L’interdiction de TikTok au sein des institutions européennes provoque la colère de Pékin

Une semaine après qu’EURACTIV a révélé que la Commission européenne interdisait à ses employés de posséder TikTok sur les smartphones qu’ils utilisent dans le cadre de leur travail, cette interdiction s’est étendue à d’autres institutions de l’UE, provoquant la colère de Pékin.

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Cette mesure fait écho à des décisions similaires prises ailleurs dans le monde — notamment par le gouvernement fédéral américain et les autorités fédérales des États-Unis — mais il s’agit du premier organisme public européen à prendre une telle décision. [[Shutterstock / Cristian Storto] ]

Une semaine après qu’EURACTIV a révélé que la Commission européenne interdisait à ses employés de posséder TikTok sur les smartphones qu’ils utilisent dans le cadre de leur travail, cette interdiction s’est étendue à d’autres institutions de l’UE, provoquant la colère de Pékin.

Jeudi dernier (23 février), EURACTIV a révélé que l’exécutif européen avait exigé de tous les employés qu’ils désinstallent l’application de vidéos de leurs appareils professionnels et de leurs appareils personnels sur lesquels sont installées des applications professionnelles telles que la messagerie électronique. Cette décision s’explique par des inquiétudes liées à la protection des données et à la cybersécurité.

Cette mesure fait écho à des décisions similaires prises ailleurs dans le monde — notamment par le gouvernement fédéral américain et les autorités fédérales des États-Unis — mais il s’agit du premier organisme public européen à prendre une telle décision. Depuis, les deux autres grandes institutions européennes, le Conseil et le Parlement, se sont alignées sur l’exemple de la Commission.

La Chine a réagi mercredi (1er mars) à l’interdiction de l’UE, avertissant qu’elle mettait en péril la confiance internationale dans le marché européen et accusant l’UE de recourir abusivement à des mesures de sécurité afin de faire obstacle à la concurrence des entreprises chinoises.

La Commission a donné à son personnel jusqu’au 15 mars pour désinstaller l’application chinoise sous peine de perdre l’accès aux applications d’entreprise telles que Skype for Business ainsi qu’aux comptes de messagerie.

Cette décision, qui a suscité une attention considérable dans le monde entier, a été prise « dans le but de protéger les données de la Commission et de renforcer sa cybersécurité », a indiqué l’exécutif européen dans un courriel adressé à ses employés.

À Bruxelles, la décision de la Commission a été suivie d’une série de décisions similaires de la part des institutions européennes. La semaine dernière, le Conseil européen et le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) ont décrété une interdiction similaire, demandant aux diplomates et aux fonctionnaires de supprimer l’application de leurs appareils.

Le Parlement européen a suivi cet exemple mardi (28 février), en fixant au 20 mars la date limite pour la suppression de l’application des appareils professionnels. Les institutions ont également fortement recommandé aux législateurs et aux fonctionnaires de l’UE de supprimer TikTok de leurs téléphones personnels.

« La cybersécurité doit être plus importante que le fait d’avoir une application de réseaux sociaux sur son téléphone. Si TikTok veut pouvoir être autorisée sur les appareils du Parlement européen, elle doit travailler avec le Parlement et d’autres pour s’assurer que l’application répond à nos normes de sécurité », a confié à EURACTIV Dita Charanzová, vice-présidente du Parlement européen responsable des questions de cybersécurité.

Mao Ning, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a déclaré aux journalistes lors d’une conférence de presse mercredi que de telles interdictions « saperaient la confiance de la communauté internationale dans l’environnement commercial de l’UE ».

« L’UE prétend être le marché le plus ouvert du monde, mais récemment, elle a pris des mesures restrictives et supprimé de manière déraisonnable des entreprises d’autres pays pour des raisons de sécurité intérieure », a déclaré Mme Ning.

En d’autres termes, Pékin accuse les institutions européennes de recourir de manière abusive au concept de sécurité nationale afin de faire obstacle à la concurrence des entreprises chinoises prospères.

Ces derniers mois, les inquiétudes quant à la sécurité de TikTok n’ont cessé d’augmenter à la suite de révélations du magazine Forbes selon lesquelles l’application avait été utilisée pour surveiller les journalistes qui enquêtaient sur l’entreprise et identifier les employés qui leur transmettaient des informations.

Au mois de novembre, la société a également admis que les données des utilisateurs étaient accessibles aux employés basés à son siège de Pékin. Le PDG de la société, Shou Zi Chew, s’est rendu à Bruxelles en janvier pour tenter de rassurer les hauts responsables de l’UE, sans grand résultat.

« TikTok est utilisé par 125 millions de citoyens de l’UE et le fait de potentiellement priver les utilisateurs d’un accès à leurs représentants est une démarche qui va à l’encontre de l’objectif recherché, en particulier dans notre lutte commune contre la désinformation et alors que cette mesure est prise sur la base de craintes plutôt que de faits avérés », a déclaré un porte-parole de TikTok à EURACTIV.

La décision de la Commission d’émettre une interdiction visant l’application de réseaux sociaux fait suite à des mesures similaires aux États-Unis. En décembre, le personnel et les législateurs de la Chambre des représentants ont été priés de supprimer cette application et se sont vus interdire de la télécharger.

Une interdiction plus large de l’utilisation de l’application sur les appareils fournis aux employés des agences gouvernementales fédérales a également été approuvée dans le cadre d’un projet de loi plus général sur les dépenses.

La Maison-Blanche a annoncé lundi (27 février) que ces institutions avaient désormais 30 jours pour supprimer TikTok ou toute autre application de sa société mère ByteDance. Toutefois, avant même le vote, plusieurs départements du gouvernement américain avaient déjà introduit leurs propres interdictions, de même que plus de la moitié des gouvernements des États fédéraux.

Cette semaine, lors d’un vote au sein de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, les représentants américains ont discuté de l’opportunité de donner au président Joe Biden le pouvoir de décréter une interdiction générale de l’application aux Américains. Cette mesure nécessiterait le feu vert des deux chambres du Congrès.

« Nous réitérons nos demandes aux institutions européennes pour une procédure régulière et un traitement équitable », a précisé le représentant de TikTok.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]