L’organisme européen de normalisation s’apprête à élire un nouveau directeur

La compétition pour le poste de directeur de l’Institut européen des normes de télécommunications (ETSI), l’une des organisations de standardisation de technologies émergentes les plus influentes dans le monde, est maintenant entrée dans sa phase décisive, alors que les tensions avec la Commission européenne persistent.

Euractiv.com
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Créé à la fin des années 1980, l'ETSI est un leader dans l'élaboration de normes mondiales de standardisation sur les technologies émergentes. En tant qu'organisation indépendante et financée par le secteur privé, la Commission n'a pas son mot à dire sur le choix de son nouveau chef. [EPA-EFE/RONALD WITTEK]

La lutte pour diriger l’Institut européen des normes de télécommunications (ETSI), l’une des organisations de standardisation des technologies émergentes les plus influentes dans le monde, est maintenant entrée dans sa phase décisive, alors que les tensions avec la Commission européenne persistent.

L’ETSI, dont la relation avec la Commission européenne a été particulièrement tendue ces dernières années, vient de réduire le nombre de candidats à son poste de direction à trois, suite aux entretiens menés à Francfort les 21 et 22 février. Les membres de l’organisation voteront le 16 avril prochain.

L’un de ces candidats est le Français Gilles Brégant, actuellement directeur de l’Agence nationale des fréquences (ANFR), selon des sources proches du dossier qui se sont entretenues avec Euractiv. M. Brégant dispose de la double qualité d’être un citoyen européen et de travailler dans l’administration d’un État membre. Il s’agit sans doute du candidat le plus naturel pour la Commission, qui tente de contrer l’influence des États-Unis et de la Chine dans la définition de nouvelles normes technologiques mondiales.

Les autres candidats sont Luis Jorge Romero, actuel directeur de l’ETSI – qui est entré en conflit avec la Commission européenne ces dernières années – et Jan Ellsberger, membre du conseil d’administration d’une société de conseil et ancien vice-président de Huawei, le géant lié à l’État chinois.

Le principal atout de M. Romero vient du fait qu’il pourra tirer parti de son excellent bilan en matière d’influence de l’ETSI dans le monde. M. Ellsberger quant à lui est reconnu à la fois dans l’UE et à l’international pour son expertise en matière de connaissance des normes de télécommunication 3GPP. M. Brégant apporterait quant à lui une solide connaissance du cadre réglementaire de l’Union européenne.

Tensions avec la Commission

Créé à la fin des années 1980, l’ETSI est un leader dans l’élaboration de normes mondiales de standardisation de technologies émergentes. En tant qu’organisation indépendante financée par le secteur privé, la Commission n’a pas son mot à dire sur le choix de son nouveau chef.

La question est maintenant de savoir si la Commission ou les gouvernements nationaux politiseront le processus d’élection et transformeront cette dernière étape de l’élection du directeur en une bataille d’influence entre industrie et institutions.

M. Romero est souvent rentré en conflit avec des fonctionnaires européens, ainsi qu’avec le commissaire chargé du Marché unique, Thierry Breton, en raison des liens que l’ETSI entretient avec le secteur privé et certaines entreprises technologiques étrangères.

Ainsi, la Commission a réduit le rôle de l’ETSI au sein de ses consultations pour avis des principales réglementations numériques de l’UE, telles que le règlement sur l’IA et le règlement sur la cyberrésilience, malgré la prise en compte des opinions des deux autres organisations européennes de normalisation, le Comité européen de normalisation en électronique et en électrotechnique (CENELEC) et le Comité européen de normalisation (CEN).

L’ancien emploi de M. Ellsberger chez Huawei pourraient inquiéter la Commission. Comme l’a rapporté Euractiv, l’exécutif européen est réticent à l’idée que l’organisme de normalisation soit dirigé par des personnes qui ont travaillé pour des entreprises non européennes.

L’assemblée générale de l’ETSI votera le 16 avril pour nommer officiellement le nouveau directeur. Les plus de 900 membres de l’ETSI seront invités à voter selon un système de vote pondéré. Les entreprises qui contribuent le plus financièrement peuvent avoir jusqu’à 100 voix, et les gouvernements nationaux 40.

Le prochain directeur sera élu pour un mandat de cinq ans.