L’UE estime que les réglementations environnementales augmenteront le coût des vols

Selon la Commission européenne, les réglementations environnementales visant à réduire l’empreinte carbone de l’aviation entraîneront une augmentation du coût des vols d’environ 8 % d’ici à 2050.

EURACTIV.com
Eindhoven,,The,Netherlands,-,May,13,,2019:,Travelers,Entering,An
Les SAF (sustainable aviation fuels), qui sont fabriqués à partir de biocarburants et d’électrocarburants issus de déchets, sont nettement plus chers que le kérosène. Cela risque de se répercuter sur le prix des billets d’avion. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/eindhoven-netherlands-may-13-2019-travelers-1713861004" target="_blank" rel="noopener">T.W. van Urk / Shutterstock.com</a>]

Selon la Commission européenne, les réglementations environnementales visant à réduire l’empreinte carbone de l’aviation entraîneront une augmentation du coût des vols d’environ 8 % d’ici 2050.

En juillet de cette année, l’exécutif européen a présenté un ensemble de lois sur l’énergie et le climat visant à réduire de moitié les émissions de carbone de l’UE d’ici 2030, afin d’atteindre un objectif de « zéro émission nette » d’ici 2050.

Plusieurs de ces mesures concernent le secteur de l’aviation, avec notamment la suppression de la non-imposition sur le kérosène et l’élimination progressive des quotas de CO2 gratuits pour les vols soumis au marché européen du carbone. Il est également prévu d’imposer un pourcentage défini d’utilisation de carburants durables pour l’aviation (Sustainable aviation fuels en anglais, SAF) pour les avions qui se ravitaillent dans les aéroports de l’UE.

Les SAF, qui sont fabriqués à partir de biocarburants et d’électrocarburants issus de déchets, sont nettement plus chers que le kérosène. Cela risque de se répercuter sur le prix des billets d’avion.

« Il est évident que les propositions de l’UE qui visent à rendre le secteur de l’aviation plus écologique vont avoir un impact sur les prix », a déclaré Filip Cornelis, directeur de l’aviation au département général de la Mobilité et des transports de la Commission européenne.

« Nous avons calculé que l’initiative SAF à elle seule augmentera le coût du carburant pour les compagnies aériennes d’environ 3 % d’ici 2030, avec un impact d’environ 1 % sur le prix des billets », a déclaré M. Cornelis lors d’un événement en ligne organisé par EURACTIV mardi 28 septembre.

« Et ce, tout simplement parce que les carburants durables continuent d’être plus chers que le kérosène. Ils sont entre deux et cinq fois plus chers », a-t-il déclaré aux participants de l’événement.

La Commission s’attend à ce que l’initiative SAF augmente de 8 % le prix des billets d’ici le milieu du siècle, a-t-il ajouté.

« Néanmoins, nous avons observé un grand soutien de la part du secteur, ce qui est très appréciable. Je pense que les compagnies aériennes européennes sont prêtes, et que les passagers sont prêts, à assumer ce coût supplémentaire », a ajouté le directeur.

Daniel Vilela Oliveira, chargé de mission au ministère allemand de l’Environnement, a également affirmé que la transition vers des carburants renouvelables tels que les électro-carburants rendrait les vols plus chers. Néanmoins, cette augmentation doit être envisagée dans le contexte de l’urgence climatique, a-t-il ajouté.

« Les prix vont augmenter dans l’aviation, mais afin d’atteindre la neutralité climatique, ces mesures sont nécessaires », a-t-il déclaré.

Thomas Reynaert, le directeur général de Airlines for Europe (A4E), a déclaré qu’il était difficile de déterminer avec certitude quels seront les effets de ces mesures sur le prix des billets.

« Les SAF sont plus chers que le kérosène. Cela aura un impact significatif sur l’activité globale des compagnies aériennes, sur leurs opérations. Il est possible que cela ait également un impact sur les prix des billets et la connectivité si les prix des SAF ne baissent pas très rapidement », a-t-il déclaré.

M. Reynaert demande que des mesures telles que des subventions, des prêts et des mécanismes de prix soient prises afin de rendre les SAF plus abordables. « Au lieu de nous contenter d’augmenter le prix du CO2 et du kérosène, nous devrions également envisager de réduire les prix des SAF », a-t-il suggéré.

À l’heure actuelle, les SAF représentent moins de 1 % des carburants utilisés au sein de l’UE, ce qui explique leur prix élevé. Toutefois, plusieurs facteurs déterminent le coût d’un vol au-delà du prix du carburant, a déclaré M. Reynaert.

« Les vols deviendront-ils plus chers (en raison) de l’utilisation accrue des SAF ? Il faut le vérifier. Le calcul du prix d’un billet est très complexe, il est donc trop tôt pour le dire », a-t-il ajouté.

Chelsea Baldino, chercheuse au Conseil international des transports propres, a estimé que l’impact sur les prix serait atténué jusqu’en 2035 en raison des faibles quantités de SAF requises par l’initiative, mais que la mesure « augmentera probablement les prix » sur le long terme.

« Cela montre simplement que le secteur de l’aviation a longtemps été à l’abri des effets de toute politique. Il a bénéficié d’exceptions au système d’échange de quotas d’émission et il n’y a pas de taxe sur le kérosène, c’est donc une bonne chose que nous commencions à intégrer la tarification du carbone dans le secteur », a-t-elle déclaré.

Dans le cadre de la proposition ReFuelEU Aviation, tous les avions qui décollent d’un aéroport situé au sein de l’Union européenne seront tenus de se ravitailler en carburant à partir d’un mélange de kérosène et de SAF. La proportion de SAF présente dans le mélange augmentera au fil du temps, passant de 2 % en 2025 à 5 % en 2030, pour finalement atteindre 63 % en 2050.

Un sous-objectif a été fixé pour les e-carburants, qui devraient représenter 0,7 % des SAF d’ici à 2030, puis 28 % en 2050.

Avant le ralentissement des vols en raison de la pandémie, les émissions de l’aviation représentaient 3,8 % des émissions totales de CO2 au sein de l’UE. Le secteur de l’aviation était la plus grande source d’émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports, après le transport routier.