LREM moins libéral que les centristes européens
Le parti politique de Macron n’a toujours pas choisi sa famille politique européenne, malgré des affinités évidentes avec l’ALDE. Certaines divergences demeurent entre le parti LREM et les libéraux européens, selon une étude de Vote Watch.
Le parti politique de Macron n’a toujours pas choisi de famille politique européenne. Des divergences demeurent entre le parti LREM et les libéraux européens, selon une étude de Vote Watch.
L’éventuel ralliement du nouveau parti d’Emmanuel Macron (La République en Marche) au groupe des libéraux au Parlement européen (ALDE) sera-t-il un mariage d’amour ou de raison ? C’est la question qu’examine une étude réalisée par VoteWatch.
Certaines positions défendues au niveau européen par Emmanuel Macron sont en contradiction avec celles défendues par l’ALDE, notamment sur les sujets du commerce et de la fiscalité. Les équipes Macron sont tout simplement plus interventionnistes, et nettement moins libérales que le coeur de l’ALDE.
Malgré une proximité politique a priori forte entre l’ALDE et La République en Marche (LREM), un ralliement du parti français lancé il y a 19 mois par Macron pourrait faire émerger des dissonances.
Travailleurs détachés
Parmi les exemples cités par l’étude, la question du détachement des travailleurs pourrait constituer un premier écueil. Lors des négociations européennes, Emmanuel Macron avait notamment milité en faveur d’une limitation du détachement des travailleurs à 12 mois, bien en deçà des 24 mois initialement suggérés par Bruxelles. À l’inverse, le groupe de l’ALDE s’était finalement fédéré autour de la limite des 24 mois, sous l’impulsion de la rapporteure fictive tchèque Martina Dlabajová.
Le chantier de l’harmonisation de la fiscalité des entreprises pourrait aussi mettre de l’eau dans le gaz entre LREM et l’ALDE. Macron a apporté un soutien sans faille à l’idée d’une harmonisation de l’impôt sur les sociétés et plus largement d’une convergence de la fiscalité des entreprises au sein de la zone euro, tandis que l’ALDE est plus prudente sur le sujet.
Sur les questions de défense commerciale, Macron a également défendu des positions jugées plus protectionnistes au regard de la ligne de conduite de l’ALDE, notamment sur le volet des pratiques commerciales déloyales de la Chine dans la sidérurgie. Un dossier sur lequel, Macron était monté au créneau lors de son passage à Bercy en tant que ministre de l’Économie.
Autre pierre d’achoppement potentielle, les questions sensibles de l’interdiction du glyphosate à l’horizon 2020 ou l’instauration d’une taxe carbone aux frontières de l’UE. Défendues par le président français, elles divisent le groupe des libéraux.
Avenir de l’Europe
Pourtant, la proximité politique entre l’ALDE et LREM augure pour beaucoup un rapprochement logique en amont des Européennes de 2019.
« Le grand problème qui est posé, c’est de savoir comment la majorité actuelle va se situer dans le concert du Parlement européen », a estimé le 8 janvier l’ancien député européen MoDem Jean-Louis Bourlanges lors de l’émission L’Epreuve de vérité sur Public Sénat, avec l’AFP, Radio Classique et Les Echos.
« Les Français (issus de la majorité présidentielle qui seront élus aux européennes de 2019) veulent-ils rentrer au PPE (droite), ce qui poserait un grave problème? Est-ce qu’ils vont se joindre aux socialistes, ça paraît paradoxal » a-t-il interrogé, estimant que rejoindre l’ALDE « serait a priori la situation la plus rationnelle »
« Au moment ou en Marche a été créé en France, les soutiens politiques qui se sont manifestés étaient quasiment tous à l’ALDE. Il y a un lien de fait entre les deux », affirme pour sa part l’eurodéputé écologiste français Pascal Durand.
Une prise de choix pour l’ALDE
Du côté du Parlement européen, l’alliance envisagée avec les futurs eurodéputés français issus des rangs de LREM pourrait modifier radicalement l’équilibre politique en faveur des libéraux, aujourd’hui troisième force politique derrière le centre-droit (PPE) et les socialistes (S&D).
Le renforcement de l’ALDE pourrait mettre fin à la coalition de fait existante entre les deux principaux groupes politiques du Parlement, qui collaborent aujourd’hui pour trouver de larges majorités malgré un agenda politique très différent.