L’UE au pied du mur face à la flambée des prix alimentaires et des engrais

La Commission européenne a étudié toutes les options possibles pour lutter contre la flambée des prix des denrées alimentaires et des intrants, a expliqué le commissaire européen à l’Agriculture, réitérant que la seule solution serait d’augmenter le budget des subventions agricoles européennes.

Euractiv.com
EU Parliament holds plenary session in Strasbourg
La Commission européenne a « proposé tout ce que nous pouvions proposer dans le cadre de nos compétences — nous avons proposé tous les outils qui pouvaient être employés », a déclaré le commissaire européen à l’Agriculture et au Développement rural, Janusz Wojciechowski, soulignant que les États membres sont pour la plupart libres de décider de mettre en œuvre ces mesures ou non. [<a href="https://epaimages.com/search.pp" target="_blank" rel="noopener">EPA-EFE/JULIEN</a>]

La Commission européenne a étudié toutes les options possibles pour lutter contre la flambée des prix des denrées alimentaires et des intrants, a expliqué le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, aux eurodéputés, réitérant que la seule solution serait d’augmenter le budget des subventions agricoles européennes.

Mardi (17 janvier), en séance plénière du Parlement européen, M. Wojciechowski a souligné que l’inflation galopante se faisait sentir dans le secteur agroalimentaire depuis un an déjà et que les coûts de production avaient augmenté d’environ 30 %. Les prix des produits agricoles ont quant à eux augmenté de 24 % seulement. Le commissaire a toutefois indiqué que ce n’était pas une compensation suffisante pour les agriculteurs.

Même si les prix alimentaires mondiaux ont commencé à se stabiliser après deux ans de volatilité, les eurodéputés ont expliqué que les prix restent élevés en raison de la flambée des prix de l’énergie et des engrais, auxquels s’ajoute aussi la spéculation financière.

De plus, comme l’ont souligné plusieurs eurodéputés, la flambée des coûts frappe de manière disproportionnée les ménages les plus vulnérables.

« Nous savons que ce type de dépenses alimentaires pèse lourdement sur le budget des ménages », a déclaré l’eurodéputée Isabel Carvalhais de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D). Elle s’est également demandé quelles mesures supplémentaires la Commission pourrait mettre en œuvre, non seulement pour soutenir les agriculteurs de l’UE, mais aussi pour venir en aide aux familles les plus vulnérables de l’Union.

Par contre, le commissaire a indiqué que l’exécutif avait déjà employé tous les mécanismes dont il dispose pour aider à réduire le coût des intrants agricoles afin de faire baisser les prix des denrées alimentaires.

« La Commission a fait tout ce qui était en son pouvoir pour améliorer l’approvisionnement de denrées alimentaires, ce [qui] est essentiel pour les prix », a-t-il déclaré, expliquant que l’exécutif européen « voulait éliminer tous les obstacles qui entravent l’augmentation de la production alimentaire et qui pourraient entraîner une hausse des prix ».

« Je ne sais pas ce que nous pourrions faire d’autre. »

Il en va de même pour les engrais. La Commission européenne a « proposé tout ce qu’elle pouvait proposer dans le cadre de ses compétences — nous avons proposé tous les outils qui pouvaient être employés », a-t-il déclaré, soulignant que les États membres sont pour la plupart libres de décider de mettre en œuvre ces mesures ou non.

Auparavant, la Commission avait activé le fonds de crise pour la toute première fois et avait également pris une décision controversée visant à relever le plafond des aides d’État à 250 000 euros. Le commissaire a justifié cette décision en affirmant qu’elle était nécessaire dans la situation de crise, malgré son risque de perturber l’égalité des conditions de concurrence.

Néanmoins, M. Wojciechowski a insisté sur le fait que « la Commission n’a pas pour rôle d’émettre des recommandations [sur la manière dont les États membres peuvent faire face à l’inflation] ». Il a également souligné la nécessité de laisser les organismes nationaux compétents décider des règles régissant la concurrence.

Augmenter le budget de la PAC

La principale suggestion concrète avancée par le commissaire pour renforcer le secteur était d’augmenter le budget de la Politique agricole commune (PAC) pour la prochaine période financière européenne 2028-2034.

Cette suggestion est motivée par le fait que l’inflation dévalue le budget de la PAC et que les revenus agricoles « n’ont pas augmenté dans une proportion égale ou suffisante pour compenser […] l’inflation ».

Selon le commissaire, la PAC — qui représente un tiers du budget de l’UE, mais correspond à seulement 0,4 % du PIB de l’UE — n’est « pas suffisante » pour garantir la sécurité alimentaire et environnementale et en même temps pour protéger le secteur contre les chocs imprévus.

« Nos agriculteurs sont à la hauteur de la tâche [garantir la sécurité alimentaire et environnementale], mais travaillent dans des conditions très difficiles », a-t-il déclaré, soulignant qu’ils devaient bénéficier d’un meilleur soutien à l’avenir.

En effet, ce n’est pas la première fois que le commissaire exprime son soutien à une telle démarche.

Lors d’un entretien en novembre 2022, il avait confié à EURACTIV qu’il serait « impossible de garantir la sécurité alimentaire avec un budget aussi négligeable » sur le long terme, réitérant cette suggestion lors d’une récente réunion de la commission AGRI.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]