L’industrie française du nickel souffre d’un manque de compétitivité face à la Chine et l’Indonésie
La production française de nickel accuse d'un manque de compétitivité considérable face aux acteurs indonésiens et chinois, et doit être à la fois refinancée et restructurée pour atteindre les objectifs de l’UE en matière d’indépendance des matières premières critiques.
La production française de nickel accuse d’un manque de compétitivité considérable face aux acteurs indonésiens et chinois, et doit être à la fois refinancée et restructurée pour atteindre les objectifs de l’UE en matière d’indépendance des matières premières critiques, révèle un nouveau rapport gouvernemental.
Le rapport, rédigé par l’Inspection générale des finances (IGF) à la demande du gouvernement et publié mardi (1er août), examine les causes des résultats économiques négatifs des principales entreprises de métallurgie françaises.
Il attribue notamment ce retard à la volatilité du prix du nickel, aux problèmes techniques à répétition qui ont conduit à une sous-optimisation des capacités des usines, et à la hausse des coûts de l’énergie et de main-d’œuvre.
La quasi-totalité de l’extraction et du raffinage du nickel français a lieu en Nouvelle-Calédonie, un territoire français situé au large de la côte est de l’Australie, qui abrite 10 % des ressources mondiales de nickel. Trois acteurs principaux dominent le marché : la Société Le Nickel (détenue majoritairement par le groupe minier français Euramet), l’entreprise publique Koniambo Nickel (détenue à 49 % par le groupe suisse Glencore) et Prony Resources Nouvelle-Calédonie.
« Non profitables, toutes ces entreprises dépendent donc de financements privés et
publics pour poursuivre leur activité », souligne le rapport, qui avertit qu’un effondrement complet du secteur n’est pas impossible si rien n’est fait.
Indépendance de l’UE en matières premières critiques
Le rapport de l’IGF intervient dans le cadre d’un débat plus large au niveau européen sur la sécurité de l’approvisionnement en matières premières critiques dans le cadre des transitions écologique et numérique.
En mars, la Commission européenne a dévoilé un nouveau règlement fixant des objectifs de production, raffinage et recyclage de matières premières essentielles, dont le nickel.
Le nickel, utilisé pour la production de batteries, est considéré comme « critique » ainsi que « stratégique », alors que l’UE s’efforce de se dissocier économiquement de la Chine.
« La Chine et l’Indonésie dominent toutes deux la chaîne de valeur du nickel », peut-on lire dans le rapport. En outre, jusqu’à 90 % de toutes les mines et usines de raffinage indonésiennes sont contrôlées par des acteurs chinois, ce qui en fait l’acteur principal à abattre.
Dans une logique de contre-attaque, l’Union européenne investit largement dans la création de gigafactories — des usines de fabrication de batteries à grande échelle — partout sur son territoire. Quatre ont déjà vu le jour en France.
Alors que la demande de l’UE pour le nickel ne cesse d’augmenter, le gouvernement français estime que la production française de nickel pourrait répondre à 85 % des besoins des gigafactories françaises et à 15 % de la demande globale de l’UE, si le secteur se restructure adéquatement.
Recommandations
En premier lieu, les auteurs du rapport suggèrent une plus large intégration verticale des conglomérats métallurgiques avec d’autres acteurs européens de la production de batteries, ainsi que l’assouplissement du contrôle des exportations de minerai qui en place aujourd’hui.
À l’origine, ces interdictions visaient à freiner les exportations et à favoriser la transformation du nickel sur le territoire calédonien, afin d’en accroître la valeur ajoutée localement. Le rapport propose de lever temporairement ces interdictions sous certaines conditions, ce qui permettrait de stimuler les exportations de nickel brut et donc les recettes minières.
La réduction des coûts de production, et notamment de l’énergie, est également essentielle pour faire face à la concurrence asiatique. Contrairement au territoire métropolitain, l’énergie nucléaire ne fait pas partie du mix énergétique de la Nouvelle-Calédonie. Une refonte radicale du bouquet énergétique de l’île, avec une utilisation croissante du gaz naturel liquéfié (GNL) et du gaz de pétrole liquéfié (GPL), est en cours — et devrait être accélérée, selon le rapport.
Enfin, le rapport appelle à une révision du cadre de gouvernance qui s’applique aux entreprises publiques, appelant à une plus grande implication des entités gouvernementales locales et régionales par le biais d’une réglementation efficace et d’une politique fiscale pertinente pour s’assurer que les bénéfices des exportations et du raffinage du nickel puissent être redistribués.