’achat de véhicules moins polluants. « Chaque subvention supprimée pousse le marché dramatiquement vers le bas, ce n’est pas encore un marché naturel » , a assuré M. De Meo.
Si la plupart des constructeurs se sont engagés à vendre 100 % de voitures électriques avant 2035, plusieurs marques considèrent que les moteurs thermiques pourraient avoir un répit.
Les constructeurs se sont sentis soulagés fin septembre quand les pays membres de l’UE ont écarté un nouveau durcissement des normes encadrant la pollution des gaz d’échappement des voitures particulières, estimant qu’un tel durcissement pourrait freiner les investissements dans les véhicules électriques.
Lithium, cobalt
L’ACEA a aussi renouvelé jeudi 30 novembre son appel à la « neutralité technologique » . Elle demande « des alternatives viables pour des carburants [ou] substances spécifiques », sous-entendant que les biocarburants et carburants synthétiques pourraient jouer un rôle plus important dans la décarbonation du secteur.
Le lobby des constructeurs européens demande également que leur soit garanti « l’accès aux matières premières critiques » via des « accords d’échange avec d’autres États » , alors que les batteries des voitures électriques sont composées de nombreuses matières premières extraites principalement en dehors du continent européen, comme le lithium ou le cobalt, et souvent raffinées en Chine.
D’après l’ACEA, l’industrie automobile représente 13 millions d’emplois en Europe et 7 % du produit intérieur brut de l’Union.
Mercredi matin, M. de Meo a été reconduit à la tête de l’association pour un deuxième et dernier mandat d’un an, selon les statuts du lobby.
Le deuxième constructeur européen, Stellantis -qui regroupe les marques Peugeot, Fiat, Chrysler- a quitté l’ACEA en 2022 pour créer sa propre structure.