L’Italie commence à déblayer le terrain après des inondations dévastatrices

La région italienne d’Émilie-Romagne est toujours en état d’alerte après que l’équivalent de six mois de précipitations est tombé en seulement 36 heures la semaine dernière. Le média partenaire d’EURACTIV The Guardian fait le point sur la situation.

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L’Émilie-Romagne est restée en alerte rouge dimanche (21 mai) après les terribles inondations qui ont fait 14 morts et causé le déplacement de 36 000 personnes. [<a href="https://epaimages.com/" target="_blank" rel="noopener">EPA-EFE/PASQUALE BOVE</a>]

La région italienne d’Émilie-Romagne est toujours en état d’alerte après que l’équivalent de six mois de précipitations est tombé en seulement 36 heures la semaine dernière. Le média partenaire d’EURACTIV The Guardian fait le point sur la situation.

Debout devant sa maison sous un ciel maussade à Ronta, un hameau de la province de Forlì-Cesena en Émilie-Romagne, Ivana Casadei se considère comme l’une des plus chanceuses. « L’eau n’est arrivée que jusqu’à notre jardin », explique cette femme de 61 ans. « Mais la maison de mes voisins a été détruite, donc nous les hébergeons maintenant — nous sommes huit à vivre ensemble, avec cinq chiens ».

L’Émilie-Romagne est restée en alerte rouge dimanche (21 mai) après les terribles inondations qui ont fait 14 morts et causé le déplacement de 36 000 personnes. La catastrophe, qui a fait des ravages dans 100 villes et villages — dont beaucoup sont encore sous l’eau aujourd’hui — a incité la Première ministre, Giorgia Meloni, à revenir plus tôt que prévu du sommet du G7 au Japon. Un hélicoptère qui tentait de rétablir l’électricité dans les foyers s’est écrasé samedi (20 avril) près de la ville de Lugo, particulièrement touchée par la catastrophe, blessant l’une des quatre personnes qui se trouvaient à bord.

« Franchement, je ne peux pas rester aussi loin de l’Italie dans un moment aussi délicat », a déclaré Mme Meloni, qui a visité certaines des zones inondées dimanche après-midi et s’est engagée à apporter son soutien au rétablissement de la situation.

La maison de Mme Casadei faisait partie du groupe de maisons que les sauveteurs n’ont pas pu atteindre avant samedi, d’abord à cause des vents forts qui ont empêché l’arrivée des canots pneumatiques, ensuite parce qu’un glissement de terrain a coupé en deux une route voisine.

Le corps de Marinella Maraldi l’une de ses voisines décédées, a été emporté sur 19 km par la rivière Savio avant d’être retrouvé à Cesenatico, une plage de la côte Adriatique. Le mari de Mme Maraldi, Sauro Manuzzi, est également décédé alors qu’ils tentaient, semble-t-il, de sauver les animaux de leur ferme, laissant dans le deuil leur fille unique.

« Marinella et moi avons accouché à peu près en même temps », raconte Mme Casadei. « C’était un couple merveilleux. Aucun d’entre nous n’a connu de telles inondations catastrophiques auparavant — il y a des gens ici qui ont près de 100 ans et qui disent qu’ils n’ont jamais rien vu de tel. »

La plupart des personnes restées sans domicile ont été hébergées par leur famille ou leurs amis, tandis que d’autres sont logées dans des hôtels ou des abris temporaires.

Marina et son mari, dont la maison est inhabitable, font partie des personnes hébergées par Mme Casadei. « Nous n’avons pas encore réalisé », a déclaré Marina, dont le seul vêtement rescapé est sa robe de mariée.

« Pour l’instant, nous nous sentons chanceux d’être ici et nous sommes encouragés par la solidarité. Mais ensuite, la dépression risque de frapper », explique-t-elle.

Les sauveteurs, rejoints par des milliers de bénévoles, dont de nombreux jeunes venus de toute l’Italie, travaillent sans relâche pour nettoyer les rues de la boue et des débris, ou pour apporter de la nourriture et des vêtements aux personnes vivant dans des abris et des zones isolées.

Des montagnes de meubles s’entassent dans une des rues de Ronta alors que des volontaires forment une chaîne humaine pour enlever des seaux d’eau d’un immeuble d’habitation.

Lorenzo Camagni, 25 ans, a déclaré qu’il n’avait pas dormi depuis trois nuits. « Plus de 2,5 mètres d’eau ont inondé notre maison », a-t-il ajouté. « J’ai essayé de pomper l’eau pendant neuf heures d’affilée avant que les sauveteurs n’arrivent. Mes parents sont dévastés… mais nous nous estimons également chanceux, car tant de gens sont dans une situation pire que la nôtre. »

L’équivalent de six mois de pluie sont tombés en seulement 36 heures dans la région d’Émilie-Romagne, l’une des régions agricoles les plus importantes d’Italie. Il y a deux semaines à peine, cette même région avait été frappée par de violentes tempêtes qui ont fait deux morts. Les inondations ont été précédées de plusieurs mois de sécheresse, qui a asséché la terre, limitant ainsi sa capacité d’absorption de l’eau. Plus de 305 glissements de terrain ont été provoqués par les dernières inondations, qui ont endommagé ou fermé 500 routes.

Les catastrophes liées aux conditions météorologiques sont en augmentation en Italie, un pays jugé particulièrement vulnérable à la crise climatique.

Enzo Lattuca, maire de Cesena, a déclaré que les habitants de la région avaient été alertés 24 heures avant les tempêtes. Mais il a eu du mal à convaincre certaines personnes de quitter leur domicile, en particulier celles qui vivaient dans des hameaux adossés à des collines.

« Il y avait encore du soleil à ce moment-là et beaucoup de gens ne pensaient pas que cela arriverait », a-t-il déclaré. « Une femme, qui ne voulait pas quitter sa maison, m’a dit qu’elle n’y a cru que lorsque l’eau était à ses pieds. »

Montrant une photo d’une route gravement endommagée sur son téléphone portable, M. Lattuca a déclaré : « je ne sais même pas s’il sera possible de la réparer ».

Paride Antolini, président de l’ordre des géologues de la région d’Émilie-Romagne, a déclaré que les « glissements de terrain […] déformaient la cartographie de la région ». « De nombreuses routes ont complètement disparu », a-t-il confié à l’agence de presse Ansa. « En 63 ans, je n’ai jamais rien vu de tel, c’est trop, même pour un géologue. »

Les zones situées le long du littoral de l’Émilie-Romagne ont également été touchées par les inondations, et des débris se sont échoués sur les plages.

Les propriétaires des établissements balnéaires se sont empressés de nettoyer leurs complexes dans l’espoir de sauver la saison des vacances, car les hôtels ont enregistré de nombreuses annulations au cours du week-end et de la dernière semaine de mai.

« Le tourisme est évidemment fondamental ; beaucoup d’entre nous survivent grâce à la saison estivale », a déclaré Simone Battistoni, président du syndicat des propriétaires d’établissements balnéaires de la zone de Cesenatico. « Mais nous sommes prêts à accueillir les gens. D’ici là, 30 d’entre nous se relaient pour apporter des produits de première nécessité aux personnes qui se sont retrouvées sans abri. »

À Riccione, une ville populaire partiellement touchée par les inondations, Raoul Conti, propriétaire d’un établissement balnéaire, a déclaré : « Nous avons tous travaillé pour nettoyer la plage en quelques jours, mais nous nous estimons chanceux, et nos pensées vont donc à nos voisins, à quelques kilomètres de là. Il est évident que le début de la saison a été affecté, mais je ne pense pas que cela influencera le reste de la saison — les habitants de l’Émilie-Romagne sont obstinés, et nous allons redoubler d’efforts pour faire en sorte que la saison soit bonne ».

Cet article a été publié à l’origine dans The Guardian et reproduit et traduit ici avec l’aimable autorisation de l’auteure.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]