L’institut de normalisation des télécommunications de l’UE s'apprête à accueillir un nouveau directeur

L’Institut européen des normes de télécommunication (ETSI) élira dans le courant du mois un nouveau dirigeant qui sera chargé de gérer les relations difficiles entre l’organisme et la Commission européenne.

Euractiv.com
EU Commission press conference on EU Standardisation Strategy
Luis Jorge Romero, directeur général de l’ETSI depuis 2011, a déclaré qu’au cours de ses 13 années à la tête de l’ETSI, il a « réussi à augmenter le nombre de membres et les activités de l’ETSI » et à « étendre l’influence de l’ETSI dans le monde entier ». [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

L’Institut européen des normes de télécommunication (ETSI) élira dans le courant du mois un nouveau dirigeant qui sera chargé de gérer les relations difficiles entre l’organisme et la Commission européenne.

Créé en 1988, l’ETSI fait partie des trois organisations qui soutiennent la règlementation de l’UE et élaborent des normes internationales en matière de télécommunications.

L’ETSI tiendra une élection lors de son assemblée générale du 16 avril afin de désigner son directeur général pour les cinq prochaines années et prendra ses fonctions en juin.

En plus de la myriade de normes qui vont devoir être élaborées suite à l’adoption des législations adoptées au cours du mandat précédent, le nouveau directeur, désigné parmi les trois candidats restants, devra gérer les relations délicates de l’organisation avec la Commission européenne.

Récemment, les relations entre l’ETSI et le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, se sont tendues. Ce dernier a critiqué l’organisation, qui serait selon lui soumise à une « influence indue » de la part d’entreprises non européennes.

Les candidats pour le poste de directeur général sont Luis Jorge Romero, directeur général de l’ETSI depuis 2011 et ancien directeur de Telefónica en Espagne ; Gilles Brégant, directeur de l’Agence nationale des fréquences en France (ANFR) ; et Jan Ellsberger, ancien vice-président d’Ericsson et de Huawei en Allemagne aujourd’hui conseiller pour une entreprise de conseil.

« Mon urgence serait de re-établir le rôle de l’ETSI dans le système de normalisation de l’UE », a déclaré Jan Ellsberger à Euractiv.

Relation entre l’UE et l’ETSI

Luis Jorge Romero, l’actuel directeur de l’ETSI, a rejeté les allégations selon lesquelles il s’est souvent heurté aux fonctionnaires de l’UE au cours de son dernier mandat.

« Nous avons une bonne relation de travail avec la Commission », a-t-il déclaré à Euractiv, ajoutant que « comme dans toute relation d’affaires, nous pouvons avoir des points de vue différents, mais pas plus que cela ».

Gilles Brégant a pour sa part indiqué qu’il possède les compétences qui le distinguent des autres candidats et qui sont essentielles pour rétablir les relations entre la Commission et l’ETSI. Il a également mit en avant sa carrière administrative et son expérience à l’extérieur de l’organisme de normalisation.

Selon Euronews, l’expert français en télécommunications serait le candidat favori de l’exécutif européen. La Commission s’inquiète des liens des deux autres candidats avec des entreprises étrangères.

Toujours selon Euronews, la Commission aurait officieusement encouragé les gouvernements nationaux à voter pour le candidat français.

D’après M. Romero, l’ETSI est « une association indépendante et, par conséquent, toutes les décisions politiques et stratégiques sont réglées, entérinées et approuvées par nos membres ».

M. Ellsberger a exprimé son étonnement face aux éléments avancés dans l’article d’Euronews, expliquant qu’il a « des contacts fréquents avec le personnel des services de la Commission », qui n’ont jamais mentionné de quelconques « conditions d’éligibilité » qui disqualifieraient une personne ayant des liens passés ou présents avec des entreprises étrangères pour diriger l’organisme.

Les futurs domaines d’action de l’ETSI

Les trois candidats ont partagé leurs visions de l’avenir de l’ETSI avec Euractiv, en se concentrant sur différentes technologies.

Gilles Brégant a insisté sur l’importance de « faire en sorte que toutes les récentes évolutions organisationnelles de l’ETSI soient effectivement appliquées et rentrent dans les pratiques de l’organisation».

En décembre 2023, l’organisme de normalisation a restructuré ses opérations avec une nouvelle version de ses directives internes.

Il a également mentionné la nécessité de « bien engager la 6G » et d’attirer des membres qui sont « à la pointe de la technologie » dans leurs domaines techniques respectifs, afin que l’ETSI continue à créer les meilleures normes.

Jan Ellsberger a indiqué qu’il souhaitait diversifier les activités de l’ETSI à la fois en termes de projets et de membres, ajoutant qu’il « pensait à l’IA, au partage des données, à la cybersécurité et à la durabilité ».

En ce qui concerne ses membres, M. Ellsberger a suggéré une expansion de l’organisme au Moyen-Orient dans les domaines de « l’IA et du transport automatisé ».

Il a mentionné son souhait de positionner l’ETSI « en tant que plateforme de diffusion des résultats de la recherche financée par l’UE » au niveau de la normalisation.

Pour M. Romero, « un élément clé est constitué par les groupes de développement de logiciels » pour que l’ETSI apprenne « les processus, les méthodologies, les outils et les façons dont ces projets coopèrent ».

Il a aussi souligné l’importance de « maintenir des liens étroits avec la recherche et développement ainsi qu’avec le monde universitaire, qui constituent une source naturelle de nouvelles initiatives » dans le domaine de la normalisation, lesquelles évoluent par la suite en produits commercialisables.

Membres et perspectives

Contrairement à d’autres organismes de l’UE, l’ETSI est à la fois juridiquement et financièrement indépendant, récoltant les bénéfices de ses plus de 850 membres, dont un grand nombre d’entreprises privées.

Les trois candidats s’estiment capables de représenter les divers intérêts et points de vue des membres de l’organisme.

Tous les candidats ont fait remarquer que les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont par essence mondiales. Ils ont encouragé les institutions européennes à exploiter les avantages offerts par la présence d’un acteur de normalisation européen d’envergure mondiale, l’ETSI.

M. Romero a déclaré qu’au cours de ses 13 années à la tête de l’organisation, il a « réussi à augmenter le nombre de membres et les activités de l’ETSI » et à « étendre [son] influence dans le monde entier ».

Il a cité en exemple le travail effectué pour aider le secteur indien des télécommunications à créer son organisme de normalisation des TIC, la Telecommunications Standards Development Society (TSDSI), fondée en 2014.

Il considère comme un succès le fait que l’ETSI ait développé et établi une norme internationale reconnue sur l’Internet des objets destiné au grand public, laquelle a été adoptée par plusieurs pays, dont Singapour, l’Inde, l’Australie et le Vietnam.

M. Ellsberger a pour sa part mis en avant l’importance d’avoir à la tête de l’organisation un individu ayant une « compréhension approfondie du fonctionnement de la Chine [afin] d’orienter l’ETSI dans le meilleur intérêt de l’industrie européenne ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]