L’UE et la Norvège concluent une « Alliance verte » en marge du North Sea Summit

L’Union européenne et la Norvège ont signé une « alliance verte » lundi (24 avril), s’engageant à collaborer pour lutter contre le changement climatique, protéger la nature et développer les technologies nécessaires à l’élimination des combustibles fossiles.

Euractiv.com
Norway’s prime minister Jonas Gahr Store in Brussels
La présidente de la Commission européenne Ursula Von Der Leyen (à droite) accueille le premier ministre norvégien Jonas Gahr Store (à gauche) lors d'un discours en amont d'une réunion à la Commission européenne à Bruxelles le 23 février 2022. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ / POOL]

L’UE et la Norvège ont signé une « Alliance verte » lundi (24 avril), s’engageant à collaborer pour lutter contre le changement climatique, protéger la nature et développer les technologies nécessaires à l’élimination progressive des combustibles fossiles.

L’alliance, en cours d’élaboration depuis février 2022, couvrira différents domaines, notamment la protection de la nature, l’inversion de la perte de biodiversité, l’adaptation au changement climatique ainsi que les technologies permettant d’éliminer, de capturer et de stocker le CO2.

Le partenariat met également l’accent sur l’élimination progressive des combustibles fossiles, notamment par le biais de la mobilité propre, des énergies renouvelables et de la production d’hydrogène, ainsi que sur l’obtention des matières premières critiques nécessaires à ces technologies.

« Cette alliance verte […] est également un symbole du lien profond et de l’amitié entre la Norvège et l’Union européenne », a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, lors de la signature de l’accord à Bruxelles.

Cette alliance est la deuxième du genre, après un accord similaire conclu avec le Japon en 2021.

La signature de l’Alliance verte a lieu avant le Sommet de la mer du Nord (North Sea Summit) qui se tient ce lundi (24 avril) à Ostende, en Belgique, et au cours duquel les représentants de neuf pays — Belgique, Danemark, Allemagne, Pays-Bas, Luxembourg, France, Irlande, Norvège et Royaume-Uni — et de la Commission européenne doivent notamment discuter de l’accélération de la mise en œuvre des projets d’éoliennes en mer.

« Le vent exploité par les turbines de la mer du Nord contribuera à alimenter l’industrie européenne des technologies propres. Il fournira aux Européens une énergie sûre et abordable », a déclaré Mme von der Leyen.

Les matières premières critiques seront également couvertes par l’Alliance verte dans le cadre des travaux en cours visant à établir un partenariat stratégique entre la Norvège et l’UE. Ce travail a débuté l’année dernière et devrait être conclu prochainement, selon Mme von der Leyen.

En outre, l’accord comprend des mesures pour lutter contre le changement climatique au niveau international, notamment l’engagement des deux parties à promouvoir un flux accru de fonds publics et privés vers des investissements conformes à l’Accord de Paris sur le climat et à la transition vers une énergie propre.

Énergies fossiles : un point critiqué

Les discussions bilatérales autour de l’alliance UE-Norvège n’ont pas toujours été faciles, et des rapports ont témoigné d’un désaccord entre les deux partenaires sur le rôle futur du pétrole et la protection de l’Arctique.

La Norvège possède d’importantes ressources en pétrole et en gaz et est depuis longtemps l’un des principaux fournisseurs d’énergie de l’UE. À la suite de l’invasion de l’Ukraine et de l’interruption par la Russie de ses livraisons de gaz à l’Europe, la Norvège est devenue le premier fournisseur européen de gaz naturel, un combustible fossile.

Si l’idée de l’alliance est d’« unir les forces pour parvenir à un système énergétique européen décarboné du futur », il est entendu qu’à court terme, la Norvège restera un partenaire essentiel pour fournir des combustibles fossiles à l’Europe.

« Aujourd’hui, l’Europe a toujours besoin d’un approvisionnement en gaz fiable et abordable pour se préparer au prochain hiver et à la prochaine saison de remplissage des réservoirs. Je suis particulièrement heureuse que, dans les années à venir, la Norvège maintienne son niveau élevé d’approvisionnement en gaz et réponde positivement aux prochains appels d’offres », a déclaré Mme von der Leyen.

« Aujourd’hui, nous ajoutons un chapitre vert et tourné vers l’avenir à notre coopération énergétique, car nous travaillons ensemble à la neutralité climatique », a-t-elle ajouté.

L’année dernière a accéléré la transition de l’UE vers l’élimination des combustibles fossiles, a déclaré Harriet Fox, analyste de données sur l’énergie et le climat chez Ember, un groupe de réflexion sur l’énergie propre.

« L’UE est désormais sur la voie d’une élimination progressive non seulement du charbon, mais aussi du gaz. Le passage à un système d’électricité propre et électrifié, soutenu par l’énergie éolienne et solaire, est déjà bien entamé », a-t-elle déclaré.

Toutefois, les défenseurs de l’environnement attirent l’attention sur l’absence de mention du pétrole et du gaz dans l’accord, qui ne doit pas servir d’échappatoire à la Norvège pour poursuivre l’exploration des ressources fossiles, en particulier dans l’Arctique.

« Il est très inquiétant de voir un plan de l’Alliance verte qui n’aborde pas la cause principale de la crise climatique, les combustibles fossiles. Nous savons que le gouvernement norvégien tente d’utiliser l’UE pour justifier la construction de nouvelles infrastructures pétrolières et gazières, en particulier dans l’Arctique », a déclaré Gina Gylver, présidente des Jeunes Amis de la Terre Norvège (Natur og Ungdom).

« Tout plan industriel qui ne prévoit pas une élimination progressive des combustibles fossiles est insuffisant. Si l’UE reste silencieuse sur la poussée fossile de la Norvège dans l’Arctique, elle se conforme aux crimes de la Norvège qui détruisent nos océans et notre planète », a ajouté Mme Gylver.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]