L’industrie du bio appelle l’UE à stimuler la demande

Il faut instaurer des marchés publics dans les écoles et de faire payer les entreprises pour les « coûts cachés » des produits conventionnels pour compenser l’écart entre l’augmentation des terres cultivées biologiquement et la diminution des ventes d’aliments biologiques, a déclaré Eric Gall à Euractiv.

EURACTIV.com
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Selon le rapport annuel de l’Institut de recherche sur l’agriculture biologique (FiBL), présenté au Biofach — la plus grande foire du secteur — en Allemagne, la quantité de terres cultivées biologiquement dans l’UE en 2022 a augmenté de 5,1 %, alors que la vente d’aliments biologiques a diminué de 2,8 % au cours de la même année. [SHUTTERSTOCK/Arina P Habich]

Il faut instaurer des marchés publics dans les écoles et faire payer les entreprises pour les « coûts cachés » des produits conventionnels pour compenser l’écart entre l’augmentation des terres cultivées biologiquement et la diminution des ventes d’aliments biologiques, a déclaré à Euractiv Eric Gall, le directeur adjoint de l’organisation de l’agriculture biologique de l’UE, IFOAM.

Selon le rapport annuel de l’Institut de recherche sur l’agriculture biologique (FiBL), présenté au Biofach — la plus grande foire du secteur — en Allemagne, la quantité de terres cultivées biologiquement dans l’UE en 2022 a augmenté de 5,1 %, alors que la vente d’aliments biologiques a diminué de 2,8 % au cours de la même année.

Bien que l’augmentation de la superficie consacrée à l’agriculture biologique dans l’UE soit positive, la demande pourrait entraver la réalisation du plan de l’UE visant à consacrer 25 % des terres agricoles à la production biologique d’ici à 2030. Si le marché biologique de l’UE veut atteindre les objectifs fixés dans la stratégie phare de la Commission européenne en matière de politique alimentaire « de la ferme à l’assiette », le marché « doit croître à un rythme plus rapide », note le rapport.

Réagissant au rapport, M. Gall a déclaré à Euractiv qu’il existait un écart entre la demande et la production car « il faut quelques années pour ajuster la production ». Il a également souligné qu’après des années de « croissance à deux chiffres », le marché des produits biologiques s’est contracté en 2022 en raison de l’inflation qui a fait grimper le prix des produits biologiques.

M. Gall a ajouté qu’il y avait « deux pièces manquantes » dans la stratégie de la Commission européenne pour l’agriculture biologique.

Tout d’abord, la loi sur la durabilité du système alimentaire de l’UE, longtemps retardée et finalement repoussée, qui, selon lui, devrait inclure un objectif de part de produits biologiques dans les marchés publics.

La deuxième pièce manquante, selon lui, est l’introduction d’un système de « comptabilité analytique » qui permettrait de calculer non seulement les coûts directs mais aussi les coûts cachés de l’industrie alimentaire — tels que l’impact sur l’environnement dans lequel une entreprise opère — et de faire payer les entreprises pour ces coûts.

« Si toutes ces externalités négatives étaient incluses dans le prix des produits, les produits conventionnels seraient plus chers que les produits biologiques », a-t-il déclaré, appelant à la mise en place de politiques visant à « garantir que le prix des denrées alimentaires reflète l’impact des différents systèmes de production ».

Selon ces données, le marché biologique de l’UE a connu une baisse de 2,8 % en 2022. Toutefois, des pays comme l’Estonie (+6 %) et les Pays-Bas (+4,4 %) ont enregistré une croissance notable.

Des tendances positives

« La surface biologique de l’UE a continué à croître de manière régulière en 2022 », peut-on lire dans le rapport, « atteignant 16,9 millions d’hectares ».

Cela représente 10,4 % de l’ensemble des terres agricoles de l’UE et une augmentation de 5,1 % par rapport aux données de 2021.

Sur la même période, le nombre de producteurs biologiques dans l’UE a augmenté de 9,5 % pour atteindre plus de 419 000 agriculteurs, la majorité d’entre eux résidant en Italie.

Nécessité d’un soutien supplémentaire

Le rapport avertit que si la politique agricole commune (PAC) de l’UE joue un « rôle central » dans le processus de réalisation des objectifs d’agriculture biologique, elle semble « quelque peu inadéquate » parce que son architecture se traduit par des « niveaux d’ambition variables » dans les États membres.

« Son efficacité à cet égard dépend de sa capacité à offrir un soutien solide aux agriculteurs biologiques et à reconnaître leurs efforts et investissements supplémentaires », peut-on lire dans l’étude.

Selon les auteurs, les « éco-régimes » de la PAC ont permis d’encourager les pratiques agricoles respectueuses de l’environnement. Cependant, comme leur définition est déléguée aux États membres de l’UE, il existe des « différences significatives » entre les pays de l’Union.