L’Ouzbékistan célèbre le 30e anniversaire de son indépendance en espérant une nouvelle « Renaissance »
L’Ouzbékistan célèbre mercredi (1er septembre) le 30e anniversaire de son indépendance de l’Union soviétique et se prépare à la prochaine étape de son développement, qualifiée de « troisième renaissance ».
L’Ouzbékistan, le pays d’Asie centrale qui a connu le développement économique le plus dynamique de ces cinq dernières années, célébrera mercredi (1er septembre) le 30e anniversaire de son indépendance de l’Union soviétique.
Les dirigeants ouzbeks affirment que cet anniversaire est une étape importante dans la construction de leur nation, au moment où le pays d’Asie centrale se tourne vers la prochaine étape de son développement, que certains voient déjà comme une « troisième renaissance ».
Le président Shavkat Mirziyoyev a pris la tête du pays le plus peuplé d’Asie centrale en 2016 au lendemain de la mort de son inflexible prédécesseur et ancien mentor Islam Karimov. M. Mirziyoyev a dès lors initié un changement de politique étrangère qui a vu le pays s’ouvrir au monde et s’engager sur la voie de la coopération régionale.
L’Ouzbékistan, à majorité musulmane mais farouchement laïque, compte 33 millions d’habitants dont 20 millions en âge de voter. M. Mirziyoyev devrait remporter les élections présidentielles prévues pour le 24 octobre prochain, mais la campagne devrait donner l’opportunité aux partis d’opposition de mesurer leur influence politique.
M. Mirziyoyev a récemment déclaré au journal Yangi Uzbekiston que des préparatifs importants étaient en cours pour la célébration du 30e anniversaire du pays. Il a notamment évoqué la construction d’un « Parc du Nouvel Ouzbékistan » ainsi que d’un « Complexe de l’Indépendance » qui devraient être les principaux théâtres des festivités.
M. Mirziyoyev a dressé la liste des réalisations du pays en matière de construction nationale de ces 30 dernières années, tout en reconnaissant les erreurs du passé et en évoquant les récents efforts visant à transformer le régime totalitaire ouzbek en une société démocratique. Il a également mentionné un « nouvel Ouzbékistan » ainsi que la prochaine étape de son développement qu’il a qualifiée de « Troisième Renaissance ».
La Première Renaissance ouzbèke du 9e au 12e siècles, également appelée « Renaissance orientale » et soutenue par les autorités de l’époque, a permis de former plusieurs centaines d’éminents scientifiques et penseurs, créant ainsi les conditions nécessaires au développement du pays.
La Seconde Renaissance, du 14e au 16e siècles, a été appelée « Renaissance des Timourides ». Elle doit son nom au chef militaire Amir Temur, grand admirateur des érudits de son temps qui considérait que « la victoire ne réside pas dans la force, mais dans l’esprit ». Cet émir a toujours encouragé et nommé des intellectuels de haute volée aux postes les plus importants.
Sous la présidence de M. Mirziyoyev, l’Ouzbékistan a accordé la priorité au développement du secteur du tourisme et à la préservation et au développement des sites du patrimoine mondial tels que Samarcande, Boukhara et Khiva.
Le président a décrit ce « Nouvel Ouzbékistan » comme « un État se développant dans le strict respect des normes universellement reconnues dans les domaine de la démocratie, des droits de l’Homme et des libertés, sur la base des principes d’amitié et de coopération avec la communauté internationale, et dont le but ultime est de créer une vie libre, confortable et prospère pour notre peuple ».
Bien que, selon les normes occidentales, l’Ouzbékistan ne puisse être décrit comme une démocratie à part entière, des réformes démocratiques ont été introduites sous la présidence de M. Mirziyoyev qui s’apparentent à la « démocratisation contrôlée » en cours chez son voisin d’Asie centrale, le Kazakhstan.
« En réalité, le fait que nos réformes démocratiques soient devenues irréversibles est le résultat le plus important que nous ayons obtenu à ce jour », a déclaré M. Mirziyoyev, précisant que les dirigeants du pays ont admis « l’existence de problèmes comme le travail forcé, en particulier chez les enfants, le chômage, la pauvreté, la corruption, le logement, l’éducation et la santé », et ajoutant que le gouvernement s’y attaque « avec le soutien de l’ensemble de la population ».
En effet, l’Organisation internationale du travail (OIT) a reconnu que le recours systématique et systémique au travail infantile et au travail forcé dans l’industrie du coton en Ouzbékistan a pris fin, même si certains vestiges locaux subsistent encore. Depuis l’époque soviétique, les écoliers participaient à la récolte du coton, ce qui était considéré comme une pratique normale.
« L’Ouzbékistan d’aujourd’hui n’est pas l’Ouzbékistan dont nous rêvons. Il nous reste encore un long et ardu chemin à parcourir. Hier, ce chemin n’était pas des plus faciles, et demain, il ne le sera pas non plus. Cependant, nous ne devrions pas avoir peur d’aller de l’avant avec audace, de prendre des décisions non conventionnelles et inattendues […] dans l’intérêt de notre peuple », a déclaré M. Mirziyoyev.
Le Président a fait remarquer que ce « Nouvel Ouzbékistan » concernait principalement le domaine économique du pays. « Le système économique de notre pays est en cours de restructuration et, bien que cela soit difficile, nous avons commencé à mettre en pratique les mécanismes du marché », a-t-il déclaré.
L’Ouzbékistan, au temps du président Karimov, avait le régime en matière de devises étrangères le plus étrange et le plus restrictif au monde, ce qui avait pour effet de décourager les investisseurs internationaux. M. Mirziyoyev a déclaré qu’il s’agit désormais du « passé » et que rien n’est plus facile aujourd’hui que d’encaisser de l’argent à partir de cartes de débit via les distributeurs automatiques, ou d’acquérir et d’enregistrer un logement ou une propriété dans n’importe quelle région de l’Ouzbékistan.
Selon les experts internationaux, l’Ouzbékistan était devenu, avant la pandémie, le leader régional en termes de croissance d’afflux d’investissements étrangers. En 2019, le montant des investissements étrangers a été multiplié par 2,3, s’élevant à 4,2 milliards de dollars. La Chine, l’Allemagne, les États-Unis et la Russie sont les pays qui ont manifesté le plus grand intérêt.
Dans son interview, M. Mirziyoyev a également abordé la question de la coopération régionale, affirmant que les problèmes qui s’étaient accumulés au fil des ans dans les relations du pays avec ses voisins avaient été résolus.
« Les frontières ont été réouvertes. Les liens brisés entre voisins, frères, parents, pères et fils, ont été restaurés. Les gens ont commencé à voyager librement d’un pays à l’autre. Les problèmes de visa ont été résolus. Les liens commerciaux, économiques, culturels et humanitaires se développent à un rythme accéléré », a-t-il déclaré.
L’Ouzbékistan a été salué par la communauté internationale, notamment l’UE, pour avoir accueilli une conférence internationale sur la connectivité en Asie centrale les 15 et 16 juillet dernier.
Concernant l’Afghanistan, le président a également adopté un ton constructif.
« L’Ouzbékistan, en tant que plus proche voisin de l’Afghanistan, souhaite le rétablissement rapide de la paix et de la stabilité dans ce pays », a déclaré le président.
Le retrait des États-Unis d’Afghanistan a suscité des craintes dans la région quant à un éventuel débordement des tensions aux pays limitrophes.
L’Ouzbékistan a accepté environ 400 réfugiés supplémentaires en provenance d’Afghanistan et les a installés dans des logements temporaires près de la frontière afghane, a rapporté la semaine dernière l’agence de presse russe TASS.
Le nombre d’Afghans ayant traversé la frontière ouzbèke depuis que les insurgés talibans ont repris le contrôle de l[Afghanistan demeure incertain.